‹ Le Magasin de librairieChapitre 169 sur 180 · CHAPITRE XXrX. 6JS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXrX. 6JS

çajee, mois oe n*est point sans quelque scropule. Jalouser s'emploie à propos des choses et des hommes ordinaires , il est usuel et IcuuUier* Il se dit des industriels, des marchands, des dentistes, etc. Ainsi Fattet peut jalouser Jakowski, mais César enviait Alexandre. On me dira que je tombe dans le défaut que je reprochais tout à rbenre à M. Thiers, et que le critique ne doit pas plus abuser des chicanes et des arguties de grammaire que rhistorien des détails administratifs. Cela est vrai, mais je ne traite id, comme je Tai dit, que la question littéraire ; n'y voyant pas Ae loin et ne planant pas sur l'ensemble, j'examine les choses de près, et cette étude en yaut bien une autre , quand il s'agit d'un ouvrage aussi vanté que celui dont il est ici question.

Ce portndt de M. P0220 di Borgo est un spécimen assez com^ plet du style de M. Thiers, si fécond en incorrections, en m<^ iV|>n)pres, en tournures emphatiques et qui semblent emprunt tées aux plus faibles eivaux plus ridicules compositions de la littérature de l'époque dcmt il écrit Thistoire. Ces feux qui ravagent lês cités et les campagnes, sans qu'on en sache l'origine, remontent au consulat et brillent dans tous les romans rdepuis 1800 jus- 4|a'en 181S. Us semblai^it s'être éteints avec M. d'Arlincourt; 11. Thiers les a rallumés ainsi qu'un assez grand nombre de métaphores du améme genre. Quand M. Thiers se pique de poésie, ce qui lui arrive quelquefois, il se montre entouré d'une vieille garde de tropes dont la tournure et les uniformes vieillis feraient rire si on ne se souvenait de ses anciens exploits. C*est ainsi que pour donner une idée de la chute de Napoléon, il remet en activité de service cette vieille comparaison du chêne j qu'on cropit morte aux Invalides depuis 1820 a» moins. « Qui n'a vu souvent, à l'entrée de l'hiver, au milieu des camr pagnes déjà ravagées, nn chêne puissant, étalant au loin ses rameaux sans verdure, et ayant à 'ses pieds les débris de sa riche végétation] Toutautonr régnent le froid et le silence, et, par intervalles, on entend à peine le bruit léger d'une feuille qui tombe. L'arbre, immobile et fier, n'a plus que quelques feuilles jaunies prêtes à se détacher comme les autres; mais il n'en domine pas moins la plaine de sa tête BOblime et dépouillée. Ainsi Napoléon voyait disparaître, etc*.. v Si. Thiers a orné, tle cette comparaison tant de fois employée, quelque composition de rhétorique du temps qu'il était au collège, et il V'Oa souvient, encore aujourd'hui. Ce n'est qu'à la fin que Napoléon est un chêne, pendant tont le reste du volume, c'est un lion. Tantôt

un lion au repos, tantôt un lion qui va s*élancer sur les chasseurs; tantôt un lion que les chasseurs n*osent pas attaquer, tantôt un lion blessé; tantôt enfin un lion qui se retire en tournant fièrement la tète yers ceux qui le poursuivent. M. Thiers ii'est ni très-fécond ni très-inventif en métaphores ; je ne lui en fais pas précisément un reproche^ le style tempéré a du bon, mais il faut que l'écrivain s*y tienne.

J*abrége ces remarques, qui pourraient fatiguer et ressembler peutêtre à des taquineries. Ceux qui pensent que M. Thiers est un grand écrivain crieront déjà assez au parti pris , à Tinjustice. Je -. ne crois cependant pas être injuste en disant que M. Thiers n'est point un artiste ni dans le plan de ses livres, ni dans les détails ; il ne sait pas maintenir. aux faits généraux ou particuliers leur proportion relative dans l'ensemble de son œuvre. Après s'être étendu verbeusement, compendieusement sur les faits et sur leur appréciation, il est obligé de se résumer pour en marquer la valeur réelle; et comme son intempérence naturelle le pousse à s'étendre outre mesure, il oondat presque toujours, sans s'en douter, en résumant ses résumés.

M. Thiers est plutôt un avocat qu'un historien, mais un avocat verbeux, disert, intrépide, qui choisit et discute habilement les points les plus avantageux de sa cause, qui sait les détourner de leur vmtable sens, qui ménage les opinions de ^on auditoire, qui les flatte au besoin pour les ramener à la sienne. C'est du moins l'impression que laisse ce dix-septième volume, qui n'est en définitive qu'un habile plaidoyer pour faire obtenir à son client le bénéfice des circonstances atténuantes.

Il y a des personnes , en assez grand nombre , qui font bon marché du style de M. Thiers, mais qui prisent fort haut sa connaissance parfaite des faits et la clarté avec laquelle il les expose. Le volume que je viens de lire est, j'en conviens, bourré de faits , mais de faits trèssouvent oiseux, inutiles et, de plus, connus. L'auteur est loin de racheter par la nouveauté dans les détails de son œuvre le manque de philosophie dans l'ensemble. Rien de moins philosophique que la conclusion dans laquelle M. Thiers résume le règne tout entier de Napoléon : c'est un long chapitre purement utopique, dans lequel l'historien expose ce que l'Empereur aurait dû faire à côté de ce qu*il a fait. Selon M. Thiers, les projets de l'Empereur n'ont manqué que par des causes fortuites, ici parce qu'un commandant de place n'a pas tenu assez longtemps, là parce qu'un général a fait telle manœuvre au lieu de telle autre , plus loin parce qu'un maréchal a mal inler-

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