‹ Le Magasin de librairieChapitre 164 sur 180 · Tome IX. — 3 6* LÎTraiton · texte numérisé non relu

Tome IX. — 3 6* LÎTraiton

aucune susceptibilité nationale; il fallait que le pouvoir électif, qui présidait à la société chrétienne, ne fût la créature ni Tinstninieat d'aucun peuple, mais que tous fussent admis, dans une certaine mesure, à participer à l'élection du pontife. C'était une question délicate, un problème social dont plusieurs historiens modernes ont méconnu l'importance, mais qui exerçait alors toute la sagacité des hommes religieux et des hommes d'État.

<K Les grands conciles du quinzième siècle commencèrent par établir le principe en yertu duquel ils agissaient, savoir, qu'un ooncik universel est supérieur au pape* C'est la doctrine soutenue par Gerson et par l'Université de Paris. Ce principe une fois posé, les conciles en tirèrent facilement les conséquences. L'assemblée de Pise (1409) éteignit le schisme en prononçant la déchéance des deux prétendants. Les cardinaux qui se trouvaient au concile entrèrent en conclave dans la maison de l'archevêque, et nommèrent un nouveaii pape, Alexandre Y, auquel succéda bientôt Jean XXIII. A Constance, quand on eut prononcé la condamnation de Jean XXIII et reçu la résignation de Grégoire XII, l'un des deux papes déposés à Piae, on procéda à une élection nouvelle avec des formalités qu'il importe de faire remarquer. U fut décidé que, pour cette fois seulement, et du consentement des cardinaux, on leur adjoindrait trente prélats, appartenant, par nombre égal, aux cinq grandes nations de l'Occîdent, à la France, à l'Italie, à l'Allemagne, à l'Angleterre et à l'Espagne. Ce fut ainsi que Martin Y fut élu (1417). C'était reconnaître le* droit qui appartenait aux différents peuples chrétiens d'exerœr quelque influence sur l'élection du pontife. Les États étrangers à l'Italie ont conservé, jusqu'à nos jours, le droit d'intervenir dans l'élection par la voix de leurs cardinaux. De plus, les trois principales monarchies catholiques, la France, l'Autriche et l'Espagne, ont la faculté d'exclure chacune un candidat ^ »

Le schisme avait eu pour conséquence d'ébranler l'autorité temporelle dans tous les domaines de l'Église. Martin Y parvint à la rétahlir, en 1420, à l'aide des armes napolitaines. Au moment oà Eugène lY avait à défendre contre le concile de Bâle son autorité spirituelle, il était aussi attaqué dans ses États. Le duc de Mikn, Philippe-Marie Yisconti, fit courir le bruit que le concile lui avait donné le vicariat d'Italie, et, sous ce prétexte, il attaqua les terres de

i« JDtt Pouvoir spirituel dans ses rapports avec rj^at^ cb^ip. lu.

l'Église. François Sforza, par ses ordres, ravagea la Marche d' Ancène. D'autres capitaines, qui obéissaient au duc de Milan, attaquèrent le duché de Spolète et s'avancèrent jusqu'à Tivoli. L'empereur Sigismond, qui venait d'être couronné à Rome , prit le pape sous sa protection, et s'opposa à ces Tiolences'. Eugène lY n'en fut pas xndns obligé de céder la Marche d'Ancône à Sforza comme possession viagère, par acte du 25 mars 1434. Il alla même jusqu'à lui promettre de lui laisser pour quelque temps ses autres conquêtes, en le créant vicaire et gonfalonier de TÉgliEie romaine.

Bientôt les Bomains «ux-mêmes prirent les armes en criant : Liberté 1 Le 29 mai, ils proclamèrent le rétablissement de la république; ils firent prisonnier le cardinal Condolmero^ neveu d'Eugène IV, et assiégèrent le pape lui-*méme dans une église où il s'était réfugié. Le pontife ne leur échappa cpi'avec peine; une barque le porta à*Ostie, à travers une grêle de traits , et de là il alla chercher un asile à Florence. Le concile de Baie vint à son secours. « Autrefois, dit un des orateurs de cette assemblée, mon opinion était qu*il serait très-utile de séparer entièrement la puissance temporelle de la puissance spirituelle; mais je sais maintenant que le pape, sans le pa* trimoine de l'Église, ne serait qu'un serviteur des rois et des princes^.ï) Le concile envoya à Rome, pour y rétablir l'ordre, l'évêque de Bresda et un docteur en droit, nommé Pierre Dumont. Eugène lY luimême confirma leurs pouvoirs par une lettre du 2S septembre. Ils négocièrent si heureusement qu'un mois après les troupes du pape entrèrent dans la ville; elles furent soutenues par la garnison du château Saint -Ange, dont les rebelles n'avaient pu s'emparer. Le cardinal Condolmero fut délivré de sa prison , et la paix fut rétablie dans Rome. De 1434 à 1436, François Sforza, devenu le condottiere et le vassal de l'Église, acheva de rétaÙir l'autorité du pape dans ses Étais ; mais il garda la Marche d'Ancône, qu'Eugène IV chercha plus tard à lui ôter.

