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Tome IX. « 36* liTraiMD

«6 L'ARNÉE LITTÉRAIRE.

lire les romaDs. Chaque jour, je vois au^eirier le nombre èts ouvriers que l'on rencontre dans les rues avec leur livraison de cinq centimes à la main. Le roman-journal, répandu chaque dimanche par millions d'exemplaires, pénètre dans toutes les classes de la société, qu'il farcit d'idées incomplètes, inexactes, de préjugés dangereux, de sentiments exagérés, et, par conséquent. Taux. Que voulez-yous que devienae une nation dont l'éducation se fait par le roman?

Voilà une bien longue et bien sérieuse préface pour en venir à dire quelques mots d'un petit roman de M. Ernest Legouvé, de l'Académie française : Béatrix ou la Madone de l'art. « Je m'y suis proposé, dit l'auteur dans une courte dédicace à M. Hector Berlioz, le même objet que dans les travaux de divers genres où je me snis essayé : mettre en lumière quelque côté du rôle des femmes rlans ta 'société moderne. » Cette fois, c'est la femme au théâtre que l'auteura voulu nous montrer ; ce sujet a.été traité plus d'une fois, maïs presque toujours sous le même aspect. Ce qu'on a décrit , surtout , c'est l'eatralnement de la vie de théâtre, la passion du succès, à laquelle m sacriiie tout, passion insatiable qui ilévore tous les autres sentimails, qui fait de l'actrice une créature à part, qui ne peut goûter ni les joies du mariage, ni celles de l'amour, ni même celles de la maternité; qui ne respire à l'aise qu'an milieu de l'atmosphère de la rampe, et qui meurt hors de son élément, le théâtre. Telle est la comédienne moderne , celle que les auteurs dramatiques et les romanciers dicrivent le plus volontiers. M. Ernest Legouvé a choisi un autre type; il a peint, nous dit-il, une grande actrice sanctifiée par son art, tine âiïie naturellement pure et belle, s' élevant, par son commerce habituel avec les œuvres du génie , jusqu'à la hauteur des smtimrats qu'elle interprète. C'est donc une sorte d'idéal de l'actrice que l'aoteur nous présente, quoiqu'il aille au-devant de cette observation , et qu'il affirme qu'en traçant le portrait de son héroïne il n'ait foit qae se souvenir. « L'Europe, ajoute-t-il, a vu et admiré, dans ces dei^ nières années, trois illustres femmes de théâtre, qui réuiuasaiert ta même degré l'éclat de la gloire et celui de la pureté. Je poorrùsles , nommer, je le devrais peut-être, puisqu'elles rendent mon héraoe vraisemblable, mais j'aime mieux tâcher de les faire connaître. Ce n'est pas que j'aie tracé leur portrait : le romancier n'est pas et M doit pas être un photographe; mais, m'élant trouvé initié à la cmnûssance de leur caractère par des relations amicales ou par des réob

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fidèles, J6 me 8ui%propo8é de tirer d'elles trois un quatrième pers<mnage, qui, sorti d'elles, n'en eût pas moins sa yie propre. » Je n'aurais pas été fâcbé, je l'ayoue, que l'auteur eût bien voulu me dire les noms des trois pures et illustres femmes de théâtre dont il s'est inspiré pour créer son héroïne, car, à ma honte, je ne les deyine pas, et je ne puis iroir dans Béatrix qu'un {produit de son imagination poétique ; soit dit, du reste, sans reproche, car je ne suis pas de ces réalistes farouches qui bannissent complètement l'idéal du drame et durc»nan.

