‹ Le Magasin de librairieChapitre 171 sur 180 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

des principes. Nos fils et nos petits*fils même riscplent fort, à en croire ces gens, de ne pas assister au triomphe définitif de la liberté de la presse. Cela se peut. Néanmoins, il n'y a dans tout ceci qu'une question de temps. Rien au premier abord ne parait plus choquant que la liberté de la presse : pour la comprendre, il faut réfléchir et raisonner. Dans l'état pçu avancé de l'instruction publique, en pré^ sence des préjugés de notre société, des coutumes et des mceurs de notre race, le journalisme est un peu comme un étranger qui se présente dans un salon, au milieu de gens dont il ne porte pas les modes, dont il parle mal la. langue, dont il ne connaît pas très-bien les usages, et qu'il est exposé par conséquent à blesser à chaque instant. A force de tact,, de prudence, de modération, il faut que le jojirnalisme par- Tienne à se faire accepter de la société française, qui déjà le redoute infiniment moins qu'autrefois. Nous ne jouirons de la liberté de la presse que lorsque, au lieu d'être inscrite dans nos constitutions, elle sera passée dans nos mœurs. C'est ainsi que la presse a établi peu à peu et fait accepter son influence en Angleterre ; habile à se surveiller eUe-mème, à ne rien usurper au delà de ce que l'opinion lui accorde, à servir ses intérêts avant ceux des partis, le journalisme anglais est aujourd'hui une puissance placée sous la sauvegarde de l'opinion publique. Son règne date du dix-huitième siècle. L'influence exercée alors par la littérature ne contribua pas peu à aplanir la voie au journal. J'engage fort ceux qui seraient curieux d'étudier cette époque de l'histoire littéraire de l'Angleterre à lire le curieux et savant onwsLge Dix Années de la cour de George II (1727-1737), que vient de publier M. de Ludre de Frolois.

Je ne connais pas d'occupation plus ennuyeuse pour un auteur que celle de chercher conunent il intitulera son livre. Il réfléchit, il combine, il demande conseil à ses amis, il laisse les titres les meilleurs et les plus simples de côté, et à force de méditer, d'étudier, de se tourmenter, il finit par mettre en tête de sa couverture : Le Bouge et le Noir, ou : Le Rosé et le Gris. Ce sont là des titres en désespoir de cause, et ils sont plus nombreux qu'on ne le croit communément. Ceci ne s'adresse point à M. Forgues; il a eu une raison, et^une rai* son grave pour donner à son dernier ouvrage un titre un peu bizarre : —Un soir, nous dit-il, au Cercle des ArtSj je m'avisai de questionner

6» L'AJKNÉB LITTËBAIRE.

mon vieil ami Stendhal sur les motifW qu'il anilena d'il

Rouge et k Noir, uaddaescbef^-d'cMiffe.

— Il me domn une explication: telle qodle^ si vagw», qa^ m m'en restait pas, deux heures après, le plue léger -somcDir.

— J'en ai une beanooup'phia caté^rique-à oBtir poor le ti(m>de œ- volume. 11 a été appelé : Le Rose et le Gris, parce que>StcnMial avait appelé le si^^ Le Rottge et U Noir.

■ Me voilà doon décidé àintituler mon prochain volume': Le Jtameet ie Bleu, et si on: me demande pourquoi, je i^wadrai : — Parc» qae le deniiei- livre de mou ami Forgues s'appelle.: Le Bote et h (hia.

Du reste, les ooutears ne font rien À l'afikire : qu'elles soient roses ou qu'elles scMent grises, les trai» uouveUes dont se con^ioae te recueil n'en sont pas miuns charmantes: «Je ue sais, nous dit M. Foires dam la préfiioe de son volume, que le cottedoor jdv oq moins heureux et l'iidwprète phis ou moins exact des nonveUbs qu'il renferme. Elles tuit été choisies de mon mieux^ et arrangén suivant un système de traduction, — d'imitation, si l'on veut, — qœ j'eatime être le meilleur qniud il ne s'agit pas d'un chef-d'œuwe du pcemi» ordre. Ma déclwationsur ce point à pour but et aura, j'es^ père, pour effet, de dégager en tant que de raison la responsabilité littéraire des deux chaimants écrivains qui se dissimulent sous les pseudonymes d'Athfo«10men-(i4/iM£iotir] etde'fielme{Le»(7'Aafti^-Btûl).

«,Qnant'à l'anonyme aulew deTAres Ceunet and a Dessert, à qui j'emfvuntaisj il y a d^à bieades années; son joli contenu Port^ faix de Bristol, peut-être n^tril pas été associé à enz dans ce recueil, si une de nos notabilités financières, de moitié avec un ingénieux vaudevilliste, n'avait tiré de ce joyeux récit une farce à VAyoU, qui a eu, au théâtre du Palais-Royal, d'assez brillantes destinées. Elle était inlitulée : Ma Nièee et mon Ours.

a. L'emprunt était flagrant, palpable, inomtestaUe; iln'a pasété reconnu. L'auteur anglais et aon^interpràle furent ce jour-là tiaitfc eu véritables... actionnaires. Toutefois, ca n'«st pas uns vmgetnoe qu'ils nchoohent aajotmlthui;, mais' une simple justice qa^ils^iéd»ment, un simple droit d'antérionlé qu'ils revendiqoent : commo'il ne s'agit pas qtrès imA d'un dividende, il ert à croire qu'onne le lev contestera pas. »

fiélasl s'il avait su qu'il ne reste plus à œtte notabilité finanàfere dont il vient de parler que sa gloire lilténiie, M. Ebrgues n'aurût

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