‹ Le Magasin de librairieChapitre 82 sur 180 · CHAPITRE XXVIÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIÎI

2 0 MARjg 18A0.

iTeA une chose cenvenoe et acceptée, à Tége de trente ans, un peu plus, tmpeu THoins, toutes les femmes ont une crise morale. Balzac, dans fa Femme de trente ans, a le premier décrit cette crise ; un nombre infini de romanciers ont cherché depuis ce temps-là à Tétudîer, et M. Octave Feuillet vient lundi dernier de nous en donner une analyse en dnq actes et six tableaux sous ce titre : la Tentation.

Madame ^ Yardes est une Eve de trente-quatre à trente-dnq ans eBYiron, si je m'en rappcurte à Tâge de sa fille, qui court sur son seizième printemps. Gelasuppose dix-sept ans de mariage : admettons que madame de tardes se soit mariée à dix-sept ans, tous voyez que je ne me trompe pas sur son extrait de naissance. On peut donner hardimeiït à M. de Yardes dix on douze ans de plus qu'a ^ femme. Voilà un ménage qui semblerait devoir être à Tabri de toutes les crises et de toutes les tentations. Jouer à la femme incomprise quand on a une fille à marier, faire le Don Juan, le Richelieu, le Lovelace, à la veille de devenir grand-père, cela passe vraiment la permission, et j'avoue que madame et M. de Yardes me paraissent, à des points de vue difiérents, aussi peu intéressants Fun que Tautre.

Une femme se marie rêvant Tamour de son mari; elle ne trouve cliez lui que de la politesse, des égards, des prévenances, quelquefois de l'amitié. Un grand découragement s'empare d'elle, souvent mtoie un grand désespoir. Enfin elle se résigne; mais on ne se résigne pas sans krttor. C'est le moment de la crise. Rarement elle se déclare dans les premières années du mariage. Tout est nouveau alors pour la femme. Les joies de la miaternité, les plaisirs du monde, son agitation factice, sa fausse chaleur, font oublier la froideur et le silence du foyer domesti<pie. Si pair hasard la crise se déclare tout de suite, tant mieux pour le mari : plus elle est précoce, moins elle a d'inten-

site. A trente ans, au contraire, la crise est infiniment plus dangereuse, l'ardeur de la femme éclate avec d'autant plus de force qu'elle a été plus longtemps comprimée. C'est à cet âge où on les croit plus calmes, plus tranquilles, moins accessibles à la tentation, qae*les femmes s'y laissent aller avec le plus d'emportement. Si on oonsnlr tait la Gazette des Tribunaux^ on verrait que les femmes de trente ans forment une écrasante majorité sur la liste des séparations de corps.

Donc madame Camille de Yardes, épouse de M. Contran de Yardes, et mère de mademoiselle Gabrielle de Yardes, est en pleine crise : on le devinerait rien qu'aux airs mélancoliques et pénétres qu'elle prend pour se promener dans son parc. Le cousin Achille, du reste, s'exprime de façon à ne nous laisser aucun doute à cet égard. Grâce à lui, nous savons que nous avons affaire à la plos vertueuse et en même temps la plus incomprise des femmes. D faut rendre justice à madame de Yardes, qu'elle n'a pas attendu la trentaine pour se plaindre de la monotonie du ménage ; elle a toujours protesté contre elle, mais sourdement, sans jamais dire les choses en face à son mari, qui a fini par ne plus faire attention à cette attitude de bouderie de sa fenune, et à vivre tranquillement à sa guise, chassant, jouant, galantisant, menant la vie de garçon, avec cette réserve toutefois qui convient à un homme marié, père d'une jeune fille de seize ans. Les deux époux vivent ensemble dans les termes de h meilleure amitié , mais séparés moralement. Camille l'a voulu , c'est elle qui a rendu la liberté à son mari.

Maintenant qu'entre ce mari et cette femme se glisse un troisième individu, Tinconnu, l'idéal, le beau ténébreux, que toutes les femmes de trente ans invoquent, le mari, la crise aidant, ne sera pas sans courir des risques assez sérieux. Je crois pourtant qu'avec de rhabileté il parviendra à s'en tirer. En tout cas, dans le combat de k femme avec elle-même et du mari avec l'amant, un auteur intelligent et habile, saura trouver le sujet peu neuf , mais toujours intéressant, d'une agréable comédie. Ce qu'il faut éviter en traitant cette donnée, c'est le tendu, l'emphatique, le mélodramatique ai un mot. La chose semble assez facile de prime abord : il ne faut pas s'y fier , les plus habiles souvent y échouent. Écoutez plutôt la pièce de M. Octave Feuillet.

Un secrétaire de légation nommé Trevelyan, arrivé récemment de Lima, trouve un beau jour en se promenant la porte du parc de

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