CHAPITRE XXX
chez lesquels le désespoir d*une fortune perdue a fait évanouir le respect. »
Ces traits, comme forme et comme fonds n*ont rien que de trèsordinaire. Ce sont là des vérités à propos desquelles il n'y a rien à dire, sinon qu'elles auraient besoin pour frapper les esprits d'être exprimées avec plus de force et d'éclat. M. Thiers ne s'élève jamais à une plus grande hauteur comme moraliste. Gomme peintre/sa touche est molle , indécise , incorrecte , et manque à la fois de dessin et de couleur. Voyez plutôt le portrait suivant : « Un personnage singulier, un Corse , étranger à toutes ces passions par origine et par supériorité d'esprit , n'ayant en fait de passion que la sienne qui était la haine , le célèbre comte Pozzo di Borgo , s'était réfugié auprès d'Alexandre sur lequel il commecrçâit à prendre un ascendant marqué. Cette haine, qui était son âme tout entière, quel en était l'objet, demandera4-on ? C'était l'homme prodigieux sorti comme lui de i'tle de Corse , et dont la gloire en éblouissant tout le monde avait désolé son cœur envieux. Il y avait certes une arrogance bien rare à jalouser wn génie tel que Napoléon, car c'est au grand Frédéric, c'est à César, Ânnibal , Alexandre , si leurs grands cœurs ressentent encore les soucis de la gloire mortelle, c'est à ces hommes extraordinaires qu'il appartient de jalouser Napoléon. Mais comment un personnage obscur, inconnu jusqu'ici, n'ayant ni épée, ni éloquence, n'ayant été mêlé qu'aux tracasseries de son tle, comment avait-il pu se permettre de jalouser le vainqueur de Rivoli, des Pyramides, et d'Âusterlitz ? Il l'avait osé pourtant^ car les passions pour s'allumer n'attendent la permission ni de Dieu, ni des hommes, elles s'ttUument comme ces feux qui ravagent Jes cités ou les campagnes sans qu'on en sache l'origine. Lorsqu'un homme supérieur sort du pays où il est né^ il y laisse ou des amis ardents, ou des jaloux implacables. Le comte Pozzo di Borgo était de ces derniers à l'égard de Napoléon , mais, il faut le reconnaître , en cette occasion le jaloux n'était pas indigne du jalousé. En effet. Dieu lui avait îtccordé un genre de génie aussi rare que celui des batailles, de l'éloquence ou des arts, le génie de la politique, c'est-à-dire cette sagacité qui démêle les événements humains dans leurs causes, leur entraînement, leurs conséquences, qui découvre comment il faut s'en garder ou s'y mêler; génie rare que les grandes âmes appliquent à leur pays, les petites à elle^-mêmes, qui perd en grandeur ce qu'il gagne en égoïsme, mais qui reste l'un des dons les plus précieux de l'esprit, et ne laisse près-
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que îaoïftis inaperçu, oiàî au inutile, lenmrieliftà en^^eoé. Le comte Pozzo en fut la preuve, preuve pour nous bien malheurevae ; car lui, jusque-là sans renom, sans iajQuenee, preat|ae sans patrie^ il contribue sûngulièreoiefitii la obute de Napoléon et par conséquente la nôtre. r>
Que le géme politique soit aussi admirable que celui des baiaiUea, p&rooone ne le nie. Gouverner les hcomnes est beaucoup plus difficile que de les vaincre, et Richelieu me parait un tout autre homme que Coudé. Le génie des batailles, Attila et Tamerlan Tavaient! Que 4e gittnds batailleurs (m trouve dans rfaistoice, et comme les véritables koeames d'JÉtat y sont rares! M. Pozzo di Borgo a pu être un diplomate fin, habile, intelligent,, mais donner à ce mortel un génie politique égal au génie militaire de Mapdéon^ c^est aller un peu trop l(Ha. Cette fois, la vénération que M. Thiers professe pour certains diplomates miit à son admiration habituelle pour r^npereur. M« Pazio di Borgo n'était pas seul en 1843 à prévoir les événements. Bien des gens en France, et autour même de la personne impériale, sentaietttle terrain trembler sous l'empire. Les alliés avaient pour les éclairer sur la véritable situation de la France des hommes plus compétente, et tout aussi habiles, quand ce ne serait que Bernadette. M. Pozzo di Borgo a eu à nos désastres une part bien moins grande que celle que M. Thiers veut bien lui faire ; à ses yeux, ce Talleyrand nomade prend des proportians vraiment fiMtastiques. Confident d*un czar, ambesta* deur, ministre, Pozzo di Borgo n'a joué, en définitive, (pi'un nbie secondaire dans les événemasits de son temps ; un homme comme M < àt Vitrollesa contribué à la chute de l'empire pour le moins autant que lui; Fouché et Talleyrand y ont contribué davantage. Je ne^crois pas à la jalousie de Pozzp contre Napoléon; il pouvait le hair, mais il avait trop de bon sens pour se comparer à lui, et pour soufinr du désavantage de la comparaison à son égard.
Si le confident du czar Alexandre a un génie égal à celui de Napoléon, je me demande pourquoi M. Thiers accuse M. Pono di Borgo d'arrogance, parce qu'il s'est permis de jaioitser le vain** qtteur de Blvoli, des Pyramides et d'AusIerlitz; le jj^ux n'étant pas indigne du jdousé , M. Pozbo di Boi^ n'a pas besoin d'êttt le grand Frédéric , César^ Annibal, Alexandre (M. Thiers a oublié Cbarlemagne), pour jalouser Napoléon. JM. Thiers tient à ce veifau il y revient jusqu'à quatre fois dans l'espace de^quelqmes lignes, et je l!emploia moi-même sur l'autorité d'un monbc&de l'Académie fras*