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CHAPITRE XXVIL f

point im ordre monastique. « C'est la seul» congrégation anseignante, dit Bo6suet, où tout le monde obéit, sans que' personne commande, w Les oratoriens ne faisaient et ne font aucno yceu d^obéissance, car il y a encore des oratoriens, puisque M. Cousin a eu un moment l'idée d'opposer la candidature de l'oratorien dom Gratry à celle du^ dominicain Lacordaire, mais it s'est rallié à cette dernière, à cause de l'esprit infiniment plus Kbéral des dominicains. Le libéralisme de l'ordre âe Saint-Dominique est mie récente découverte de MM. Cousin, Thiers, Dupanloup, GuisoC, aidés die MM. de Montalerabert et deFalIoux.

Le P. Bouiiion est Tmiiqne échantiHon de son espèce sur le eata* logue des académiciens. A partir de 1644, pi'ns de congrcgationiste à l'Académie française. Malebranche n'en fut pas, ni Bourdaloue, ni aucun individu appartenant à un ordre monastique. Qu'avaient, en efTet, de conimun les moines avec une institution qui témoigne en principe de la séparation de la raison et de la foi^ de la philosophie et de la théologie , de la littérature sacrée et de la littérature laïque , conséquence naturelle d'une séparation encore plus importante dans la politique, eelie do poovràr temporel et du pouvoir spiritnel. Les^ États catholiques, aussi bien que les États protestants, étaient redevaMes de ce progrès à la Réforme. La science laïque se constitua d*abord en académies pour se rapprocher du pouroir civil, et pour lutter arec pins d'avantage sons son aile ccMntre les attaques de son ancienne et persévérante antagoniste, la science reKgieuse. Nommer un moine a^ulémide», e'étsdt introduire Tennemi dans la place. La nécessité de lutter contre' cet esprit, et, on peut dire, cette science d'envahissement des ordres nsligiemc, dicta à l'Académie les articles de ses statuts àéjk cités, et d'autres pour obliger ses membres i résider à Paris, à assister ans séances et aox travaux communs de la compagnie. Un sentiment profemd de nationalité, auquel il est regrettable qne FAcadémie ne soit pi us sensible, se cachait, en outre, au fond de cette exclusion des moines. II est faeile de s'apercevoir, depuis le seisnème siècle, qiie l'idée de nationafité grandit en France, en même temps qne l'influence politique de lac papauté diminue. Créatures des palpes, instruments de sa domination, les moines étaient considérés comme une milice étrangère , ayant de» intérêts distincts de ceux de la patrie française : quelles raisons peuvent donc avoir MM. Cousin et Guizot pour changer d*opinion à ce sujet, et pour rompre avec fe tradition de Richelieu et de Louis XIY sur un des points qui letsr

tenaient le plus au cœur? Le fondateur de F Académie française n*y appela aucun moine. Son plus éclatant protecteur, Louis XIV, les repoussa également. Longtemps maîtres de la majorité, les jansénistes et les gallicans fermèrent rigoureusement aux moines la porte du palais des Quatie-Nations, que d'anciens jansénistes et d^anciens gallicans leur ouvrent aujourd'hui à deux battants. L'Académie rompt décidément avec la tradition nationale du dix-septième siècle, fortifiée par l'esprit philosophique du dix-huitième, par les tendances anti-romaines du nôtre; elle remonte jusqu'au treizième siècle; elle ne trouve plus pour représenter, dit-elle, les idées libérales, qu'un fils de saint Dominique , du fondateur de l'inquisition , de l'honune qui est resté la personnification historique de la guerre à la raison par le fer et le feu.

Oui , quoi qu'en veuille dire le R. P. Lacordaire , dans des essais de justification aussi peu dignes de son* talent que de son caractère, le sang des Albigeois est sur saint Dominique et sur ses frères prêcheurs. En entrant au musée de Florence , l'année dernière , mes yeux furent frappés par un tableau étrange. Au milieu d'une toile sombre , de grands chiens blancs tachetés de noir comme ceux de Desportes, au musée du Louvre, se ruaient sur des corps sanglants et les dévoraient à belles dents. Au bas de cette toile on lisait les mots* DOMiNi CANES, écrits OU grosses lettres [Domini canes, chiens du Seigneur, par allusion au nom latin des dominicains, dominicant). Cette peinture fait frissonner. On sent que le peintre a pris son œuvre au sérieux, son jeu de mots est un éloge ; il ne veut point exciter Tindignation contre l'inquisition et contre les dominicains en leur donnant la fureur et la gueule des dogues; au contraire , c'est un pieux hommage qu'il rend à leur zèle contre l'hérésie. Pour démontrer que les dominicains personnifiaient l'inquisition aux yeux de tous, je ne connais pas de preuve plus naïve et plus sinistre à la fois que ce tableau. Le P. Lacordaire l'avait oublié sans doute lorsqu'il a écrit cette phrase dans son Introduction à la vie de saint Dominique. <c Saint Dominique n*a point été l'inventeur de l'inquisition ; les dominicains n'ont point été les inventeurs et les promoteurs de jl'inquisition. » Examinons de près ces assertions.

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