Tome IX. — 33* LîTnifOiu
Saint-Esprit , joint à une éloquence naturelle et naïve, persuade mieux que la rhétorique artificielle. »
C'est précisément ce genre d'éloquence naturelle et naïve qui recommande les sermons du père Lejeune» et fait oublier ce qu'ils conservent encore des défauts de l'ancienne prédication. Ce don du prédicateur qu'on appelle onction et qu'on rencontre si rarement chez les prédécesseurs du P. Lejeune est une de ses qualités les plus saQlantes. N'est-elle pas manifeste par exemple dans ce passage d'un sermon sur les inimitiés f
Le pardon des injures est une action très-douce et délectable. Je n'en veux point d'autre preuve que votre propre expérience : n*est-^l pas vrai que quand vous vous êtes surmonté généreusement vous-môme, que vous avez pardonné de bonne façon à quelqu'un et que vous avez renoué avec lui une parfaite amitié, vous vous sentez grandement allégé? Il vous semble qu'on vous a déchargé d'un fardeau insupportable, que votre cœur est vidé de beaucoup de fiel qui vous remplissoit d'amertume. Au lieu que quand vous avez un ennemi, vous êtes continuellement tourmenté, vous avez là-dedans une vipère qui vous ronge le cœur incessamment ; toutes les prospérités qui lui arrivent vous sont autant d'afflictions d'esprit ; tout ce que vous voyez qui lui appartient vous met à la géhenne et à la torture ; vous souvenir seulement de lui, ce vous est un tourment ; et quand vous avez obéi à votre passion et exercé quelque vengeance, que de regrets par après, que de terreurs paniques, que d'inconvénients 1
La doctrine du père Lejeune est saine et dégagée, nous l'avons dit, de tout mysticisme ; pour lui, le plus impérieux de tous les préceptes de la religion, c'est l'amour du prochain. Pour mettre cette vérité en relief, rien ne l'arrête; il y emploie toute l'énergie de son langage :
Quand vous auriez gagné tous les pardons de la mission, toutes les indulgences du rosaire, du scapulaire, de Notre-Dame des Anges, tous les jubilés que le pape donne en l'année sainte, quand le fils de Dieu môme vous auroit donné de sa propre bouche un pardon aussi général et une indulgence aussi plénière qu'il donna à sainte Magdeleine, si vous mourez avec quelque rancune et malveillance volontaire contr^ qui que ce soit, vous serez damné, votre grftce au col. Dieu vous eu garde et vous donne sa paix.
Ce n'est pas que le père Lejeune s'exagère le bon côté de la nature humaine; en devenant aveugle, il n'a rien perdu de sa clairvoyance morale et il connaît à fond toutes nos misères. Veut- il peindre, par exemple, la fragilité des afiTections aux prises avec l'intérêt, il emploiera une comparaison très-familière qui tient encore un peu au genre trivial des Besse et des Yalladier, mais qui s'en distingae