CHAPITRE XXX
prêté les ordres qu^il aTait reçus , ou parce que son collègue a trahi. M. Thiers paraît ignorer que ces causes secondaires sont dominées par de grands principes moraux qui règlent la marche des choses humaines. S*il s'en fut souvenu, il se serait dispensé de refaire les événements accomplis , de recommencer avec succès ce qui n'a pas réussi à Napoléon, de gagner *les batailles que celui-ci a perdues, et de conclure d'après ces vaines et inutiles hypothèses. Je sais bien que M. Thiers, après avoir prêché la modération, la raison, le calme aux rois et aux nations , termine son volume par les réflexions suivantes : m Ayons toujours trois exemples mémorables sous les yeux : Bonaparte a perdu la liberté. Napoléon la grandeur française; la maison de Bourbon la légitimité, c'est-à-dire ce qu'ils étaient spécialement chargés de faire triompher ! Mais nous disons trop quand nous disons perdu, car les nobles choses ne sont jamais perdues en ce monde, elles ne sont que compromises. » Quoi I toute chance de revoir cette noble chose qu'on appelle la légitimité ne serait pas perdue ! En vérité, je m'en réjouis.
Avant 1789, dit l'auteur de l'histoire politique et littéraire de la presse en France, dont le quatrième volume vient de paraître : Ma Correspondance^ le Journal général, le Héraut de la nation, la Sentinelle du peuple, Tout ce qui me passe par la tête, F Évangile du jour, et une gazette sans titre, moitié manuscrite, moitié gravée sur étain, pliée comme une lettre et envoyée sous enveloppe, étaient les seuls journaux existant en France, si c'est exister que de vivre de la vie du lièvre, toujours l'oreille aux aguets, les limiers de la police à ses trousses, errant de gîte en gîte, ne sachant la veille si on trouvera un imprimeur le lendemain. A l'ouverture des états généraux, tout change : la chasse aux journaux est suspendue; trente journaux surgissent à la fois ; Mirabeau l'aîné, Maret, Barrère, Brissot, Gorsas, Loustalot, Condorcet, Rabaut Saint-Étienne, Louvet, Carra, Mercier, Fontanes, Chénier, Camille Desmoulins, Fréron, Marat, Hébert, Robespierre, Babeuf, bien d'autres encore s'ébattent en pleine liberté dans le vaste champ du journalisme.
Gazette, bulletin, journal, tribune, sentinelle, écho, correspondance, messager, avant-garde, avantrcoureur, vedette, observateur, fanal, lanterne, spectateur, chronique, censeur, fouet, sifflet, lan-
tiS L'ÂHNÉE }
iame magiqae, le nouveau Prol i point du jour et Tétoile du mati i îfiairore, lami du peuple et V i 060(18 et fie présente ^ous tous ; tqiMrès-Hliner, P Alambic^ le Got \ iocraiiq%te, la Savonnette réf \ cwnbole^ h Singe, V Agonie i le Tailleur patriote^ ia Tn > ffn^n^ que saie-je encore 1 Sft* i quotidiennes «urgisseat par matin, quand les mille pori les rues, criant, hurlant, gi i ment pour les paisibles nor < Farbre de Cracovie, peur Tuileries, pour tont rancit M» le lieutenant de police. i
1er dans le tuyau de l'orei le premier numéro du joi De pareils journaux } avec la justice. En l'abf I
les ttdbunaux n'ont auc i
autre le jounualisme et |
mune commence par p de. colporter aucun écri i
vu eiemplaûne parapfa cale. Il est défondu charger du ka&sport i |
municipale. Loustak ment contre cet arr^ que r^n dépouille dr foi de leur^ignatun i
que Ton focce à se f enfin aux premierr met fioint de garai oes «arguments : i
comme d'une ati i
hÎMi trompés. I sûieté publique i
connu. On ne s»
:GHAPITB£ XXX 6t9
liWake ou d'im imprnaeur, parce que c'estMin liûniine, un lépM* dMii-qu^oa-saitoù ifonver, mais il n'est pas œaeeur, il nedépend que^'«iBe chose : c'est d'avoir entre les mains le manuscrit de Tmtrar et de pouvoir Tindiquer. p Ainsi se trouve ^posée, dès le début, celle, gnmde question de la libellé légale et de la litierté naturelle de la presse, qui a été discutée dans des «sens bien dhrers, que tour à tour cbaque eamp a pu croire déinitiwemen t résolue à son profit, et qui ne peut Tétre par le législateur seulement. La libertéde la presse répcmd plutôt de l'état des mœurs ^ue^ l'état de la loi elle-même. Il lui a bUu bien du taiipspour âtre aocqiAée de l' Anglàlerce et pow entrer dans ses moaurs. Songeons que le journalisme ne date guère de plus d*4in deni-âècle en France, et jie:penions.p€Îiitt»iirage.
Ce qui intéresse surtout dans le livre de M« Hatîn, c'est lespee* tade de la réastance opposée par les mœurs à la liberté de la presse. AoyaUstes et démagogues, tous les. partis veulent bien s'en servir, mus ils en refusent l'usage à leurs adversaires. A chaque séance presque de l'assemblée, des députés montent à la tribnne pour dénoncer des journaux; dans les districts, les citoyens font eux-mêmes FofiBce de censeurs et désignent à la police les journalistes qu'il seattàt urgent de poursuivre; il n'est pas jusqu'aux dames de la halle qui n'envoient des dépuitations à la Commune pour demander la suppressioii de « ces libeUes injurieux vendus.au peuple, 4S[tti, dissipant l'ar* gent destiné au ménage, ont le 4ouble inconvénient de le priver du nécessaire absolu et de le porter à des extrémités coupables. » Qui awrait jamais cru ces dames capables de tant de sagesse? On ne se contente pas de dénoncer les journaux, on les brûle, et le procèslerbal des aiito-da-4ô est inséré dans les annonces à tant la ligne : «.L'an second de la liberté, le vendredi i*' oclebreaprès midi, nous soussignés habitués du café Marchand, situé rue Saint^-Bonoré, au coin de celle .Tirecha[qpe, tous dament assemblés, après Lecture faîte à haute et intelligible yffàx du n"" 93 du Journal général de la cour et'de la viUe^ «vous rsoonnu quol'arlicle où il est question des assifgiiats coBunençant' par ces mots.», est.en-tout.aon contenu contraire aux principes de la œnsiiti^ion..* avons délibéré À; la pluralité des voix:
« i^ Que, comme dqrais le coBHnenc^aaent dudit journal , il ne s'y est jamais trouvé une phrase où le iMNMens.et la vérité se rencoa<inent, il est temps de le chasser de la bonne société;
«. 2^ Que, conune il ne peut y avoir qu'un être gangrené^ aussi
méprisable dans sa personoe que dans ses écrits, qui en etài le rédftcteur, il mérite le mépris de tous les bons citoyens, et, eu alteodant que la vindicte publique nous délivre d'un pareil libelle, avons livré le présent article aux voix, de la majorité desquelles ladite Teuille a