‹ Le Magasin de librairieChapitre 68 sur 180 · Cardia. Aragon., Vita Adriani IV · texte numérisé non relu

Cardia. Aragon., Vita Adriani IV

Tancienne gloire de Rome : ils demandaient à Frédéric qu'avaol d*entrer dans la ville il prêtât serment de respecter les coutuir.es elles lois antiques de Rome, et qu*il s'engageât à payer cinq mille \\ym d'argent aux officiers qui devaient, au nom du peuple romain, le couronner au Capitole. Frédéric répondit à ce discours avec une rudesse toute germanique. Il donna 'une leçon d'histoire aux députés da sénat, et leur apprit que la Rome dont ils parlaient n'existait plus. « Votre sénat, dit-il, vos consuls, vos chevaliers se trouvent mainr tenant parmi les Allemands. Charles et Othon ont conquis votre empire... Je viens ici non pour recevoir la puissance de vos mains, mais pour prêter secours à ceux qui en ont besoin. Quant à Targent, je ne suis pas votre prisonnier pour que vous osiez marchander aîec moi ; je fais mes libéralités comme il me plaît ' . >»

Aussitôt que la députation se fut retirée, Frédéric fit partir mille chevaliers, qui occupèrent la cité Léonine. Le lendemain malin, il fut couronné par le pape dans la basilique de Saint-Pierre, et, immédiatement après la cérémonie, il rentra dans son camp sous les murs de la ville. Les- Romains sortirent alors du château Saint- Ange, dont ils étaient maîtres ; ils se précipitèrent dans la cité Léonine, et, rencontrant quelques écuyers de l'empereur qui étaient restés à Saint- Pierre, ils les tuèrent dans l'Église même. Frédéric revint avec ses troupes; on combattit jusqu'à la nuit. Les Romains furent mis en fuite après une résistance énergique : il y avait eu, de leur côté, mille morts et deux cents prisonniers. Othon de Freysingen , après avw raconté ce combat, s'écrie : « 0 Rome, tu as reçu du fer allemand au lieu de lor arabe! C'est ainsi que les Francs achètent l'empire. »

En rétablissant la puissance temporelle du pape, Frédéric Barberousse entendait la subordonner à sa propre autorité. Il se montra fort choqué du tableau qui se trouvait dans le palais de Latran, et on Lothaire était représenté se reconnaissant l'honune lige du pape. Il contestait les droits du saint-siége à la succession de Mathilde, même en ce qui concernait les biens allodiaux de la comtesse : avant son arrivée à Rome, il avait donné l'investiture de ces domaines au duc Welf , neveu du second mari de Mathilde. C'était assez pour £iire

1. Otto Frising, De Gestis Fridericil, lib. II, cap. xxn. — Cet historien était oncle de l'empereur, et Frédéric lui avait communiqué un mémoire qu'il avait composé lui-môme sur les cinq premières années de son règne, de f Iô2 àn57.

prévoir que la paix ne durerait pas longtemps entre Frédéric et Adrien IV.

Le pape s'empressa de se réconcilier avec le nouveau roi de Sicile, qui se reconnut son vassal. Il voulait mettre les Normands de son côté, en cas de ruphu*e avec les Germains; et quand la guerre eut recommencé entre l'empereur et les villes du nord de l'Italie, Adrien fut l'allié des cités lombardes. Il était d'accoi^d avec les Milanais pour protester contre les maximes de pouvoir absolu proclamées par les jurisconsultes de Bologne dans la diète de Roncaglia. Il se plaignait des messagers royaux qui étaient venus visiter le patrimoine de rÉglise. Il prétendait que l'empereur ne pouvait, sans son consen-* tement, envoyer des commissaires à Rome, parce que cette ville ne i^econuaissait d'autre autorité que celle du pape; que les évéques d'Italie ne devaient à l'Empire qu'un simple serment de fidélité, et non point l'hommage féodal ; qu'ils n'étaient point obligés à recevoir les messagers de l'empereur dans leur palais; qu'enfin toutes les possessions de la comtesse Mathilde étaient dévolues au saint-siége, et que, par conséquent, il n'appartenait qu'à l'autorité apostolique de lever des tributs à Ferrare, à Massa , dans le duché de Spolète, aussi bien que dans les îles de Corse et de Sardaigne.

