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misère, a respecté le dépôt qui lui était confié, pourquoi il a fait cda, il me répondra : « Parce que c'était mon devoir. » Si j'insiste, si je lui demande pourquoi c'était son devoir, il saura très-bien me répondre : «Parce que c'était juste, parce que c'était bien. » Arrivé là, toutes les réponses s'arrêtent, mais les questions s'arrêtent aussi. Personne ne se laisse imposer un devoir sans s'en rendre raison ; mais, dès qu'il a reconnu que ce devoir nous est imposé par la justice, l'esprit est satisfait; car il est parvenu à un principe au delà duquel il n'y a plus rien à chercher, la justice étant son principe à elle-même.*» {Du Vrai, dm Beau et du Bien, p. 351).
Cette qualité première des actions, comment nous est-elle révélée ? M. Cousin enseigne (t&t£f., p. 39 à 47), qu'il y a en nous,à;>rtort, des principes universels et nécessaires, comme, par exemple : Tout phénomène a une cause, tout attribut suppose une substance ; et que ces principes se manifestent d'abord spontanément, sous une forme concrète, par des jugements particuliers, pour se traduire ensuite, à la r^exion, sons la forme abstraite d'un jugement universel. Ainsi, j'aperçois d'abord un phénomène quelconque, et je juge qu'il a une' cause; puis, en appliquant à ce jugement une attention réfléchie, j'arrive à prononcer que tout phénomène a nécessairement une cause. Après avoir signalé cette doctrine, je crois inutile de commenter le passage suivant pour en faire ressortir cette conclusion évidente que M. Cousin range les vérités morales dans le nombre de ces principes âprtort. «Le jugement du bien, nous dit-il {ibid.y p. 348*349), s'applique d'abord à des actions particulières, et il donne naissance à des principes généraux qui nous servent ensuite de règle pour juger toutes les actions du même genre.
Comme, après avoir jugé que tel phénomène particulier a telle cause particulière, nous nous élevons à ce principe général : Tout phénomène à sa cause; de même nous érigeons en règle générale le jugement moral que nous avons porté à propos d'un fait particulier. Ainsi nous admirons d'abord la mort de Léonidas, et de là nous nous élevons i ce principe, qu'il est bien de mourir pour son pays. Nous possédions déjà le principe dans sa première application à Léonidas ; sans quoi cette application particulière n'eût pas été légitime, elle n'eût pas même été possible; mais nous le possédions implicitement; bientôt il se dégage, nous apparaît sous sa forme universelle et pure; nous l'appliquons à tous les cas analogues. » « La morale a ses axiomes comme les autres sciences, et ces axiomes s'appellent à juste titre* dans toutes les langues, des vérités morales, o
M. J. Simon est un partisan très-déclaré de la conscience intuitive, et un ennemi très-franc du raisonnement en morale. Dans son livre Du Devoir (p. 350 à 393), il s'occupe de divers systèmes sur la défi-
Bition de la justice ■• D se demande si cette idée peot être exprimée par une formule générale. « Une fois l'existence et la souTcraineté de la justice établies, la science aspire à connaître les prescriptions
auxquelles la justice nous assujettit :
Sommes-nous réduits purement et simplement à consulter notre conscience chaque fois qu'tme occasion cTagir se présente^ ou pouvons-nous à l'avance puiser dans l'étude de la raison humaine et dans le développement de l'idée de justice un certain nombre de principes , de règles fixes, qui nous éclairent sur la conduite que nous devons tenir envers nos passions, et sur l'usage que nous devons faire de notre volonté?» On le voit, il est impossible de poser plus nettement la question. M. J. Simon indique plusieurs systèmes qui ont prétendu donner un principe, une méthode, pour formuler les règles de ht
. justice. Arrivé à la théorie de Jouifroy, il lui oppose plusieurs objecticms que nous n'avons pas à examiner ici, et conclut « qu'il faut renoncer à trouver la formule du droit ailleurs que dans la raison elle-même. » En présence de la manière dont M. J. Simon a posé la question, sa conclusion est assez évidente. Après s'être demandé s'il y a .une formule de la justice , ou si nous en sommes réduits à consulter notre conscience dans chaque cas particulier, il réfute tous les systèmes qui ont prétendu donner une formule du devoir, et , sans
. chercher à les remplacer, il déclare que . nous ne devons chercher la règle du devoir que dans la raison» c'est-à-dire dans la conscience. N'est-ce pas adopter assez clairement, dans l'alternative qu'il avait posée, la seconde opinion, la doctrine de la conscience intuitive?
Si nous pouvions conserver quelque doute, nous n'aurions qu'à parcourir le chapitre premier de la quatrième partie (p. 397 à- 429), 11. J. Simon y condamne l'utilitarisme, tout en reconnaissant qu'il V imite en quelque sorte le principe de la justice; car c'est à l'intérêt général que le principe de la justice nous ordonne de nous sacrifier. Seulement, quand nous visons à l'intérêt générai sans être guidés par la justice, nous prenons la conséquence pour le principe, et nous sou. mettons la morale à toutes les chances d'erreur imposées à notre intelligence et à notre sensibilité. » Or, M. Jules Simon veut à tout, prix une règle infaillible' pour les moindres cas. L'homme n'a donc pas le droit de s'arrêter anx considérations^'utilité générale, quand il s'agit de devoir, a La conscience prononce d'une façon absolue , péremptoire : Tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne prendras pas en vain le nom de Dieu^ tu ne commettras pas d'adultère... La morale,