‹ Le Magasin de librairieChapitre 49 sur 180 · Liv. m, ode xi · texte numérisé non relu

Liv. m, ode xi

un fer meurtrier dans le sein de leurs époux. Une seule, digne du flambeau nuptial, trompa son père inhumain par un mensonge illustre qui ennoblit à jamais sa mémoire : Lève-toi, dit-elle à son jeune époux, lève-toi de peur que tu ne rencontres un sommeil éternel où tu ne le crains pas; fuis ton beau-père et mes coupables sœurs qui, semblables à des lionnes acharnées sur de jeunes taureaux, déchirent, hélas! chacune son époux. Moi^ qui n'ai pas cette dureté, je ne te frapperai pas, je ne te retiendrai point captif. Qu*un père me charge de chaînes pour avoir épargné mon malheureux époux ; qu'il m'exile au delà des mers, dans les champs les plus reculés de la Numidie. Toi, vole où tes pieds, où les vents rapides conduisent ta course; vole à la faveur de la nuit et de Vénus; pars sous ce favorable auspice et grave sur mon tombeau le regret de la fidèle épouse. 10

Voilà, dans cette scène courte et touchante', le caractèi^ d'Hypermnestre, plus femme encore qu'époftse, plus émue d'amour et de pitié que de tout autre sentiment. L'amour conjugal a besoin de du rée : c'est là qu'il mqntre sa force et son charme. Le dévouement d'Hypermnestre est l'inspiration d'une tendresse soudaine, consacrée pai' la foi nuptiale, mais qu'un coup d'œil a faite. Il y a là le dévouement rapide et irrésistible de l'amour, mais non pas le dévouement persévérant et infatigable de l'affection conjugale.

Dans Ovide, même caractère avec un degré de plus dans le dévouement et qui le rapproche du véritable amour conjugal. Hypermnestre est captivé, punie par son père de n'avoir pas voulu tuer son époux : « J'ai été pieuse et tendre, écrit-elle à Lyncée : voilà la cause de mon châtiment...; mais j'aime mieux mon châtiment que d'avoir obéi à mon père... Que Danaiîs allume mon bûcher avec cette torche nuptiale que je n'ai point voulu profaner..., ou qu'il me frappe de ce poignard qu'il m'avait confié pour m'en servir contre toi; que je périsse de la mort que je n'ai point voulu donner à mon époux : non, il n'arrachera pas de ma bouche mourante un aveu de repentir; non, Lyncée, ce n'est pas toi que je regretterai jamais d'avoir

sauvé'. »

f . Est mihi supplicii causa fuisse piam...

Esse ream praestat quàm sic placuisse parenti. Me pater igné licet^ quem non violavimus, urat... Aut illo jugulet, quem non benè tradidit, ense, Ut, quft non cecidit vir nece, nupta cadam;

Voilà bien cette tendresse eoostante, qui fait le fond de ramoor conjugal. Cependant Hypermnestre aToue elle-même que, dans œtle nuit fatale, elle a hésité entre son père et son époux : « Trois fois elle a levé le bras pour frapper Lyncée, trois ibis sa main a laissé échapper le poignard ^ . Enfin, éveiUaut son époiu : a Lève-toi, fils de Bélus, seul survivant de tant de frères ! hâte-toi ! sinon cette nuit sm pour toi une nuit éternelle. Tu te lèves épouvanté, et toute la langueur du sommeil se dissipe en un instant : tu vois une épée dans mes mains timides et tu demandes pourquoi. Je te réponds: Fuis, profite de la nuit; et tu fuis profitant de la nuit, et je reste. Le jour vient ; Uanaûs onnpte ses gendres et ses victimes : tu manques à son compte. Cette perte l'irrite, il se plaint qu on ait versé si peu de sang; on m'entraîne, on me jette dans une affreuse^ prison. Voilà la récompense de ma piété ^ !... »

Puis, revenant sur cet affreux massacre : « Ainsi donc, d'un peuple de frères, tu restes seul vivant I Ah ! je pleure et ceux qui ont péri et celles qui ont frappé ; car j'ai perdu, du même coup, autant de firères et autant de sœurs. Je n'ai plus de seeurs : leur crime a rocopu tout lien eQtre elles et moi. Qu'elles reçoivent 4ooc mes pleurs aussi bien que tes frères. Et maintenant, parce que tu vis , il me faut mourir. Ah ! que iera-t-on aux coupables, si l'on punit celles qui méritent des louanges?... Je vais périr la centième victime de notre triste famille,

Non tamen ut dicant morientia pœnitet ora

EfficieU

Xfléroicte 14», v. 4àU.)

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