AU XVII* SIÈCLE
tons à donze vertus de ce grand roy ; non pas qu'elles se puissent nombrer, mais parce que le nombre douze dans Platon est employé pour dénoter la perfection de l'uniTers^ qui est composé de douze spbères, et^ dans VirgilCj sert de marque à la Tivifiante course du soleil^ qui
Certis dimensam partibns brbem Per daodena régit mandi sol aureus astra,
et es escholes des mathématiciens se prent pour Taccomplissement de l'an^ qui -consiste en douze mois. Gomme aussi ce mesme nombre est employé religieusement aux mystères sacrés : par exemple, es illuminations de YUrim Thumim, es douze pierres que le grand prestre portoit en sa poictrine, es douze fruicts de l'arbre de vie, es douze lyonceaux du throsne de Salomon^ es douze fontaines et palmes d*Elin, es douze pierres de Fautel, sur lesquelles (ainsi que remarque Philon, juif) le fer n'eut jamais aucune prinse^ et une infinité d'autres secrets cabalistiques, envueloppez dans Tescorce des lettres divines, que je passeray pour cette heure, me contentant de redire encore un coup que j'employe le nombre de douze en Fomement de la couronne de Henri le Grand, pour symbole de sa perfection.
Et pour commencer à disposer ces douze pierres d'un bel ordre, je dis que. la première est le très-riche diamant de la restitution de l'église de Sion en Jérusalem aux pères Cordeliers, à qui les Turcs l'avoient ostée.
Pourquoi cette action de Hemi IV est^Ue figurée par un diamant? Par un motif bien simple : c'est que, suivant l'abbé de Beaulieu, « le diamant mis en œuvre a cette propriété d'adoucir Tire et apaiser le courroux, ainsi que notre roi, par sa sage entremise, appaisa la foreur que l'infidèle avoit conçue contre ces lieux sacrés. » L'orateur ënumère ensuite onze autres faits de la vie de Henri FV, dont chacun se rapporte à une pierre précieuse douée de verius surnaturelles on médicinales analogues à ce fait. Ainsi, par exemple, le rétablissement de la messe dans diverses viQes de France est représenté par la topaze <( qui guérit les lunatiques tout ainsi que ce rétablissement de la messe a apporté guérison à plusieurs cerveaux dévoyés et égarés par les surprises et piperies des hérétiques. )>
Quelquefois, c'est une simple intention de Henri IV qui est figurée par une pierre précieuse. Ainsi le roi se proposait d'établir en France la congrégation de l'Oratoire romain quand il a été assassiné : «Cette intention, dit ingénieusement dom du Boys, se doit comparer à la chalcidoine^ à cause qu'elle n'a pas eu son eôet, comme les naturalistes écrivent de cette pierre, qu'elle incite souvent ceux qui la portent à force belles et glorieuses actions qui n'ont pas toujours l'issue qu'on s'en promet ou propose. »
Ce discours de lapidaire et d'alchimiste se termine par une description très - détaillée, et dont nous ferons grâce au lecteur, du
ruais bcday qni forme le f atte de la coacoane de tteiai IV , tontes les prétendues propriétés de ce rubis se rapportent à autant de ifertus du roi défunt, et après les avoir énumérées, Tabbé de Beaufien résume son dénombrement en ces termes :
Et pour dire, en un mot, comme le fin ruby bahiy est de valeur inestimable, aussi les effects du titre de très-chrestren, porté par ce roy très-religieux, estoient arrivez à tel lustre en sa personne, qu'il y avoit autant de différence entre les submissions filiales qu*il rendoît au saint-siége et celles que rendent tes autres princes, comme il y a de déchet de prix entre les rubis de Gorie, Calecutb, Cambaîe et Bisnagre, qui sont les communs, et ceux de fisle de Zeilan et du fleuve Pegu, qui sont les meilleurs et. plus parfUts du monde.