Frédéric soutenait ses droits régaliens sur l'Église en même temps que sut les villes. Il répondit aux envoyés d'Adrien que les évéques ne pouvaient se dispen^r de lui faire hommage qu'en renonçant aux fiefs qu'ils tenaient de sa main ; que si les palais des évéques étaient bâtis sur son territoire, ses messagers avaient droit d'y pénétrer. Abordant ensuite la question des régales de Rome que le pape réclamait au nom de saint Pierre, Frédéric disait que ce point avait besoin d'être éclairci. ce Car, ajoutait-il, puisque je suis empereur romain par l'ordre de Dieu, je ne porte qu'un vain titre si Rome n'est pas en ma puissance ^ »

La querelle commençait à s'envenimer, lorsqu'on apprit la mort d'Adrien IV (1159). Les cardinaux, réunis pour l'élection de son successeur, se divisèrent en deux partis : la majorité choisit Alexandre III; la minorité se prononça pour le Cardinal OctaVien, qui prit le nom de Victor IV, et que son parti osa soutenir par la violence; L'empereur voulut soumettre la question à un concile; mais Alexandre s'y refusa formellement : « Nous reconnaissons , dit-il;, l'empe-

i. Radevic. Frising., Chrcm., lib. 11^ cap, xviu et seq.

reiir pour avoué et défenseur de l'Église romaine , et nous préfeotendons Fhonorer au-dessus de tous les princes de la terre, poonn que rhonneur du Roi des rois n*y soit point intéressé. C*est pourquoi nous sommes surpris de la manière dont il nous traite, contre h coutume de ses prédécesseurs, en conroquant mi concile sans notre participation, et en nous ordonnant de nous trouver en sa présence, comme s*il avait puissance sur nous. Or, Jésus-Christ a donné è saint Pierre, et par lui à l'Église romaine, ce privilège qui s*e$t oodservé jusqu'à présent, qu'elle juge les causes de toutes les Églises sans jamais avoir été soumise au jugement de personne, d

Âpres avoir reçu cette réponse, les envoyés impériaux allèieDt rendre hommage à Tantipape Victor, que Frédéric fit recomiatbe dans le concile de Pavie. Alexandre en appela à la France, à l'Angle* terre, au nouveau royaume de Jérusalem, qui reconnurent son autorité. Forcé d'abandonner Rome à son rival, il vint se réfugier en France : c'était l'asile ordinaire des papes qui étaient obligés de quitter lltalie. Frédéric continuait la guerre contre les villes \mbardes. Après avoir rebâti Lodi, il détruisit Milan (1 162) ; il abandonna cette grande cité à la vengeance des villes voisines : A^r cune d'elles eut un quartier à démolir. La terreur régnait dans toole l'Italie ; partout des podestats nommés par le prince remplaçaient les consuls élus par le peuple. Mais l'excès même de la servitude est un présage de liberté. Deux ans après la prise de Milan, plusieurs villes s'étaient unies pour ressaisir leur indépendance. Yenise était entrée dans la confédération. Bientôt Milan sortit de ses ruines, et, en 1167, le nombre des villes confédérées s'élevait à quinze. Le pape revint en Italie pour encourager ce mouvement, et ce fut alors qu'il prit le titre de défenseur de la liberté italienne, propugnator liahctB liber tatis. Il déclara dans un concile que tous les chrétiens devaient être exempts de servitude , et cette déclaration , qui nous parait si simple, était une maxime des plus hardies dans un temps où, depuis les rois jusqu'aux évêques, tout seigneur avait des serfs.

