‹ Le Magasin de librairieChapitre 57 sur 180 · Voyez les 32« et 33* livraisons · texte numérisé non relu

Voyez les 32« et 33* livraisons

dans leur désir de se venger de Henri IV, ils mirent les droits impé^ riaux et leurs propres droits aux pieds du pontife : ils déclarèrent qu'il ne convenait pas de souffrir plus longtemps sur le trône un prince aussi corrompu ; qu'il fallait rendre à Rome son droit d'établir les rois ; qu'il appartenait au pape et à la yille de Rome de s'entendre avec les princes d'Allemagne, pour choisir un homme plus digne du rang suprême par sa sagesse et par ses vertus. Ils ne craignaient pas d'ajouter que a l'Empire était un fief de la ville étemelle ^ t>

C'était un nouveau droit public que les Saxons avaient inauguré. Ni l'Europe, ni l'Allemagne elle-même n'étaient prêtes à ratifier de telles maximes ; mais Gr^oire VII les accueillit, parce qu'elles favorisaient l'accomplissement de ses desseins. Il écrivit plusieurs lettres à Henri IV pour l'engager à mener une vie plus chrétienne, à obéir aux saints canons, à mettre en liberté les évéques qu'il tenait prisonniers, à leur rendre leurs églises et leurs biens, à rompre tout commerce avec les excommuniés, sous peine d'être excommunié luimême. Henri IV persistant dans sa conduite, Grégoire le fit sommer par ses légats de comparaître à Rome pour se justifier devant un synode des crimes dont il était accusé. Le roi irrité réunit à Worms un concile qui déposa Grégoire VH. Le pape répondit à cette sentence en excommuniant Henri IV, et en déliant ses sujets du serment de fidélité.

Il est évident que des deux côtés on avait bien dépassé les limites du droit, pour ne plus écouter que la passion. L'empereur s'arrogeait un pouvoir absolu sur les choses ecclésiastiques ; le pape se croyait appelé au gouvernement universel. Il existe un curieux document de cette époque, le Dictatus papœ : c'est une déclaration des droits du pape, en vingt-sept articles. Il est fort douteux que cette pièce soit l'œuvre de Grégoire VU , auquel on l'a attribuée ; mais elle résume parfaitement la théorie de la monarchie théocratique, qui fut le rêve de ce pontife et de quelques-uns de ses successeurs. Le pape est d'abord investi de la toute^puissance spirituelle : il peut seul déposer les évêques et les réconcilier avec l'Église, faire des lois nouvelles, autoriser ou révoquer les canons. Juge de tous, il ne peut être jugé par personne. L'omnipotence lui est également dévolue dans l'ordre temporel : il dispose seul des insignes de la royauté ; il lui appartient

1. PropoDunt deinde Imperium beneflcium esse urbis aeternœ. (ÂYentin, Vita Henrici IV, ann. 4076.)

tîê D£S ORIGINES

de déposer les empepenrs et de «délier les sujets de leur serment 4e fidélité oifers les mamvais prnoes. Enfin, il y a un artide qui expKifOB tous les autres : « Aussitôt que le pontife a été régulièrement élu et ooDsaoré^ il devient saint innnédisrteiiient par les mérites de ttôst Pierre^^ » Le Dictatns papœ 'CsXy oommeon mt, le tm; fha ultra éa syslèflae théocratique : t'eA un idéal qui ni'a jamais ëé réalisé.

Pour bîeB «cmnattre la doctnne de Grégoire TH et l'eErprit «qui a dirigé ses actes, c*«st :sa correspondance qu'il feut oensuHer. Dans une lettre adressée à flermann , évoque -de Mets , il -seutieiit qu'il avait le droit iM»i-setdem«At d'excommunier, mais de déposer Henri IV : « Quand iésus-Cfarigt >dit i saint Pierre : ce que tu fieras sur la terre sera lié dans le <ûd, et oe^qpoe tu «uras délié ici-bas le sera dans les cieux, les rois sonl-ils exceptés, et ne sont-ils pas an Bconbre des brd^is que le fils xie Dieu c^ifie au prince des mpôtres? Que si le sainl^iége ^a reçu de Dieu le pouvoir de juger les choses spirituelles^ pourquoi ne jugeraii-il pas aussi les choses temporélksf Vous n'ignorez pas de qui sost membres les rois et les princes qui préfèrent leur hcmneur et leur profit temporel à l'honneur et à la justice de Dieu; car, coname ceux qui mettent la volonté de Diea âfant la leur et lui obéissent plutôt qu'aux hommes, sont meiribres de Jésus-Christ, ainsi les autres sont membres de l'antechrist. n Le ponÉife ajoute que la dignité royale est au-dessous de la dignité épisoc^Ie :«cOnea peut juger, dit-il, par r<H*igine de l'une e^de l'autre: l'une a été in^ntée par l'orgueil humain, l'autre a été établie par la bonté divine ; l'^ne -court toujours après la vaine gloire , rantan aspire sans cesse à la vie. céleste^. » C'est en vertu de ces principes que Grégoire VII agissait, et qu'il se proposait de subordoimer Ions les pouvoirs terrestres à l'autorité pontificale.

DsRS la hitte engagée contre l'empereur Henri lY, HildebraDé n'eut pas d'allié plus fidèle que ta comtesse Mafhîlde, la grande comtesse <Âi la grande Italienne , comme l'appelaient ses contemporains. Fille de Boniface, marquis de Toscane, et de Béatrix de Lorraine

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