CHAPITRE XXX
oeauxdecerecueil, où se trahit quelquefois rinexpérienoe delà jeunesse, inexpérience charmante quand elle est accompagnée de la générosité des sentiments, de Tenthousiasme pour les grandes causes et du dévouement aux grandes idées. L'Italie a toujours eu le privilège d'inspirer les poètes, mais ils célébraient sa gloire passée et ses malheurs présents ; elle leur fournit maintenant d'autres sujets, des sujets plus heureux, et on voit qu'ils se hâtent d'en profiter.
H. Hippolyte Babou n'a aucune prétention , que je sache , à la poésie : c'est un esprit plein de vivacité et de bon sens, qui me fournira une excellente transition pour rentrer dans la prose. M. Hippolyte Babou vient de publier un volume intitulé : Lettres satiriques et critiques, avec un défi au lecteur. Que le susdit lecteur pourtant n'aille pas s'efirayer et passer outre , la lutte à laquelle l'auteur le provoque n'a rien de bien dangereux. Il serait fâcheux qu'un désir immodéré de paix lui fît perdre le plaisir d'une lecture qui ne peut manquer de l'intéresser. M. Hippolyte Babou a, dans ses bonnes pages, une manière libre et facile de faire la critique, dont la tradition semble se perdre chaque jour en France. Nous prenons pour tout ce qui est guindé un respect qui n'est point dans le caractère national. Il faut être sérieux, si l'on veut réussir. Le mot de sérieux s*applique à tQut. On est un homme sérieux, un cuisinier sérieux, un homme (TÉtat sérieux, un spéculateur sérieux; il y a pour le restaurateur les consommateurs sérieux, et d'autres qui ne le sont pas ; mon épicier me fait l'honneur de me considérer, je le sais par ma bonne, comme un de ses clients les plus sérieux, et son cousin, qui est poète, m'écrit, en me priant de parler de ses chansons^ que je suis certainement un des critiques sérieux de ces temps-ci. Sérieux a remplacé le sincère et le convaincu d'autrefois. J'aime assez ceux qui résistent à la mode, surtout dans les questions littéraires, et qui savent rester familiers dans l'occasion, ce qui n'est pas aussi facile que les gens sérieux ont l'air de le croire. C'est cette familiarité spirituelle et de bon goût, ce trait simple et rapide de la véritable école française, que l'on retrouve souvent dans les pages écrites par M. Hippolyte Babou, et surtout dans les Lettres satiriques et critiques.
Les théâtres Tiennent d'achever lear csmpagne d'hiver. Que reste-t-il de tant de pièces portées aux nues par le feuiltetoD et par la réclame? Pas grand'chose, en vérité. Le Père prodigue, ce cb^ d'oeuvre si applaudi à la première représentation, s'est tntiné péniblement jusqu'à la centième. Ainsi le voulait le traité conclu entre l'auleur et le directeur du Gymnase. Au Théâtre-Français, /e ih«; /oi continue à attirer la foule; la littérature n'a rien à voir dans ce succès, mai& eaGn, c'est un succès qui doit tout à un acteur et rien à U réclame. Au Vaudeville, la Marâtre, la Pénélope normande, sont complètement oubliées ; la Tentation ne file pas un uieilleur colOD. Le théâtre de la place de la Bonrse compte maintenant surune fantaisie de M. Ronsard, Ce gui pUâi mtx dames. La fantaisie et M. Ponsard) voilà à quels paradoxes nous en sommes réduits.
Rien ne prouve mieux ta décadence de la littérature dram^qw en France que ce souci des directeurs à chercher l'extraordinaire, an risque de tomber dans l'absurde. Que le ThéâUe-Français ou l'Odéen demande une tragédie à M. Ponsard, rien de plus naturel; que le théâtre du Vaudeville, désireux d'élever le niveau de sa scène, comme on dit aujourd'hui, le prie d'écrire à son intention une comédie teiH teodeuse et redondante comme la Bourse, passa encore! mais que pour une fantaisie il s'adresse à l'esprit le moins sémillant, le moiiii léger, le moins fantasque de la littérature, c'est œ qu'Mi ne com^vead pas avant d'avoir observé la tendance des directeurs actuels, de coosidérer en toute pièce, non pas ce qui y est réellement, mais le nom de celui qui la signe. Un auteur n'est jugé nulle part aujourd'htù; on refuse son œuvre ou on la joue par des motife tout à fait étrangos au mérite qu'elle peut avoir. On a peur partout de ce qui est jugement, décision, initiative. Supposons un directeur placé entre l'oeavK d'un débutant «u théâtre et la fantaisie de M. Ponsard: l'une loi paraît hardie, originale, pleine de promesses d'avenir; l'autre, ut contraire, est lourde, monotone, gracieuse comme la danse de l'oui*. Vous vous imagines qu'il va choisir la première? Pas le moinsdu monde; la pièix du .débutant lui pumit bonne, marseatiD, 11 peotse tromper; il y a des chances pour qu'elle soit contestée, il lui faudrait lutter, si elles venaient à se réaliser, prendre de la peine, et subir la