Sigonius, De Begno Jtaliœ
et son triomphe sur la maison de Hohensitaufen favorisèrent les progrès de la puissance pontificale. Le parti saxon avait élé uni à TÉglise romaine pendant la querelle des investitures. Le pape Honorius II soutint la cause de Lothaire, et , en même temps ^ il remit la main sur plusieurs domaines de la succession de Matbilde, que Henri V s'était appropriés. Il donna l'investiture de la Toscane à Albert , duc et marquis ; et ce seigneur posséda le pays pendant sept ans, sous la suzeraineté du saint-siége ^ Il y eut alors pour l'Église cinq années de puissance et d'éciaf ; mais après la mort d'Honorius II (1130), Rome retomba dans Tanarcbie. Les cardinaux se divisèrent en deux partis : les uns élurent Innocent II ; * les autres lui opposèrent Pierre de Léon, qui prit le nom d'Anaclet; c'était le petit-fils d'un juif converti, à qui le pape Léon IX avait donné son nom. Saint Bernard, qui, du fond de son cloître, commençait à exercer une si grande influence sur le monde catholique, travailla de toutes ses forces à rétablir l'unité. Il écrivait partout aux rois, aui villes , aux évèques, pour défendre les droits d'Innocent II ^, à qui la France avait donné l'bospitalité.
Quand Lothaire II vint à Rome avec le pape, en 1133, le schisme durait encore et partageait la ville. La basilique du Vatican était occupée par Anaclet et par les soldats de Roger I", que l'antipape avait reconnu roi de Sicile. L'empereur fut couronné dans l'église de Saint-Jean de Latran ; il prêta serment entre les mains du pape, qui lui donna l'investiture des domaines de Mathilde, dans lesquels la Toscane était comprise. Lothaire s'engageait à payer au saint-siége un tribut annuel de cent livres d'argent. Ces domaines devaient revenir à l'Église après la mort de l'empereur. Le pape devait toujours y être traité en souverain , et les gouverneurs des villes et des forteresses devaient lui prêter serment de fidélité '. L'empereur devenait dcmc vassal du pontife, et lui rendait ce qu'^n appelait X hommage Hge. C'est ce qui explique le tableau qui existait au douzième siècle dans le palais de Latran, et qui représentait le couronnement de Lo- ' thaire II, avec cette inscription en vers latins : «c Le roi s'arrête à la
i. Cenni^ Dissertatio de Chartula comitissœ Mathildœ.
2. S. Bernard. Epist. ad Hildebert archiepisc. Turon., ad Episc. AquitaM^ ad GtiilMm. Aquit ducem, ad Gennens., ad Pisanos, ad Mediolanens. , ad Heurte. Il regem AngL, ad Lothar. imperaU
3. Labbe, Conct7., t. X. — Genni, Mohumenta dominationis pontificiœ, U H, p. 200.
porte ; il jure de conserver les privilèges de Home ; il se reconnaît ensuite Y homme du pape, et reçoit de lui la couronne ^ »
Mais Lothaire ne se sentait pas assez fort pour chasser l'antipape du château Saint-Ange , ni pour attaquer le roi de Sicile qui veillait sur son protégé ; il n'avait même pas de quoi faire subsister sa faible armée, et il fut bientôt réduit à regagner F Allemagne. Innocent n, ne pouvant plus rester à Rome, alla s'établir à Pise. Il avait déjà résidé dans cette ville , et il avait donné à son archevêque la, primatie sur la Sardaigne. En même temps, pour récompenser la ville de Gênes qui lui était restée fidèle , il l'avait érigée en archevêché , et il avait soumis à la nouvelle métropole les trois évêchés de Tile de Corse. C'est de là que sont venus les droits de souveraineté que les Génois et les Pisans se sont attribués sur la Corse et sur la Sardaigne^ d'où ils ont chassé les Sarrasins.
Dans une seconde expédition en Italie , Lothaire parvint à délivrer Aome de l'antipape, et força Roger à lever le siège de Naples (i 1 36); mais, l'année suivante, il mourut en repassant les Alpes. Innocent II allait se retrouver en péril ; le schisme s'éteignit enfin, au commencement de 1138, par laxAort d'Anaclet, et par l'abdication de son successeur, qui avait pris le nom de Victor. Roger continuait la guerre par intérêt politique ; il voulait garder les patrimoines de l'Église dont il s'était emparé près du mont Cassin et de Rénévent. Le pape essaya de le réduire par la force ; mais il fut fait prisonnier par les Normands et traita avec eux, comme l'avait fait Léon IX après la bataille de Civitella : il accorda à Roger l'investiture du royaume de Sicile , que ce prince avait déjà reçue d'Anaclet ; il donna à un de ses fils le duché de Pouille , et à l'autre la principauté de Capoue(1139).
Rome ne fut pas longtemps tranquille. Arnaud de Rrescia venait de commencer ses prédications. Après avoir étudié en France, où il avait été disciple d'Abélard, Arnaud était revenu en Italie, et, quoiqu'il eût pris l'habit religieux^ il n'épargnait ni le clergé, ni les moi-