Le schisme recommença lorsque le concile de Baie se brouilla avec le pape et instruisit son procès. L'assemblée alla jusqu'à prononcer la déposition d'Eugène IV, et lui fit nommer un successeur (1439). Les cardinaux et quelques docteurs désignés par le concile élurent Amédée de Savoie, qui prit le nom de Félix Y. Grâce à ces circon-

I. Lettre d*Eugène IV à l'empereur Sigismond, Rome, i 6 janvier 1434. 2« M. Léopold Raoke, Histoire de la papauté au seizième et au dix^septiéme siècle, liy. I, chap. n.

stances et aux intrigues du duc de Milan, Bologne secoua le joug du saint-siége et rentra en possession de son ancien gouvemement républicain. Les villes de la Romagn», Faenza, Imola, Forli, suiyirent cet exemple ; les princes qui dominaient dans ces villes se mirent sous la protection des Yisconti. Venise, qui était en guerre arec Milan, cherchait aussi à avoir sa part des domaines de l'Église. EUe excita un mouvement populaire à Ravenne ; elle enleva cette ville à la maison de Polenta, qui y régnait depuis la fin du treizième siècle, et elle la réunit à son territoire en 1441^

n n'était pas réservé à Eugène lY de voir la fin du schisme et Ventière soumission des États pontificaux. L'unité ne fut définitivement rétablie dans l'Église qu'en 1449, par l'abdication de Félix Y. Nicolas Y, élu deux ans auparavant comme successeur d'Eugène lY, fut reconnu par le concile , qui s'était transféré de Bâle à Lausanne. Mais Rome n'était pas encore tranquille, et le nouveau pape tit bientôt se dresser devant lui le fantôme de l'ancienne république. Le chef de la conjuration était un certain Stéphano Porcari, ancien podestat d'Anagni , qui s'était nourri de la lecture de Pétrarque et qui croyait se reconnaître dans ces vers où le poëte parle <c du cavalier que l'Italie entière honore, et qui, plus occupé des autres que de luimême, est l'objet des désirs et des espérances des sept collines de Rome, rt Porcari, secondé par son neveu Sciarra, avait fait entrer dans ses projets un grand nombre d'exilés qui étaient rentrés secrètementdansRome. Le complotdevait éclater le jour de l'Epiphanie 1483. Les conjurés se proposaient de surprendre le pape et les cardinaux devant la porte de l'église de Saint-Pierre, au moment où ils s*y rendraient pour célébrer la fête. Une fois maîtres de ces otages sacrés, ils devaient se faire livrer le château Saint-Ange, s'emparer des portes de Rome, sonner la cloche d'alarme au Capitole et proclamer la république. Mais la veille de l'Epiphanie, le sénateur, à qui tout avait été dénoncé, fit cerner la maison où les conjurés étaient réunis. Porcari et ses principaux complices furent arrêtés, sauf son neveu, qui par^ vint à s'échapper, mais qui fut retrouvé plus tard. Il n'y eut ni procès ni jugement : tous ceux qui avaient été pris furent pendus aux créneaux du château Saint-Ange. Si l'on en croit les chroniques italiennes citées par Sismondi^, on «ijouta au supplice un raffinement

i. Diario Bomcmo di Stéphano Infessura, — Léo Baptista Alberti, de con/u* ratione Porcaria, ap. Sismondi, ch. lxxv.

de cruauté qui semble incroyable de la part d'un gouvernement ecclésiastique : on refusa aux condamnés la confession et la communion qu'ils demandaient avec instance.

