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CHAPITRE XXXX

public, quelques repeints, des. suppressions, un mot jeté ça et là, tout cela se conçoit; mais dix ans après la première représentation, reprendre son œuyre, modifier le plan, changer les personnages, c'est une tentative vaine et sans but. A la scène, les éditions revues et corrigées sont impossibles. Que deviendrait le théâtre, si chaque auteur se remettait ainsi à changer ses pièces tous les huit ou dix ans? Au théâtre, tout est dans la première représentation. Je sais bien que Voltaire a fait applaudir, au bout de plusieurs années, des tragédies tombées le premier jour, mais ces résurrections sont des miracles qui ne sont pas possibles dans tous les temps, et qui doivent beaucoup aux circonstances. Il pourrait prendre encore une fois fantaisie à M. Emile Augier de modifier r Aventurière ; de modifications en modifications, il finirait par en être de cette comédie comme du couteau de Jeannot. Je donne trois soirées à Tauteur, passé lesquelles iln*a plus le droit de toucher à Tensemble de son œuvre. M. Emile Augier pourra, il est vrai, me répondre qu*il a eu ces trois soirées, mais que cela se passait en 1848; qu'il a été représenté, par conséquent, mais si peu, si peu, grâce à tant de choses qui se disputaient Tattention du public, qu*il a cru pouvoir ne compter ces représentations que comme autant de répétitions générales. Cette défense ne me fera pas absoudre tout à fait M. Emile Augier, mais du moins je ne lui refuserai point le bénéfice des circonstances atténuantes.

La saison d'été est sur le point de s'ouvrir pour les théâtres ; elle sera peut-être plus fructueuse, au point de vue de l'art, que la saison qui vient de finir. Pendant l'été, les directeurs écoulent les pièces sur lesquelles l'administration ne compte pas, selon^^l'expression consacrée, les pièces qui ne touchent pas de prime, dont les auteurs sont quelquefois des inconnus. Qui sait si parmi ces œuvres dédaignées ne se trouvera pas enfin la comédie ou le drame que nous cherchons depuis si longtemps?

Connaissez-vous les Bossoutos? Non. Le contraire m'aurait fort étonné. Pour moi, je l'avoue, je n'avais pas même entendu prononcer le nom de ce peuple avant de lire l'intéressant ouvrage que vient de publier M.*Casalis sous ce titre : Les Bossoutos^ ou vingt-trois ans de séjour et d observations au nord de F Afrique. Comment, direzvous, peut-on passer vingt-trois années de sa vie chez les Bossoutos?

Quelle forinne a dû faire pendant ee temps-là H. Casalis ! qne de dents d'éléphant, que de gomme, que de poudre d'or il a dû ramasser! sans doute il est au moins millionnaire. Il s'^en faut, je crois, de beaucoup. Il y a trente ans aujourd'hui que les premiers délégués des missions apostoliques de Paris s'embarquèrent pour le cap de Bonne- Espérance, où ils furent accueillis par les descendants des protestants français réfugiésau Cap à l'époque de la révocation de l'édît de Nantes. M. Casalis suivit de près ces premiers apôtres. Il arriva en Afrique juste au moment où les Bossoutes venaient de se convertir au christianisme. Ces Bossoutes habitent à deux cents lieues du Cap, sur la frontière de la Bechuanasie. Je demande pardon au lecteur de le conduire dans des contrées si éloignées du boulevard des Italiens ; mais les Bossoutos méritent qu'on leur rende visite. Ils sont muàciens, romanciers, poètes. Voulez-vons entendre un de leurs chants de guerre?

Je suis Coucoutlé

Les guerriers ont passé en chantant

L'bynine des combats a passé près de moi

Elte a passé méprisant mon enfance,

Et est allée s'arrêter devant la porte de BoiAoakoa.

Je suis le guerrier ncàr

Ma mère est Bosaelosso....

Je m'élancerai comme un lion.

Comme celui qui dévore les vierges

Près des forêts de Foubassequoi

Nous parlons en entonuant le chaut du trct

Bamakoula mon oncle s'écrie :

Tenons-nous-en à ce commencement, l'oncle Bamakoula nous entraînerait trop loin. Cexa qui voudront chanter ce chant du dépari trouveront l'air à la un du volume. M. Casalis l'a noté, ainsi que diverses autres mélodies qui donnent une idée assez favorable de la situation de l'art musical chez les Bossoutos. Nous négligeons an peu trop l'Afrique; les Barth,les Livingstone, devraient trouver chez nous des imitateurs plus nombreux, L'humanite noire restera-trelle éternellement séparée de l'humanité blanche? Voilà du moins un hommo de bonne volonté, qui a cherchéà opérer le rapprochement. M. Cssalis s'est condamné pour cela à passer une grande partie de sa vie diei les

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