‹ Le Magasin de librairieChapitre 67 sur 180 · Otto Frising., Ckron., 1. VUf, c. xxxr · texte numérisé non relu

Otto Frising., Ckron., 1. VUf, c. xxxr

revient à César, et le prêtre ce qui appartient à l'autel ; car c'est ainsi que Ta ordonné le Christ quand Pierre payait la dîme *. »

Pendant que le sénat et le peuple romain (on avait ressuscité Tancienne formule) s'adressaient ainsi à Fempereur, Lucius, de son côté, sollicita sa protection. Conrad ne répondit point à la lettre des Romains 9 reçut avec bienveillance les envoyés du pontife , mais resta neutre dans la querelle. Le pape essaya de rétablir lui-même stm autorité par la force. Entouré de son clergé et suivi de ses partisans armés, il marcha vers le Capitole pour en chasser le sénat. Le peuple, rassemblé autour de ses magistrats , lança une grêle de pierres sur l'escorte pontificale ; Lucius en fut atteint et mourut, quelques jours après^ des suites de sa blessure (1 145).

Eugène III, son successeur, se hâta de quitter Rome; il avait été averti que les sénateurs se préparaient à faire casser son élection s*il ne voulait confirmer le sénat nouvellement établi. II se fit sacrer dans un couvent voisin de Rome, et alla à Viterbe , où il resta quel' que temps ; il rentra dans Rome à l'aide des Tiburtins , naguère révoltés contre le saint-siége. En consentant à reconnaître le sénat, il abolit la dignité de patrice et rétablit celle de préfet. Mais la paix ne dura pas longtemps : un soulèvement populaire força le pape à 5 exiler de nouveau, et, tandis que le pontife s'éloignait, Arnaud rentra dans Rome en triomphe. Il s'efforça de reconstruire complètement l'ancienne république : il voulait persuader aux Romains de rétablir les consuls pour présider le sénat, les tribuns pour défendre les droits du peuple, de créer un ordre équestre destiné à ser\'ir d'intermédiaire entre le sénat et les plébéiens, d'exclure le pape de tout pouvoir politique, et même de limiter la puissance impériale. L'histoire nous a laissé peu de détails sur ce qui se passa dans Rome pendant cette période, et nous ne savons jusqu'à quel point Arnaud de Brescia a réalisé ses projets. Ce qui paraît certain, c'est qu'il fui maître dans Rome pendant dix ans, de 114S à 1155, et que durant cet intervalle le pouvoir temporel du pape fut entièrement suspendu.

Saint Bernard, dont Eugène III avait été le disciple, travaillait de toutes ses forces à rétablir dans Rome l'autorité pontificale. Il écrivait aux Romains pour les ramener à de meilleurs sentiments, « pour les réconcilier avec Dieu, avec les saints apôtres, qu*ils

i. Otto Frising, Chron,, 1. III, c. xxzi* — Neander, Saird B&mard et son siècle, liv. II.

avaient chassés de la Tille éternelle dans la personne d'Eugène, leur vicaire et leur successeur ^ y> Il insistait sur cette idée, parfaitement juste dans tous les temps, que Rome ne s'appartenait pas seulement à elle-même ; qu'elle avait à compter avec le monde chrétien tout entier, a Ignorez- vous, disait-il , combien vous êtes peu de chose si les princes de l'Europe sont yos ennemis, combien vous êtes puissants s'ils sont vos amis! » Et comme ces exhortations ne produisaient aucun résultat, il écrivit à l'empereur pour l'engager à ceindre le glaive, et à défendre à la fois ses droits et ceux de l'Église. Dans cette lettre, saint Bernard prêche éloquemment la concorde des deux pouvoirs : « Jamais, dit-il, je ne serai de l'avis de ceux qui disent que la paix et la liberté des églises nuisent aux gouvernements, ou que la prospérité et la grandeur d'un royaume nuisent afix églises ; car Dieu, qui est l'auteur des uns et des autres , ne les a pas mêlés ensemble pour leur destruction, mais pour leur conservation ^)>

L'empereur ne répondit pas plus à l'appel de saint Bernard qu'il n'avait répçndu à celui des Romains : il persista dans la neutralité. Ce fut alors qu'Eugène III et l'abbé de Glairvaux prêchèrent la seconde croisade, qui fut si désastreuse; et pendant que l'Église pleurait ses enfants qui tombaient en Orient sdus le fer des infidèles, Rome était toujours au pouvoir du parti populaire dont Arnaud était le chef.

Conrad III mourut au retour de la croisade , au monient où il se préparait à descendre en Italie (1152). La diète germanique lui donna pour successeur son neveu Frédéric Barberousse, duc de Souabe. Ce prince était impatient de franchir les Alpes, de soumettre la Lombardie et d'aller chercher a Rome la couronne impériale. n était d'ailleurs appelé en Italie par le pape Eugène, qui implorait son secours, et par quelques seigneurs du Midi, que le roi de Sicile avait dépouillés de leurs domaines.

Au printemps de 1153, comme Frédéric présidait la diète de Constance, deux citoyens de Lodi traversèrent la foule et vinrent se jeter aux pieds de l'empereur, réclamant la liberté de leur patrie, que les Milanais avaient réduite au plus dur esclavage. Il y avait en eiffet quarante-deux ans que le territoire de Lodi avait été réuni a

i. Saint Bernard, Epist.yCCXLV.

