‹ Le Magasin de librairieChapitre 90 sur 180 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Maroc tout ce qu'on en peut voir, car cet empire qui touche à la France par sa frontière algérienne, à FAngletorre par Gibraltar, est un peu'moins connu que la Chine. On sait que le Maroc renferme, sur une superficie d'environ cinquante -sept millions d'hectares, une population qui peut être évaluée à six ou huit millions d'habitants. La nature l'a divisé en deux versants, dont les plans supérieurs partent de la grande chaîne de l'Atlas, l'un exposant au nord-ouest de vastes plaines coupées de nombreuses rivières, l'autre inclinant vers le sud, et se perdant dans les profondeurs du désert. Grâce à cette configuration, on trouve au Maroc la série entière des climats, depuis ceux de la Norwége et de l'Ecosse, jusqu'à ceux des régions subtro* picales. Les Espagnols pourront donc se donner à la fois les agréments d'une campagne en Egypte et ceux d'une campagne en Russie.

M. Narcisse Cotte, l'auteur du Maroc contemporain^ à qui j'emprunte ces détails, et on n'en possède guère d'autres sur cet empire, fait observer que le Maroc est un des pays les plus riches du monde. Ses habitants n'ont jamais tiré un grand parti de ses richesses, et, maintenant moins que jamais, ils ont l'air de s'en soucier. L'Orient s'en va, au grand désespoir des amis du pittoresque et de la couleur. L'islamisme est aussi malade à Tanger qu'à Constantinople ; la décadence, diverse de forme, est la même au fond. L'Orient menace l'Ocddent d'une crise ; heureusement la diplomatie est là pour y pourvoir ; d'ailleurs, la politique n'est point nôtre affaire; nous voyageons pour notre plaisir, et non pour résoudre les grandes questions d'équilibre européen.

Quand un voyageur arrive d'Orient, on commence par lui demander ce qu'il pense des femmes musulmanes. Le voile qui les couvre est un aiguillon de plus à notre curiosité; ses plis impénétrables donnent aux Orientales une apparence mystérieuse dont Tinfluence, s'il faut en croire M. Narcisse Cotte, s'use plus vite qu'on ne croit. Toutes les femmes finissent par apparaître comme une seule femme , un seul spectre blanc, avec un œil noir et toujours impassible. Heureux quand on peut apercevoir de loin, au bord d'une rivière, quelques baigneuses à demi étendues sur l'herbe, et promenant leur regard, pleiiï de nonchalance, sur la campagne éclairée des rayons du soleil couchant. Que l'une d'elles se lève, et ajuste sur son épaule les plis légers de son traik, on est sûr que chacun de ses mouvements sera empreint d'une grâce charmante. Notre auteur conseille de s'en tenir là. a Si quelque étranger, dit-il, pouvait voir ainsi les femmes de

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rOrieot lui apfMtrallFB comme dans un nuage, il coonattrait d'elles tout oe qui est diamianl et poétique, et je lui souiiaiteraîs de s*ea tenir à ces appaTeflce», sans teater de soulever le voile qui pvotége Tidole. 1» Lui-même, cependant, se garde bien de suivre, ces eonseik. « La plupart des? visages que j*ai pu étudier, nous dit M. Nardase Cotte, étaient d'une beauté pure et sévère. Les traits étaient noMes^ les yeux, de vrais yeux de gazelle ; les contours, doux et pleins. Une pftleur délicate, fruit de la réclusion e* de longs toisirs, aj<mte ua charme étrange à la beauté de ces malheureuses, dent la plupart semblent consumées par quelque intime soi^brance. » L'amour cause souvent cette souffrance, qu'elles, expriment souvent d'une manière délicate , car il y a des fournies poëtes au Maroc , aussi bien qu'en France et ailleurs. Ua de mes amis, qui a longtemps habité les environs de Rabat, m'a rapporté demièremesit quelques stances composées par la veuve d'un Maui» de ses amis. J'essaye de les traduire :

Ëndors-toi, mon cœur; que sert d'âceuter, La voix de Bnlbul, charmante et plaintive, Le bruit des baisers de Tonde à la rive Puisque mon ami vient de me quitter.

Ma joie ici-bas, le ciel me Ta prise : II est donc parti, parti le premier ; La pauvre colombe attend son ramier, La fleur de mon âme a perdu sa brise.

Ah ! pleurez, mes yeux, pleurez mes ennuis, Tu cherches mon cœur, son cœur dans l'espace... Sur l'aile du vent, est-ce lui qui passe? Tu pars, Ô mon cœur I et moi je te suis.

Les Maures ne sont pas tous aussi jaloux qu'on veut bien le dire, et M. Narcisse Cotte nous parle d'ua certain AlnMt qui consentit, quoique nouveau marié, à hû fiiire tes honneurs de 9tm harem, et à le présenter à sa jeune et charmante femme Atika. Je renvoie au livre pour la description de ses charmes. Elle vaut la peine d'être lue. Quant à madame Atika, qui a douae ans, c'est un enfant terrible dans toute la force du mot. Elle ba-

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