Après la prise de Constantinople par Mahomet II, les papes s'efforcèrent de réunir les États italiens contre les Turcs. De là le traité de Lodi, conclu entre Milan et Venise, sous les auspices de Nicolas y. Mais le temps des croisades était passé : les États chrétiens étaient trop divisés et trop occupés de leurs affaires intérieures. Les souverains pontifes s'étaient longtemps opposés à l'établissement de la maison d'Aragon dans le royaume de Naples; cette maison, qui possédait la Sicile depqis le commencement du douzième siècle, venait d'y joindre l'Italie méridionale, en yertu du premier testa* ment de Jeanne II. Les papes préféraient à la dynastie d'Aragon la branche française de la maison d'Anjou, qui avait pour elle les dernières volontés de la reine de Naples. Le successeur de Nicolas Y, CalixtelII, prétendit que le royaume devait revenir à l'Église romaine par l'extinction de la descendance légitime du dernier possesseur; il défendit aux sujets napolitains de soutenir aucun des prétendants à la couronne, et il engagea François Sforza, qui était devenu duc de Milan, à faire triompher par les armes les prétentions du saint-siége. Mais Sforza resta fidèle à l'alliance qu'il avait conclue avec la maison d'Aragon, et il reconnut Ferdinand, fils légitimé d'Alphonse I''.

Galixte III mourut sans avoir réalisé ses projets. Les cardinaux lui donnèrent pour successeur ^néas Sylvius Piccolomini, qui gouverna l'Église sous le nom de Pie II. Aussi célèbre par la profondeur de son savoir que par la supériorité de son esprit, il avait été, au concile de Baie, l'un des plus fermes défenseurs des libertés ecclésiastiques ; et plus tard, secrétaire de l'empereur Frédéric III, il avait été mêlé à toutes les affaires religieuses ou politiques de son temps. Deux idées dominèrent son gouvernement : établir, autant qu'il était possible, l'unité en Italie, et provoquer une croisade contre les Turcs. Il recon-, nut les droits de la maison d'Aragon au royaume de Naples ; il envoya un de ses cardinaux porter la couronne à Ferdinand ; mais en même temps il lui fit reconnattre la suzeraineté du sainl-siége. Il rétablit le tribut que les rois de Naples devaient à saint Pierre, et qui n'était plus payé depuis longtemps. Il fit rendre à l'Église Terracine, Béné-

r.9); DES ORIGINES

venl et Ponlecorvo. II maria Antoine Piccolomini, eoo neveu, à uoe fille naturelle de Ferdinand, qui iui donna pour dot le duché d'Amalfi et le comté de Cclano, avec la charge de grand justicier du royaume. C'était l'influence française que Pie II avait combattue dans dans la maison d'Anjou : il s'effrayait du grand nombre de partisans ' qu'avait la France à Gènes, à Florence, à Modène, et, s'il défendait Ferdinand, c'était, disait-il, dans l'intérêt de l'indépendance italienne ' .

Pie II, comme ses prédécesseurs, fit de vains efforts pour soulever l'Italie contre les musulmans. Ce pontife, qui, malgré sa faiblesse et son grand âge, voulait diriger ta guerre en personne, mourut à Ancône (1464), en vue des galères vénitiennes qui venaient le chercher pour le porter en Grèce. Paul II, qui lui succéda, ne renonça pas complètement à sa politique : il envoya quelques auxiliaires à Scandcrbeg, qui combattait héroïquemeot les Turcs dans les montagnes de l'Albanie ; il engagea même le conquérant tartare de la Perse, UsEUn-Cassan, h prendre les armes contre Mahomet II. Mais, après le règne de ce pontife, il ne fut plus question de croisade. Les papes, imitant l'exemple des autres princes contemporains, s'occupaient surtout de fortifier leur pouvoir, de doter leur famille et d'agrandir leurs États. Ce fut alors qu'ils devinrent presque exclusivement princes italiens.

Sixte IV (1471) est le premier qui entre dans cette voie nouvelle. François Sfona avait rendu la Marche d'Ancône à l'Église au commencement du pontificat de Nicolas V; mais cette province n'en était pas plus soumise à l'autorité du saint-siége. Aocône, Terni, Assise, Spolètc avaient secoué le joug de leurs seigneurs ; l'anarchie populaire y remplaçait la tyrannie féodale. Partout ailleurs, et surtout dans la Romagne, c'étaient de petits princes qui s'érigeaient en despotes indépendants : c'étaient les Montefeltro, dans le comté d'Urbin; les Baglioni, à f'érouse; les Vitclli, à Città-di-Castello; les Malatesta, à Bimini; Ie$Manfredi,àFacnzaet a Imola; les Bentivoglio, à Bologne; la maison d'Esté, à Ferrarc. Le cardinal Albornoz n'avait fait reconnaître dans ces États que la suzeraineté du pontife; il s'agissait d'y établir sa domination directe.