% là., Epist, CCXLIV.

celui de Milan; la ville ayait été détruite et la population dans les bourgades Viusines. Frédéric, à qui Farrogance des Milanais paraissait une injure personnelle, leur fit expédier par son chancdier Tordre de rétablir Lodi dans ses privilèges. L'officier qui était chargé de la lettre impériale fut reçu à Milan par rassemblée du peupk: aussitôt qu'il eut donné lecture de son message, on s'indigna; la lettre fut arrachée de ses mains et foulée aux pieds ; celui qui Tarait apportée n'échappa qu'avec peine à la fiireur populaire.

On voit, par ces événements, qu'une révolution s'était accomplie dans le nord de l'Italie. Pendant la querelle du sacerdoce et de TEknpire, la plupart des villes s'étaient affranchies de la féodalité, sans tomber sous l'autorité d'un pouvoir central qui n'existait pas dans la Péninsule. Les cités lombardes étaient de véritables républiques, malheureusement jalouses les unes des auties, et souvent troublées par des guerres intestines. Les grandes villes traitaient les petites comme leurs sujettes ; elles leur commandaient avec plus de dureté que ne l'aurait fait un seul homme ; et quand la guerre éclatait, entretenue par des haines héréditaires, elle était quelquefois poussée jusqu'aux dernières extrémités. On vit alors reparaître un crime trop fréquent dans la société antique, la destruction complète d'une des parties belligérantes, le meurtre d'une ville sous les coups d'une cité rivale. C'était ainsi que Lodi avait disparu devant la colère de Milan. D'autres villes avaient aussi leurs griefs contre cette fière cité qui se croyait maîtresse de la Lombardie. Côme, devenue tributaire, avait été forcée d'abattre ses murailles et de raser les forteresees qui la défendaient. Pavie et Crémone^ sans cesse menacées, dénonce rent à l'empereur les prétentions des Milanais. Frédéric ne venait donc pas seulement en Italie pour satisfaire son ambition; il avait encore à remplir envers les villes une mission d'ordre et de justice.

Dans sa première expédition (11S4-115S), Frédéric fit trembler les Milanais par la destruction du château de Rosate et par la prise de Tortone. Il entra triomphant dans Pavie, où il se fit couronner roi des Lombards, et il marcha ensuite vers Rome à travers la Toecane. Le pape Eugène III était mort, et son successeur, Anastase IV, n*avait régné qu'une année. C'était Adrien IV qui occupait la chaire de Saint-Pierre quand Frédéric s'approcha de Rome. Arnaud de Brescia dominait toujours dans la ville ; mais le pape résidait dans la dté Léonine. Un des cardinaux, traversant la rué Sacrée, fut grièvement

blessé par un des rebelles. Adrien mit Rome sous Finterdit^ C'était la première fois que la capitale de la chrétienté était frappée de oe châtiment spirituel. Le peuple était consterné ; il ne pouvait se passer de-ces solennités religieuses qui étaîent.une partie de sa vie, et bientôt il murmura contre ses maîtres. Les sénateurs furent obligés de venir conférer avec le pontife, et lui jurèrent sur les Évangiles qu'ils cha»seraient de Rome et de son territoire Arnaud et ses partisans, s'ils ne rentraient dans Tobéissance du pape. Arnaud , trop fier et trop convaincu pour se soumettre, se retira dans le château d'un gentilhomme de Campanie. Adrien leva l'interdit, à la grande satisfaction du peuple. Le jour suivant, qui était le Jeudi saint, le pape, accompagné d'un grand nombre d'évôques , de cardinaux et de seigneurs, sortit de la cité Léonine et alla s'installer au palais de Latran, où il célébra solennellement la fête de Pâques.

Frédéric s'approchait : le pape envoya à sa rencontre trois cardinaux et lui promit de le couronner empereur. Ce prince, pour don* Ber au pontife un témoignage de sa protection, fit arrêter le comte campanien qui avait donné asile à Arnaud , et il ne consentit à le relâcher que lorsque le chef du parti républicain eut été livré an préfet de Rome. Arnaud resta quelque temps prisoimier au château SaintrAnge. Un matin, pendant que tout dormait encoro, il fut attaché au poteau et brûlé devant la porte du Peuple. Ses cendres furent jetées dans le Tibro, parce qu'on craignait que le peuple ne les recueillit comme les reliques d'un martyr.

Après l'exécution d'Arnaud de Broscia, Adrien s'avança jusqu'à Viterbe pour recevoir Frédéric. Au moment de l'entrevue, il s'éleva quelques difficultés d'étiquette qui faillirent amener une rupture. L'empereur, en voyant arriver le pape, ne vint point lui tenir l'étrier -et l'aider à descendro de sa mule , et le pontife mécontent ne voulut point l'admettre au baiser de paix. Cependant on parvint à persuader à Frédéric que ce n'était qu'une forme de politesse qui ne compromettait en aucune façon le pouvoir impérial.

Un peu plus loin , entre Népi et Sutri , les députés du sénat se présentèrent à leur tour. Ils prononcèrent un pompeux discours sur

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