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CHAPITRE XXX

IL Forgues, mais il aurait fallu remprunter à l'un des auteurs anglais qui figurent dans son volume, et puis, le public français, pour des histoires de sentiment, aurait peut-être repoussé un titre si culinaire. Tout bien considéré. Le Rose et le Gris vaut mieux, et, ce qui vaut mieux encore que ce titre, c'est l'heureux choix et le mérite réel des romans qui figurent dans le recueil de M. Forgues, dont nous aurons bientôt à annoncer des ouvrages plus importants.

Jamais la production de l'article-roman, en France, n'a eu lieu sur une aussi vaste échelle qu'aujourd'hui. La France est une £Bd>rique, un atelier, une immense usine de romans. On en confectionne pour tous les goûts : roman vertueux, roman immoral, roman réaliste, roman spiritualiste, roman historique, roman pittoresque, roman fantaisiste, des vingtaines de romans paraissent chaque semaine. La vie est trop occupée, trop rapide; on n'a plus le temps de lire qu'en chemin de fer, et que lire quand on file dix lieues à l'heure , si ce n'est un roman que l'on commence à l'embarcadère de Paris, et que l'on finit à l'embarcadère de Lyon, de Strasbourg, de Marseille, de Bordeaux ou de Metz, avec les stations obligées. Vieux romanciers, romanciers d'âge mûr, romanciers jeunes, luttent d'activité ; c'est à qui en fera le plus, et les plus vieux ne sont point les moins ardepts à la besogne. Qu'on écrive deux ou trois romans dans sa vie, cela se conçoit; j'irai même, si vous voulez, jusqu'à la demidouzaine , mais livrer consciencieusement et exactement ses trois ou quatre romans par an à la consommation, c'est un métier qui m'étonne de plus eâ plus. Il y a des gens qui se demandent comment la postérité se reconnaîtra au milieu de cette masse de volumes? Rassurez-vous, la postérité ne tentera même pas l'aventure, elle, est trop paresseuse pour cela.

La France a toujours aimé le roman , mais je doute qu'elle l'ait jamais autant aimé qu'à l'époque, bien peu romanesque pourtant, où nous sommes, et remarquez maintenant que ce n'est plus seulement dans la classe haute et dans la classe moyenne qu'on lit des romans. La boutique a ses Tante Aurore aussi bien que le salon; non-seulement la boutique, mais le sous-sol, la mansarde, la cubine, l'antichambre, l'office ; et, ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que les hommes mettent autant d'ardeur, pour le moins, que les femmes, à

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