‹ Le Magasin de librairieChapitre 32 sur 180 · CHAPITRE XXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYII

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On lit, il est vrai, dans V Histoire ecclésiastique de Fleury, livre LXni, n"" 84, à propos du concile de Vérone , tenu en 1184, la remarque suivante : «c Je crois y voir l'origine de l'inquisition contre les hérétiques , en ce que Ton ordonne aux évêques de s'informer, par eux-mêmes ou par conunissaires, des personnes suspectes d'hérésie suivant la commune- renommée , et les dénonciations particulières ; que Ton distingue les degrés de suspects convaincus, pénitents et relaps , suivant lesquels les peines sont différentes ; enfin , qu'après que l'Église a employé contre les" coupables les peines spirituelles , elle les abandonne au bras séculier. » En matière de répression d'hérésie, l'historien de l'Église gallicane aurait pu encore remonter plus haut. L'Église n'a jamais laissé les hérétiques en repos. Dès 381, on la voit procéder' contre Priscillien et ses adhérents avec une vigueur que les dominicains ne firent qu'imiter plus tard. L'hérésiarque et ses disciples furent livrés au hras séculier, qui leur coupa la tête. L'inquisition a des précédents , personne ne dit le contraire. Une telle machine n'a pu se fabriquer en un seul jour, ni fonctionner tout d'un coup. L'inquisition a des origines diverses , chaque année lui a porté son petit perfectionnement , on en a fait des essais partiels : la machine-mère s'est montée lentement et avec beaucoup de peine, il a fallu plusieurs siècles pour en généraliser l'usage. Comme toutes les grandes inventions, elle a pu germer simultanément et successivement dans la tête de plusieurs personnes; on peut être embarrassé sur la question de savoir qui en a été le véritable inventeur. LeR. P. Lacordaire parait vouloir rejeter cet honneur sur les nommés Rainier et Guy, qui, vers l'année 1198,' procédaient contre les hérétiques du Languedoc. Je ne dis pas que ces messieurs n'aient fait à leur manière de Vin<Iuisition , je suis loin de protester contre le titre d'inquisiteur que leur donnent Fleury et dom Vaisflette , mais je ne vois guère en eux que des essayistes , des précurseurs. Le parfait achèvement de la mécanique inquisitoriale coïncide avec l'apparition de saint Dominique et de l'ordre des dominicains; c^est de leur main qu'elle reçut ses derniers perfectionnements; personne ne connut la manière de s'en servir comme eux , et d'en tirer d'aussi notables profits pour la religion.

142 L'ANNÉE LITTÉRÂlfiË.

Il faudrait un livre tout entier pour raconter l'histoire de la formation de l'inquisition. Bornons-nous à une simple remarque. Au commencement du treizième siècle, il y avait dans l'Église deux pouvoirs légitimes au même degré : la juridiction épiscopale, aussi éienàïte qoe celle àa pape daos ks limites de diaque diocèse, et la juridiction papale, non point supérieure à l'autre, mais universdk. Le général l'emporte naturellenient sur le particulier; ce qui est universel a plus de prestige que ce qui est purement local : la justice papale fonctionnait donc avec plus d'édat que la justice ^iscopale ; mais les évéques n'en inslrumeotaieat pas rooias contre les hérétiques daas la plénitude de leur puissance, et comme de petits papes. Les choses allèrent ainsi jusqu'à la fin du treizième siècle, et les évâcpies poursuivirent l'héiésie proprio moiu. a Mais conmie kss évéques semblaient à la cour romaine ou impropres à œt offiœ, ou trop négligents ; comnoie ils n'étaient pasanimésdu même zèle que Sa Sainteté contre les hérétiques ; afin d'arrêter le débordement ooiiBant des hérésies et de les étoufier plus commodément, vers l'an du Sen gneur 1200, le pape institua les ordres de SaintrDominique et de Saint-François, afin qu'ils prêchassent amte les hérésies, d Lymbordi, auquel j'emprunte ce passage, a écrit son histoire de l'inquisition en latin. Je le traduis pour la commodité du lecteur. Je dois ajouter que Lymborch est un auteur prolestant, mais il n'en est pas moins une autorité, car le B. P. Lacordaire Je cite k chaque instant dans son travail sur l'inquisition. Seulement ses citations ne sont pas toujours entièrement conformes au texte. Ce sont de ces inadvertaaoG^ auxquelles on peut d'autant mieux se livrer, qu'il n'est guère probable qu'il vienne à l'idée des lecteurs des oeuvres complètes du R. P. Lacordaire de feuilleter un in-quarto du dix-sqptième siècle, écrit en latin, et fort rare aujourd'hui.

Citons Lymborch à notre tour, puisque Fexanple du R. P. Lacordaire nous y auU»ise, et tâchons de le dter exactement.

« DcMoinique reçut mission de se rendre avec ses fidèles dans le comté de Toulouse, où il prêcha avec beaucoup de véhémence contre les hérétiques qui s'y étaient propagés; d'où son ordre a retenu le nom d'ordre des frères prêcheurs. Mais François, avec les siens, attaqua les hérétiques en Italie. De son côté, ie pape leur avait ddtané l'ordre de provoquer les princes et les peuples catholiques à l'extermination des hérétiques {ad hosreticos exterminandos exciiareni)^ et de s'informer en tout lieu du nombre et de la qualité des hérétiques.

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