CHAPITRE XXVIB
ainsi que du zèle des populations catholiques, et de la diligence déployée par les éyêques à exterminer les hérétiques [in exterminant dis hcereticis) . Ils devaient en rendre compte à Rome. Cette mission leur valut le titre d*inquisiteurs. »
Yoilà des détails assez précis contre la version du R. P. Lacordaiie. Poursuivons : « Il est constant que les premiers inquisiteurs furent choisis dans Tordre des dominicains ou frères prêcheurs, » Lymborch, en s'exprimant aussi fcn^mellement, ne saurait être suspect. Que lui importait au fond que Tinquisition eût été fondée par des dominicains ou par des franciscains ; il n'avait nul intérêt à charger de cet honneur Dominique plutôt que François, ou François plutôt que Dominique. La question n'a eu un peu d'importance que depuis le jour où le R. P. Lacordaire a eu l'idée de rétablir l'ordredes dominicains en France. On ne s'en occuperait guère aujourd'hui, si le provincial de l'ordre n'était entré à l'Académie. Gela a ravivé la discussion. Continuons à Téclaircir avec les lumières que nous fournit Lymborch : « Dominique, comme nous l'avons dit, reçut mission de se rendre dans le comté de Toulouse, c'est-à-dire dans la Gaule narbonnaise, de sa personne, selon ce que rapporte Bertrandius dans les Actes de Toulouse^ d'après la citation d'Usserius [De la Succession des Églises en Occident^ chapitre ix, n® 9). Il reçut d'abord l'hospitalité dans la maison d'un homme d'origine noble, à qui appartenait la maison de l'inquisition à Toulouse, près du château de Narbonne. Dominique ayant trouvé son hôte infecté de l'hérésie, lui-même, le P. Dominique, inquisiteur de la foi, le ramena dans le sentier de la vérité, et il se donna au bienheureux Dominique et à son ordre avec sa maison qui appartint depuis à l'inquisition et à l'ordre du bienheureux Dominique, d'où l'on peut conclure que Dominique fut le premier inquisiteur, et que l'inquisition fut d'abord introduite à Toulouse. »
Lymborch examine ensuite la question de savoir si la charge d'in* quisiteur lui fut conférée par Arnauld, abbé de Citeaux et délégué du siège apostolique en France, ou s'il la reçut directement du pape. Les écrivains catholiques qui attribuent unanimement la fondation de l'inquisition à Dominique ne sont pas d'accord sur l'autre point. Ceux qui ont voulu concilier les opinions diverses à ce sujet prétendent que Dominique a bien reçu son office du légat, mais que le pape Fa confirmé ensuite solennellement dans la possession de cet office. G'est, selon Lymborch, Tavis de Louis à Paramo (de Parme?) qui
raconte que Dominique s^ouvrit d^abord de son dessein d'établir l'inquisition à Tabbé de Gtteaux, faisant fonctions de légat, lequel investit lui-même Dominique du titre et des fonctions d'inquisiteur en attendant d'en référer au pape. Le cardinal, nommé plus tard légat à la place de Tabbé de Citeaux, confirma la nomination de Dominique faite par son prédécesseur. Enfin, à la clôture du concile de Latran, en 1216, il fut définitivement institué inquisiteur par l'autorité de lettres émanées du saint-siége. a Après avoir reçu ces lettres, ajoute Louis à Paramo, selon Lymborcb, et de Paramo, selon Voltaire, Dominique, un jour qu'une grande multitude de peuple était rassemblée autour de lui, comme c'était la coutume dans le monastère des religieuses de ProuiUe^ déclara publiquement devant l'assemblée qu'une nouvelle charge lui avait été imposée par le souverain pontife, ajoutant qu'il avait l'intention de défendre vigoureusement la cause de la foi; que si les armes spirituelles n'y suffisaient pas^ il avait pris la résolution d'invoquer V assistance du bras séculier, et de mettre en demeure les princes catholiques de prendre les armes contre les hérétiques, afin d'en détruire radicalement jusqu'au souvenir. » Voilà qui semble concluant. Il est vrai que le R. P. Lacordaire pourra se tirer d'affaire en disant que c( l'histoire, depuis trois siècles, est un mensonge perpétuel et flagrant, que les savants de France, d'Angleterre et d'Allemagne ont déjà détruit en partie. » Le R. P. Lacordaire aurait dû nous faire connaître les noms de ces savants anglais, allemands et français qui ont restitué à l'histoire sa véritable signification; il profitera sans doute de l'occasion de son discours de réception pour les signaler à la reconnaissance publique. Si tous les historiens qui ont écrit sur l'inquisition se sont trompés sur le rôle de Dominique dans l'établissement de ce tribunal, cette erreur, dira sans doute le R. P. Lacordaire, est trop générale et trop permanente pour être involontaire. Il y a là conspiration. Mais pourquoi conspirer? Ce que je disais tout à l'heure de Lym-* borch s'applique pareillement aux autres historiens. Quel intérêt avaient-ils à mettre uniquement sur le dos de Dominique les mé&its de l'inquisition, et à en décharger celui de François? C'est ce que le R. P. Lacordaire devrait bien nous apprendre. Nous serions charmés en même temps qu'il consentit à nous dire ce que les savants anonymes de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne, qui ont pris à tâche de substituer la vérité aux erreurs historiques qui ont cours depuis tant de siècles, pensent de certains points qui donnent à la