Voilà le genre d'ékiçMsiee qne Ton admîrail encore^ dix-^sept ans avant la naissance de Boemet; c'était lA ce qu'iMi i^ppelaît de bellà timilituâes^ subtilement appliquées, €e qn'on vient de lire est déjà fort étrange, et cependant il y a peut-être mieux encore dans le recueil de Du Peyrat; il y a une oraison funèbre qui dépasse toutes les autres en extravagance^ c'est celle de l'abbé Yalladier, docteur en théologie, groto-notaire apostolique» conseiller, aumônier et prédicateur ordinaire du roi, Tun des sermonnaires les plus populaires et les plus féconds de cette période. Dans la préfaice de cette oraison funèbre, décKée à la reîae Marie de iMédicis, Yalladier nous avertît q«e sa harangue a été composée sous rinftue&ee d\ine extrême douleur, et qse l'extrême doaletur est plus fécfmde que faeonie, plus topiernse qm limée. Mais il nous apprend en mêiae temps que la première édltioa s'est enlevée en qniaae joiurs, et ^pie, lorsqull a prononteé ce dîscoars, l'effet en a été fondroyant. Dès i'exorde, « il a vu, dâ^, fondre ea un instant tout son auditoire en pleurs, mais ee fut, ajou'te^-S, à la catastrophe et au narré sneeinet de cette lamentable tragédie que, redoublant, fout ce grand peuple, les sanglots et ies joignant aux larmes, il me sembloit de voir devant mes yeux les exiqmes teièbres du genre humain. i>
Le lecteur sera peut-être curieux d'apprécier une éloqu^ice si paissante sur les âmes. Voici d'abord cet exorde qui fit fondre en larmes l^auditoire de l'abbé Yalladier. Il appartient, comme celui de l'évêqne Bertaut, au genre ex abrupte^ mais il est encore beaucoup plus coloré.
Ohy fatale I oh, cruelle l ob, inexorable moril Que périr à ce coup puisse le jour de ta naissance de la mémoire des vivants l Que le monstre qui ravorta au jardin d'Éden soit à toujours détesté de la nature humaine! Que finir puisse à jamais ton Turial empire, borné en Tétemité des horreurs de Tenfer ! Carnassière Parque! si ta tyrannie est meshuy si intolérable, ton courroux si inhumain, tes vengeances si implacables, ton sort si inévitable, tes secousses si soudaines, tes trahisons si couvertes, tes rages si inexpiables, tes précipices
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si glissants et si ^Bro|^les> qua u» dé8(eharg8s<4tt la Yanin de te» adustes fiireuis sur ua tas de faiaéao»,. canailles du: monde, Caatosmes de via» cas iortuits de nature» excrémens de cet air,, inutiles à tout Qe ne dis pas au public), pernicieux à l'Ëstat, injurieux au genre humain, odieux à ce soleil, insupportables à la terre, qui démentent leur estre, infament notre race» et ne servent non plus au monde sublunaire que les atomes en Fair!
S^est41 jamais imprimé diaas aucvoe langue lient de plus absurde? Ge débordement de paroles se continue oan» reHiche durant plas de qneitre'^ngt-huit page?. L'auteur ramasse en son e&emin tout ce qm se présente à son esprit, d'expressions- et d'idées empruntées à la mythologie, à ralcfaimie, i Tàstrologie, à In nécromancie. Sa donlenr trop cnisante lui offusque, dit-il, le triage des mots, et ce sont néanmoins presque toujours les formes de langage et les comparaisons les pins bizarres qui se présentent les premières. Son cœur est un i^urt/Te d'angoisses^ la reine Marie de Médicis est a la biche Ménalée, aux cornes d'or, au collier de topa^, prînse et conduite par le variant Hercnle pour le soûlas de la Framse et pour 1& fermeté de la foi catholique. » Les deux fils de Henri FV sont les deux jumeaux de notre zodiaque, les deux retenues de notre flottante et branlante Bélos;^ ses trois filles sont les trois agréables carites de cette monarchie. 11 dit du temps, que c'est la crocute d'Egypte , qui masche tout et digère tout. Il appelle soft discours, les dévoyements de ses cuisantes passions. Â travers tout ce désordre, il y a cependant un plan; mais quel plani l'auteur entreprend de démontrer que Henri iV possédait tous les attributs de Dieu lui-même.