Le lieu de l'action, les personnages qui jouent un rôle important dans le roman, les détails, la mise en scène, tout m'éloigne de la réalité. La scène se passe dans un petit royaume- d'Allemagne. Je sais bien tous les services que les divers États de la Confédération germanique ont rendus aux faiseurs de romans, de vaudevilles et d'opérascomiques, mais M. Ernest Legouvé ne pousse-t-il pas bien loin la re- ^jamaissance ou l'illusion, en faisant des souverains, grands, moyens ou petits^ représentés à la diète de Francibrt, autant d'artistes livrés au culte de l'art ? « Dans leurs psdiais, l'art n'est pas un inférieur que r^ii fait attendre dans un vestibule ou un hôte qui pénètre justement jusqu'au salon; c'est un ami, c'est un membre de la femille, qui a ses entrées partout, qui est mêlé à tout, qui a sa part dans la vie de tous les jours, d N'y a-4^il rien à rabattre de tout cela? Je crois le contraire, mais je ne veux pas trop chicaner l'auteur à ce sujet, et je tiens

pour parfaitement avérée l'existence de la principauté de M , où

les princes poussent l'amour de l'art jusqu'à jouer la comédie avec les actrices qui viennent donner des représentations sur le théâtre de la cour.

Le prince Frédéric a vu à Vienne la célèbre tragédienne Béatrix, suraommée la Madone de tart^ à cause de sa pureté; il l'aime, et il la ntroine àsm son propre palais, où sa mère, la grande-duchesse, a ¥0uhi qu'elle fut logée. Dans cette vie commune, vivant sous le même toit, « voyant tous les jours, l'amour de Frédéric s'accroit et celui et Béatrix prend naissance. Le prince ne cherche point à séduire l'ac- Iriœ, celle pensée ne hii vient même pas, il lui offre de l'épouser. Béatrix peut échanger son sceptre de clinquant contre un sceptre vérilaMe : elle refuse, parce que cette union ferait déchoir le prince nonseulement «ux yeux deses sujets, mais encore aux yeux de toute TÂllemagae. 4x le vous Terrais malheureux par moi, lui dit-elle, humilié à cause de mm, ussoft du» ce» tristes luttes la feroe que vous devez

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employer pour régner, et en arrivant peut-être à maudire tout bas le jour où TOUS m'avez aimée I... Oh! noii!non,jamais!NetuoDspasdu moins notre amour ! » Ce sacrifice touchant est le fond même et l'iatérêt du roman. En le lisant, on ne se demande pas s'il y a vraiment des comédiennes comme Béatrix, naïves, passionnées, religieuses, capables à la fois des actes les plus ordinaires de la vie bourgeoise et des plus grands dévouements de la vie héroïque, on est ému, entratoe. Que souhaiter de plus? Peu importe que Béatrix n'existe pas, si l'auteur parvient à vous y faire croire. D'ailleurs, si la femme de théâtre ne ressemble pas à la Madone de M. Ernest Legouvé, U n'est pas défendu de la rêver telle qu'elle nous apparaît dans son poétique roman.

Je ne voudrais pas que l'on m'accusât de obliger la poésie. Je demande des poètes aux quatre coins de l'empyrée, et il ne m'en vient point. La poésie serait-elle morte en France, comme on l'aononoe depuis si longtemps? Je serais tenté de le creire si, grâce à Dieu, deux volumes de vers ne m'arrivaient en même temps que les hiroodelles. Voilà du moins deux poètes qui m'aideront à fêter le printemps : l'un appartient au sexe masculin, l'autre est une femme. C'est d'elle que je parlerai la première, ainsi que la galanterie française l'exige.

Madame la marquise Blanche de Saffray chante Paris sous la dictée même de l'ange gardien de cette capitale , car il parait que les villes ont des anges gardiens aussi bien que les hommes. L'Ange gar. dien de Paris; Bécit de l'Ange; les Gaulois; les Druides; les Bardes; les Gaulois conquis ; la Mort de Pan ; un Cboc universel de l'humanité, tels sont les préludes de ce vaste poème, dont nousn'avoosaujoopd'hui que les morceaux dont les titres précédent et léchant troisième. Madame de SafTray a du feu et de l'imagination; mais un poème se juge dlfGcilcment sur des fragments, quelque étendus qu'ils soient d'ailleurs : j'attendrai donc, pour me prononcer, l'achèvement comf plet de l'œuvre.

M. Armand Lebailly salue le réveil de l'Italie. Mettant, comme le dit M. Legouvé dans la préface, son inspiration souslepatronage du génie et de la douleur, l'auteur a dédié son volume, intitulé ://a/tamta,àVenise. Ce n'est pas sans une émotion véritable que j'ai lu certains mot-

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