L'antipape Octavien était mort, et le successeur que son parti lui avait donné, Pascal III, n'exerçait aucune influence sur la chrétienté. Le parti d'Alexandre s'était relevé dans Rome. Un nouveau sénat, élu par le peuple, avait remis au vicaire du véritable pontife l'église de SainIrPierre et le comté de -Sabine, que les schismattques avaient envahi. Les Romains avaient rappelé Alexandre m , qui s'était empressé de rentrer dans leurs murs. Frédéric revint en Italie, pour

réduire la ligue lombarde et faire triompher Fantipape. L'empereur de Constantinople, Mamiel Comnène, essaya de profiter de ces éyéneroents : il arait fait alliance arec la Tille d'Âncône, qui se gouver^ nait en répuUique, comme si elle n*ayait jamais fait partie des États de l'Église ; et, pour Taider à se défendre contre le^ Allemands, ou plutôt pour s'assurer une position en Italie, il avait envoyé à cette ville une forte somme d'argent et une garnison grecque. Il avait même cherché à s'entendre avec Alexandre Kl : il avait déclaré qu'il ébût prêt à rétablir l'union des deux Églises , pourvu que le pontife loi rendit la couronne impériale, usurpée par les Allemands. U promettait au pape de lui envoyer une armée assez nombreuse pour soumettre à l'Église non-seulement Rome, mais l'Italie tout entière. Alexandre m ne se laissa point éblouir par ces promesses ; il répondit à Manuel et qu'il le remerciait de ses obligeantes propositions, nms qu'il ne pouvait consentir à sa demande au sujet de l'Empire sans s'engager dans une entreprise pleine de difficultés et de périls, sans violer les décrets de ses prédécesseurs, et sans manquer à son devoir de pasteur universel, qui l'obligeait à maintenir la paix entre les chrétiens. i» Le pape avait raison ; il ne voulait pas livrer l'Italie aux Grecs, sous prétexte de la défendre contre les Allemands.

Frédéric parut bientôt devant Rome ; il commença par attaquer la cité Léonine, et y pénétra par la courtine de Saint-Pierre. Mais la baâlique du Vatican, qui avait été transformée en forteresse, résista plus longtemps. L'empereur fit mettre le feu à l'église Sainte-Marie ; les flammes, en s'élevant avec violence, menaçaient de gagner la basilique ; ceux qui l'occupaient mirent bas les armes. A cette nouvelle, le pape quitta le palais de Latran, qui lui servait de résidence, et alla se réfugier dans le Golisée, où les Frangipani avaient bâti, au milieu des ruines, une forteresse qui semblait inexpugnable. LorsH que l'empereur fut entré dans Rome et eut imposé pour première condition l'abdication du pontife, Alexandre, craignant d'être abandonné par le peuple, sortit secrètement du Cotisée en habit de pèlerin et se retira à Bénévent. L'antipape Pascal, qui attendait à Yiterbe le résultat des événements, vint s'installer à Rome sous la protection des armes teutoniques.

C'était aux cités lombardes qu'il appartenait de sauver l'Église, en même temps que leur propre liberté. Les confédérés, après s'être engagés par serment à chasser l'empereur d'Italie, construisirent au nord-ouest de la Péninsule une ville nouvelle qui devait leur ser-

vir de rempart. Cette place, très-heureusement située au confluent du Tanaro et de la Bormida, était principalement destinée à couper toute communication entre deux États encore attachés au parti impérial, le territoire de Pavie et le marquisat de Montferrat. La nouvelle ville fut appelée Alexandrie , du nom du chef de TÉglise. Les Lombards y transportèrent les habitants des villages voisins. Les chronigueurs nomment les humbles bourgades qui ont formé la population d'Alexandrie, et, parmi ces noms inconnus, il y en a un dont on ne soupçonnait pas la gloire future , Marengo; L'année même de sa fondation (1168), Alexandrie put mettre en campagne une armée de quinze mille hommes.