Le projet de Sixte IV était de faire de la Romagne le domaine héréditaire de sa famille. II acheta pour un de ses neveux, Jérôme

i, Pii secundi Corafltenf., lib. IV,

Riario, au prix de quarante mille ducats d*or, la ville et le territoire d'Imola, où régnait Taddeo Manfredi (1473). Uannée suivante, en mariant un autre de ses neveux, Jean de la Rovère, il lui donna en fief les villes de Sinigaglia et de Mondavio, qu'il détacha du domaine immédiat du saint*siége. Jean de la Rovère épousait la fille de Frédéric de Montefeltro, comte d*Urbin, Tun des principaux feudatalres de rÉglise; et, à l'occasion de ce mariage, le comté d'Urbin fut érigé en duché, comme lavait été, trois ans auparavant, le comté de Ferrare en faveur de la maison d'Esté.

Un troisième neveu de Sixte IV, le cardinal Julien de la Rovère, qui devait être un jour le pape Jules II, faisait, dès cette époque, l'apprentissage du métier des armes. R remit la ville de Todi sous l'autorité immédiate du saint-siége, et il enleva aux habitants de Spolèle la juridiction qu'ils exerçaient sur l'ancien duché de ce nom. Le cardinal Julien marcha ensuite contre Yitelli, seigneur de Cittàdi-Castello. Une garnison pontificale fut admise dans la ville; mais Vitelli resta en possession du gouvernement, ce qui fut blâmé par )e sacré collège. Les cardinaux auraient voulu que Città-di-Castello fût rendue à la souveraineté directe du pontife. Florence avait envoyé des secours à Vitelli, parce que cette ville voyait avec inquiétude l'ambition de Sixte IV ef de ses neveux, qui semblaient vouloir transformer le gouvernement de l'Église en une monarchie militaire. Le pape devint dès lors l'ennemi des Médicis, et il fut même soupçonné d'avoir pris part à la conjuration des Pazzi.

Cette préoccupation exclusive des intérêts politiques et des intérêts de famille caractérise les papes qui ont succédé à Sixte IV : Inno-' cent VIII et surtout Alexandre VI. Le dernier, bien accueilli des Romains, malgré ses vices, rétablit l'ordre dans l'intérieur de la ville, et chercha à pacifier les campagnes. Plusieurs seigneurs et même quelques cardinaux se déclarèrent contre lui; les Colon na se retranchèrent dans Ostie. Quand Charles VIII parut en Italie, pour faire valoir les droits sur le royaume de Naples que la maison d'Anjou avait légués à la couronne de France, Alexandre Yl essaya de soutenir la dynastie aragonaise que Pie II avait reconnue. Aussitôt que les Français parurent sur les bords du Tibre, ils eurent pour auxiliaires les grands feudataires de l'État romain qui étaient en querelle avec le pcmtife. Trois cardinaux, Sforza, Colonna et Julien de la Rovère, étaient à la tête du parti français. Charles VIII entra dans Rome comme dans une ville ennemie (31 décembre 1494). Le

pape, qui s'était retiré dans le cbiteau Saint-Ânge, signa, le 14 janvier 1495, un traité par lequel il s'engageait à livrer aux Franfais les cïtadetles de Civita-Vecchia, de Spolëte et de Terracine. Tout le temps que Charles VIU resta dans Home, c'est-à-dire pendant près d'un mois, l'aulorité temporelle du pape y fut entièrement suspoidue. Ia justice était administrée par les officiers du roi, et non par les officiers pontificaux; les arrêts étaient publiés et rendus au nom du roi'.

Alexandre VI rompit bientàt le traité qu'il avait conclu, et entra dans la coalition dont les Français triompbèrent à FomoTo. Il redevint l'allié de la France sous Louis XII, qui donna à César Borgia le duché de Yalentinois, et l'aida plus tard à soumettre les seigneurs de la Komagne. Les villes d'Imola et de Forli furent conquises en 1499; Pesaro et Rimini en 1500; Faênzaen 1501. ijuand le pays eut été réduit tout entier, le consistoire, dont le pape avait changé h majorité par une promotion de cardinaux, consentit à l'aliénation de cette partie des États de l'Église, et la Romagne fut érigée en duché en faveur de celui qui l'avait conquise.