Ce n'est pas qu.'il y ait quelque chose d'exori)itant dans l'idée lôblique et chrétienne qui considère les rois comme une image mortelle de la Divinité. Dans plusieurs de aes sermons, notamment dans ccdui Sur les Devoirs des rois^ Bossnet part de cette idée po«r naionixer à Louis XIV toute retendue des obligations qui pèsent snr li», et combien sa puissance, si grande devant les homcnes, est fragile devant celui de qui il la tient : a Vous êtes des dieux, s'écrie-t-il après Dcrrid, mais, ô dieux de chair et de sang! ô dieux de terre et de poussière I vous moursez comme des hommes. » S'il reconnaît en eux une représentation des attributs de Dieu, c'est pour leur rappeler sans cesse que la copie n'est rien devant l'original. Toute distinction de ce genre échappe à l'esprit désordonné de Yalladier. Henri IV, suivant lui, possédait : 1^ l'unité absolue; 2® la perfection, 3® Fimmenstté, et par suite l'immutabilité et l'éternité ;.4*> la bonté absolue; 5" la sainteté; 6* la providence ; 7« la félicité. Tout cela pris au sens littéral entraîné l'orateur dans les aberrations les plus grossières. Veut-il peindre dans Henri IV l'unité de puissance ; il emprunte au poète Musée un vers grec sur l'amant d'Héro, Léandre le nageur, qui en cette qualité est à lui seul
et son timofiy et sa barque et sa rame. Pour peindre le don de perspicacité que l'Écriture attribue aux rois, Bossuet, s'appropriant le style figuré de la Bible, dira un jour : « Quand le roi a pénétré les trames les plus secrètes, avec ses mains longues et étendues, il va prendre ses enne* mis aux extrémités du monde, et les déterre pour ainsi dire du fond des abîmes où ils cherchaient un vain asile. Combien donc lui est-il facile de s'imaginer que les mains et les regards de Dieu sont inévitables I » Écoutons Valladier exprimant la même idée : « Henri le grand avoit la prunelle si vive et si pénétrante qu'il découvroit jusqu'aux atomes qui voltigeoient au bout de son royaume. Il sefust aperçu du vaisseau d'Architas, qui étoit tout compris sous l'aile d'un moucheron débarquant de Lisbonne. i> Après avoir longuement prouvé que Henri JV était parfait, que c'était la vraie palme d'Inde, portant seule toutes choses nécessaires à la vie humaine, Valladier prévoit qu'il sera accusé de flatterie : « Ici quelque bas esprit, ou ennemi et jaloux de ces grandes perfections, me dira que je ne vante que ses louanges, et que je ne sonne mot des défauts et de^ vices : voire, aussi ne suis-je pas ici pour cela. D'ailleurs, il ne s'agit pas de s*arrèter aux détails : on prend la perfection en son genre. Alexandre , dit-il, n'étoit pas moins Alexandre, parce qu'il beuvetait quelquefois, ni Hercule moins Hercule, parce qu'aucunes fois il filoit avec Omphale... »
Après avoir prouvé que Henri IV possédait tous les attributs de Dieu et entre autres la suprême félicité, comment l'orateur arrivera-t-il à la catastrophe qui a terminé les jours du roi 7 II y arrive par une transition qui ne lui coûte pas beaucoup d'efforts :
Misérable que je suisl faut-il que d'une mesme bouche, comme le satyre, je souffle le chaud et le froid, la félicité et rinfortune, la divinilé et l'humanité, la gloire et l'opprobre, la joye et la tristesse, la vie et la mort? Ah! Dieu du ciel I qu'est-ce que ceste vie? Que de naufrages menassent cette triste et dangereuse navigation ! Lors mesme du grand calme, voilà nostre pauvre caraque à fond ; tout comme on le disoit des vaisseaux qui passoient les écueils Capharées.
Il entre ensuite dans sa péroraison par une invective contre Ravaillac, analogue à son exorde, mais où la gradation des couleurs laisse cruellement à désirer.
Faut-il que je passe par ma bouche, s*écrie-t-il, et influé à vos oreilles le nom du parricide enragé? nom réservé cy-après aux informes avortements de Proserpine et de la fatale Parque? nom dédié désormais aux caractères les plus hideux des sorciers, des masques 'et des fées7 le scélérat premier-né de Beelzébuth ? la gangrène et le chancre de la nature humaine? l'escnme et l'apostème des infernaux bouillons des Furies bourreUes?raDathesme dégradé du christianisme? la vermine, la puanteur, le desdain effroiable de