I . Innocent III, E^ist. XXX
L^éledion de Philippe de Souabe n'est pas plus Talable aux yenx du pape que celle de Frédéric, parce qu'il appartient à une familleqiii n'a cessé de persécuter FÉglise; il a commencé lui-même par la persécuter, et il persévère dans la même conduite. Innocent lui reproche aussi de s'être nomîné duc de Toscane et de Gampanie, et d'aToir éknré des prétentions sur les domaines du saintHsiége jusqu'aux portes àt Rome. Otfaon, au contraire, par les antécédents de sa famille et ptr ses qualités personnelles, l'emporte de beaucoup sur ses tmnt. « Nous devons, dit le pape en terminant, nous déclarer publiquement pour Otbon, qui a toujours témoigné iant de dévouement à l'Égliss, et qui descend, du côté matemd comme du c6té paternel, et soriout par son aïeul l'empereur Loihàire II, de familles qui ont été également dévouées à l'Église; nous devons le reconnaître pour roi, et l'appeler auprès de nous pour déposer sur sa tète la couronne impériale. »
Le cardinal Guido, évêqué de Palestrine, fut chargé, comme légat, de publier cette bulle en Allemagne; mais Philippe de Souabe se défendit jusqu'à sa mort, et ce ne fut qu'en 1208 qu'OHion de Brunswick fut reconnu par tous leé États germaniques. Le parti guelfe avait profité des guerres civiles de T Allemagne pour assurer son indépendance en Italie. Othon lui-même, par un traité conclu à Spire, avait reooona les droits de l'Église et donné toute satisfoiction à Innocent III. Maisà peine fiitr-il arrivé à Borne et eût-il été couronné empereur, qu'il oublia ses promesses. Il ne voulut point restituer l'héritage de la comtesse Mathilde : il prétendit que le marquis d'Esté, à qui le pape avait donné l'investiture d'Ancône, devait tenir ce fief de l'Empire et m» du saint-siége. 11 avait aussi disposé du duché de Spolète. Tout Guelfe qu'il était par son origine, il s'appuya sur les Gibelins. Il réveilla même dans Home l'esprit républicain^ soutenant que le sénateur était dans la dépendance du pape, et qu'il fallait, pour assurer la liberté publique, rétablir l'ancien sénat de cinquante»six membres. Comme le pontife lui reprochait de violer ses serments, il lui répondit dorement : «c Je n'ai jamais porté la main sur le pouvoir ^irituel qui vous appartient; je veux au contraire le défendre par mon autorité; mais pour ce qui concerne le temporel, j'ai plein pouvoir, et ce n'est pas à vous à en juger. )> En même temps, Othon envahit la Fouille, et conquit tout le pays jusqu'à Naples. 11 se préparait à passer ea Sidle, où il avait des intelligences parmi Ic^s Sarrasins réfugiés dans les montagnes.
Innocent III ent bientôt pris son parfi. Il résolut de défaire ce qn*il atait fait, et d*opposer à Othon IV le jeune Frédéric dont il avait contesté les droits. Il croyait que cetenfant, élevé sousI*aile de l'Église et qti*on avait surnommé le roi des prêtres , serait toujolirs entre ses mains im instrument docile. Il le déclara majeur, quoiqu'il n eut que quatorze ans, et le maria à la veuve du roi de Hongrie, Constance d'Aragon. L'excommunication prononcée contre Othon força ce prince à quitter lltalie. Une partie de f Allemagne était déjà soulevée contre lui, et plusieurs princes de l'Europe étaient au nombre de ses adversaires, entre autres Philippe- Auguste, qui, après la grande affaire de son divorce, s'était réconcilié avec le sainlHsiége. A Bouvînes, le^roi de France disait aux seigneurs et aux communes rassemblés sous sa bannière : « Nous sommes en paix avec ht sainte Église, et nous défendons, selon notre pouvoir, les libertés du clergé * . » La victoire des Français n'eut pas seulement pour résultat d'abattre la féodalité liguée contre le roi: elle détrtea Othon de Brunswick, et fit triompher le protégé d^nnoceiitIII(l214).
Le nouvel empereur fit à l'Église toutes les concessions que son prédécesseur n'avait pas voulu réaliser. Par la convention d'Égra, il promit de restituer au saint-siége ses possessions et ses privilèges, et même de l'aider à conquérir la Corse et la Sardaigne ^. Plus tard, il s'engagea à céder la couronne de Sicile à son fils Henri. Jusqu'à la majorité de ce prince, c'était le pape qui devait pourvoir au gouvernement du royaume en sa qualité de suzerain, afin qu on ne pût croire que la Sicile fût incorporée à l'Empire.
Ce fut ainsi qu'Innocent III se trouva mêlé à tous les grands événements contemporains. On a remarqué qu'il avait donné trois royaumes en une seule année (1204) : à Joannice celui de Bulgarie, à Priniislas celui de Bohème, et à Pierre II celui d'Aragon. Ce dernier prince vint à Rome se faire couronner par le pape ; il déposa sur l'autel de Saint-Pierre une lettre patente par laquelle il offrait son royaume au saintrsiége et consentait à le recevoir comme tributaire. Jean, roi d'Angleterre, avait porté atteinte aux privilèges ecclésiastiques: Innocent III délia ses sujets du serment de fidélisé, et disposa de son royaume en faveur du roi de France, qui se préparait à l'occuper. Le
i. Guillelni. Ârmoric, De gestis Fhilippi Auyitô(i,ap. Script, rerum gallic. et franeie., t. XVII.