Mais la mort d'Alexandre VI amena la chute de César Boigia. Immédiatement après les funéraillesdu pape, les Orsinî et les Colonna rentrèrent dans Rome et essayèrent d'y renouveler la guerre dvile; tous les barons reprirent les châteaux que le pape leur avait enlevés: il fallait une main ferme pour rétablir l'ordre dans le Patrimoine de saint Pierre. Le cardinal d'Âmboise était alors en Italie et aspirait à la papauté; le conclave, qui cherche toujours à être le plus hbre possible dans son élection, lui persuada d'éloigner ses troupes de Rome, et Pie III fut nommé. C'était un vieillard languissant, de l'anciemie famille Piccolomini : il ne régna que vingt-cinq jours. Le cardinal d'Amboise, n'espérant plus rien pour lui-même, contribua à faire élire le cardinal Julien de la Rovère, dont il attendait une politique française. En effet, Julien avait été, comme nous venons de le voir, l'allié de Chartes VIII, contre la cour de Rome; mais, une fois pape, Jules II eut d'autres desseins; il n'eut plus en vue que deux choses : la prépondérance du saint-siége et l'indépendance de l'Italie.

Le moment de lutter œntre la France n'était pas encore venu. Le nouveau pontife Commença par réduire les barons romains, qui se flattaient de reconquérir, avec leurs châteaux, leurs antiques privi-

i. Burchardi Diarium.

léges. U fit ensuite arrêter César Borgia, et lui fit signer, au Vatican, l'ordre de rendre aux troupes du pape les forteresses de la Romagne. Mais ces forteresses ne lui appartenaient plus : Venise en aTait déjà conquis plusieurs au moment de la mort d'Alexandre YI. La république Tenait d'occuper Forlimpopoli, Rimini, Faënza [et quelques autres places. Elle possédait déjà Ra^enne etCervia, anciennes dépendances du saint-siége. Aussi Jules II entra-t-il dans la ligue de Cambrai (1S08), formée contre Venise, qui, depuis dix ans, avait grandi au milieu des troubles de l'Italie.

Lorsque Louis XII eut vaincu les Vénitiens à la bataille d'Agnadello (14 mai 1S09), l'armée pontificale, enhardie par cette victoire, réduisit en peu de jours Cervia, Rimini, Ravenne et Faënza. Mais, aussitôt que Jules II vit sa domination rétablie dans les anciennes dépendances de TÉtat romain, il changea de politique à l'égard des Vénitiens : il leur donna l'absolution ; car il les avait excommuniés pour avoir porté la main sur les domaines de l'Église. Il fit la paix avec eux, à condition qu'ils lui laisseraient ses conquêtes et qu'ils accorderaient à tous les sujets romains la liberté du commerce et de la navigation sur l'Adriatique '• La politique du pontife n'était changée qu'en apparence ; au fond elle était conforme aux projets qu'il avait conçus dès les premiers jours de son règne ; et, comme il s'était servi des Français contre Venise pour agrandir le saint- siège, il voulut se servir des Vénitiens contre la France pour délivrer l'Italie. Bientôt, la sainte ligue réunit contre Louis XU le pape, Venise et le roi d'Aragon ; plus tard, l'empereur Maximilien et le roi d'Angleterre se joignirent aux confédérés.

On sait tout ce que Jules II déploya d'énergie et d'activité pendant cette guerre, et conunent, malgré les victoires de Gaston de Foix, il resta maître du champ de bataille. Ses volontés, proclamées en 1512 à la diète de Mantoue, réglèrent le sort de l'Italie. Il ajouta aux Etats romains les villes de Parme et de Plaisance, sous prétexte qu'elles avaient fait partie de l'exarchat de Ravenne , donné jadis à l'Église par Charlemagne^. Bologne fut dépouillée de ses privilèges et définitivement assujettie au gouvernement pontifical. Pérouse avait été délivrée de la tyrannie des Baglioni, et était libre sous la protection du saint-siége. Jules II était parvenu à exclure les Fran-

i. Raynaldiy Ann, eccl^,, ann. 1510. .

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