La ligue résista d'abord aux intrigues de l'empereur, qui cherchait à la diviser. Elle s'étendit même dans l'Italie centrale et s'agrégea les villes de la Romagne, Ravenne, Rimini, Imola et Forii. L'archevêque de Mayence, Christian, parvint à armer les villes de Toscane les unes contre les autres et à détacher Venise de la \\ffit lombarde ; mais il échoua au siège d' Ancône, comme Frédéric luimême au siège d'Alexandrie. L'empereur, vaincu à Legnano (1176), fut réduit à demander la paix. L'année suivante, une trêve fut conclue à Venise, et, après six ans de négociations, cette trêve fut convertie en une paix définitive par le traité de Constance (1183), qd est resté longtemps la base du droit public italien.

L'empereur cédait aux villes tous les droits régaliens dont il avait joui dans l' intérieur de leurs murs ; il leur assurait expressément ledrât de lever des armées, de nommer leurs magistrats, et d'exercer dans leur enceinte la juridiction , soit civile, soit criminelle. Les villes, de leur côté, reconnaissaient la suzeraineté impériale, et devaient, km les dix ans, renouveler leur serment de fidélité. Les délégués de l'empereur devaient donner gratuitement aux consuls l'investiture de leur charge , à moins que ce droit ne fût réservé par la coutume i l'évêque, comte de la ville. L'empereur était autorisé à établir dans chaque cité un juge d'appel, auquel on pourrait porter les priudpales causes civiles, Ce magistrat jurait, à son entrée en charge, dç se conformer aux coutumes locales , et de ne laisser aucun procès se prolonger pendant plus de deux mois. Le traité de Constance était une transaction équitable entre les privilèges municipaux et les prérogatives impériales.

La paix entre l'Église et l'Empire avait été conclue dès l'époque de la trêve de Venise. Frédéria s'était engagé à renoncer au schisme, à

rendre au pape radminisiration de Rome et les domaines de saint Pierre. Les Romains avaient suivi Texemple de Tempereur : ils s'étaient réconciliés avec le pontife et lui avaient restitué les droits régaliens. C'était à ces conditions que le pape était rentré dans Rome; le peuple l'avait salué de ses acclamations, et les sénateurs lui avaient prêté serment de fidélité. Alexandre m mourut avant la conclusion du traité de Constance; mais il avait assuré , autant qu'il était en lui, l'indépendance de l'Église et la liberté de l'Italie.

Rome fut encore troublée sous le pontificat de Lucius III, qui avait succédé à Alexandre. Les citoyens lui reprochaient de retenir le présent que les papes avaient coutume de faire au peuple au moment de leur avènement. On l'accusait aussi de méditer l'abolition du consulat ^ Lucius fut obligé de se retirer à Vérone, d'où il gouverna l'Église sous la protection impériale. L'archevêque de Milan, Hubert Crivelli, lui succéda sous le nom d'Urbain III (118S). Au commencement de l'année suivante, l'empereur Frédéric, qui était encore en Lombardie, maria son fils Henri à Constance, fille posthume du roi de Sicile , Roger I". En même temps , il associa le jeune prince à l'empire , et le fit couronner à Milan par le patriarche d'Aquilée. Urbain IH vit avec déplaisir ces événements : il soutenait, comme Liidus , son prédécesseur, que Frédéric ne pouvait donner à son fils la dignité impériale ; et il n'approuvait point un mariage qui donnait à Henri la perspective du royaume de Sicile. Il suspendit de leurs fonctions tous les évèques qui avaient assisté au mariage et au sacre du jeune roi.

n y avait d'ailleurs d'autres différends entre Frédéric et Urbain HL Le pape se plaignait de ce que l'empereur n'avait point tenu toutes les promesses qu'il avait faites à Alexandre El : il avait gardé les biens de la comtesse Mathilde ; il s'était emparé des revenus de plusieurs monastères ; il disposait arbitrairement des évêchés les plus importants , et il s'arrogeait le droit de dépouille à la mort des évèques. Le pape était sur le point d'excommunier Frédéric, lorsque arrivèrent d'Orient de sinistres nouvelles qui remuèrent l'Europe

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