CHAPITRE XXVIL
Tersioa des anciens historiens touchant Dominique et Tinquisition un air d'authenticité remarquable.
Edt-il vrai qu'en 1198 la papauté s'est substituée pour la première fois à l'ordinaire des diocèses dans la poursuite des hérétiques? — Fleury et dom Yaissette l'affirment. Qu'en pensent le R. P. Lacordaire et ses amis les savants anglais, français, allemands?
Est-il Trai qne le concile de Latran (121S-16) ait constitué réellement l'inquisition? — Je crois bien que oui, car je vois dans les actes du concile que cette sainte assemblée s'empresse de rédiger un énorme code de procédure à suivre contre l'hérésie, a Deux fois, ou tout au moins une fois par an, les évéques devient parcourir leur diocèse. En même temps, ils confieront à deux ou trois laïques éprouvés la recherche des hérétique. Us pourront également commettre tous les habitants dweie contrée^ sous la foi eu serment , à cette même recherche [inquisitio) , et les forcer à livrer les coupables ' . »
Est-il vrai que Dominique ait assisté au concile? — Lymborch l'affirme, et puisque le R. P. Laoordaire ne craint pas de lé citer dans certaines circonstances, il faut supposer que les savants de France, d'Angleterre et d'Allemagne l'ont exempté de l'anathème lancé sur les autres historiens : « Pendant que ces choses-là se passaient ainsi, dit Lymbroch [dum h<BC ita gerebantur)^ en Languedoc, c'esi-à-dire pendant qu'on y brûlait les femmes et qu'on les jetait vivantes dans des puits, le pape Innocent, en Tan de Notre-^igneur 1215, convoqua ce célèbre concile de Latran, auquel assista Dominique, et dans lequel on décréta contre les hérétiques plusieurs choses qui furent insérées plus tard au titre des hérétiques. r>
Estril vrai que Tordre de Saint-Dominique ait pris naissance dans le même lieu que l'inquisition, en même temps qu'elle, au milieu des Albigeois, dans le sang des hérétiques? — Cela me paraît incontestable, et j'ose croire que les savants dont parle le R. P. Laoordaire né m'accuseront pas de falsifier l'histoire sur ce point. Rendons, du reste, justice à qui de droit, et n'oublions pas la part glorieuse que prirent les franciscains aux exploits de l'inquisition naissante. Les deux ordres furent créés expressément pour fournir des inquisiteurs à la papauté. Là-dessus, le témoignage de Lymbroch est précis. Soit par amour de l'unité, soit par jalousie de métier, Dominique voulut fusionner son ordre avec celui de François, qui s'y refusa net. Les
i. Alzog, t. H, p. 564; 3«édit, de la trad. Goschler. Lecoffre, Paris 1849.