CHAPITRE XXVII
10 HABS 1860.
lie mèslemcnt de r Aesdéoile ftranyljne daiui mem mpperto avee réIeetiM da K. P. Iiacordaire de Terdre de« ftrèree iprêchenni.
J'ai promis de revenir sur Télectioii du R. P. Lacordaire à FÂcadémie. J'y reTiens.
On me dit à ce propos : De quoi vous mêlez-vous? rAcadémie nVt-elle pas le droit de choisir qui il lui plaît? Comédien ou moine, rabbin ou dominicain , ses statuts n'excluent personne. Lisez l'article P' : <c Nul ne sera reçu dans l'Académie. . . . qui ne soit de bonnes mœurs, de bonne réputation, de bon esprit, et propre aux fonctions académiques. » C'est l'unique article ayant trait aux qualités requises de ceux que l'Académie admet à l'honneur de siéger sur ses fauteuils. Élèveriez-vous par hasard quelque objection contre la bonne réputation, les bonnes mœurs, le bon esprit du R. P. Làcordaire?
Que saint Dominique m'en préserve ! je prierai seulement les per- ^nnes qui me citent l'article P' des statuts de* l'Académie française de vouloir bien pousser jusqu'à l'article 14 : « Lorsque quelqu'un sera reçu dans l'Académie, il sera exhorté par celui qui présidera d'observer tous les statuts de l'Académie. » Il y a, je crois, un certain nombre de statuts, notamment ceux qui ont trait au travail en commun des académiciens, que le R. P. Lacordaire aura quelque peine à concilier avec l'observation des règles de son ordre. Il est plus difficile qu'on ne pense d'être à la fois membre de l'Académie française et provincial de l'ordre des dominicains en France. On lit, par exemple,
L'ANNÉE LITTÉRAIRE.— CHAPITRE XXVlï. !37
dans V Histoire de f Académie française, par Pellisson^ une note de Tabbé d'Olivet, son continuateur, d'où il résulte que, a depuis longtemps, les circonstances, ayant lourdement pesé sur la liberté de ses suffrages, et l'Académie voulant protester contre la yiolence morale exercée sur la conscience de ses membres, il était commandé à tout académicien, en vertu d'une délibération solennelle du 31 janvier 1731, designer sur le registre : <( qu'il promet sur son hormeur de n'avoir aucun égard pour les sollicitations de quelque nature qu elles puissent être, qu'iV n engagera jarruds sa parole, et conser^ vera son suffrage libre, pour ne le donner, le jour de son élection, qu'à celui qui lui paraîtra le plus digne; et il est dit qu'en ce cas, la signature d'un académicien lui tiendra lieu de serment. »
Le R. P. Lacordaire peut-il promettre sur l'honneur qu*il n'engagera jamais sa parole, et qu'il conservera son su£Grage libre pour le donner à celui qui lui paraîtra le plus digne? Certainement, c'est là son intention. Mais sera-t-il libre de l'exécuter? voiJà la question. Supposons qu'il s'agisse de remplacer quelque publiciste de Técole libérale, comme feu Tocqueville, s'il est vrai qu'il en reste encore deux ou trois à l'Académie. Naturellement des candidats ultramontains se présentent, et ce sont eux qui ont le plus de chances. M. Yeuillot quitte Rome et les bureaux de son chemin de fer pour se mettre sur les rangs, l'infatigable M. de Marcellus, de son côté, qui n'a aucune raison de se retirer devant un employé de M. Mirés, comme il l'a fait devant un dominicain, recommence ses visites, le P. Lacordaire lui promet sa voix. La politesse et la cônununauté d'opinions lui en font un devoir. Le jour même du vote, il reçoit une lettre ainsi conçue :
« Cher frère,
c< Il importe au salut de l'Église que M. Yeuillot soit nommé aca- «c démiden. Vous lui donnerez votre voix,
a Père Ange Amgabâmi. »
Maître général de l'ordre det frères prêcheurs. Rome, Sainte-Marle^ur-UinerTe. #
Yoilà, je suppose, le R. P. Lacordaire fort embarrassé. S'il nomme M. Yeuillot, il viole le règlement de l'Académie, et s'il nomme M. de
1. Histoire de V Académie flnxnçaise, par Pellisson, édit. de i739.
Marcellus, il enfreint son vœu d'obéissance. Comme dans le premier cas il ne s'agit que d'une infraction à des règles mondaines, et que, dans le second cas il y ra de l'enfer, le R. P. Lacordaire n'bésitera pas. M. de Marcellus et le règlement seront sacrifiés.
Nous autres, simples laïques, qui ne portons ni froc, ni robe, ni sandales, ni tonsure, qui ne nous faisons point appeler Père^ mais tout simplement monsieur, nous pensons qu'il faut éviter de preûdre des engagétanents qu'on ne peut pas tenir. Un moine n'est pas astreint, à ce qu'il pètratt, à ces petitesses de l'bonnéleté vulgaire. On voit les choses de plus haut dans les couyents.
En nommant le R. P. Laccnrdaire, l'Académie n'a fait que s'adjoiqdre, en réalité, le général des dominicains. Le P. Ange Ane»* rani s'assoira daj)& le lauteuil de M. de Tocqueyille. Les statuts sont violés de la façon la plus flagrante. Voyons si, du moins, on peut s!autoriser de la tradition et invoquer des précédents.
Be la tradition dans ses rapporta avee réleetloa du K. P. lacordaire
de Fordro doo Arèreo préehei
Jamais froc gris, blanc, noir, bleu, marron, rouge, ni de quelque couleur que ce soit, n'a brillé, non-seulement sur les fauteuils de FAcadémie française, mais encore sur les chaises des autres sections de l'Institut. Cette règle est essentiellement conforme à l'esprit général de l'institution dle-méme. Sous l'ancien régime, l'Académie des inscriptions et belles-lettres a vu passer devant elle toutes les gloires bénédictines, sans en admettre une seule dans ses rangs. L'Académie des sciences a agi de même à Tégard d'autres ordres religieux. Ces deux académies, il est vrai^ avaient la ressource des membres libres. Elles en usèrent quelquefois, l'Académie des sciences, notamment à l'égard de Maldbranche qui, sans être moine précisément, en avait l'odeur; du P. Reyneau et du P. Truchet, de l'ordre des carmes; mais un académicien libre ne vote pas, il n'assiste pas aux travaux I des académiciens ordinaires, il est membre honoraire de l'Académie,
voilà tout. Pour en revenir à l'Académie française, on m'objectera
que, de 1637 à 1644, elle a compté parmi ses élus un sieur Nicolas
|. Bourbon, père de l'Oratoire, mais l'Oratoire est une congrégation en
; tout semblable à la congrégation actuelle de Saint-Sulpice, et non