CHAPITRE XXVIII
bille sans cesse; elle accable -son hôte de questions absurdes dont elle n'attend pas la réponse, fort heureusement sans doute pour l'étranger, qui se trouverait plus d^une fois dans Tembarras. Figurez- Tous que la belle Atika a rencontré au bazar la femme d'un consul européen, probablement ornée d'une crinoline. Ce qui Ta le plus sur^ prise dans son ajustement, c'est qu'un si vaste développement de formes pût entourer une taille si mince. « Elle croyait, ajoute M . Narcisse Cotte, que la jupe tombait sans artiice sur des formes dont Topulence la remplissait d'admiration : — Si ce n'eut été la crainte du mkhazni (sddat), me (fit-elle, j'aurais essayé de m'assurer par mes mains d'un feit si merveilleux. »
Le sultan actuel du Maroc est ce même Sidi-Mobammed qui commandait la garde noire à la bataille dlsly, et qui jura de ne pas couper un seul poil de sa barbe tant qu'il n'aurait pas tiré une éclatante vengeance des chrétiens, qui, ce jour-là, lui avaient joué le mauvais tour de le mettre aux prises avec des démons. Pour les Marocains, Bos soldats ne sont autre chose que des diables revêtus de la forme humaine. C'est ainsi que Torgueil musulman explique ses défaites. Les Espagnols fournissent en ce moment à Sidi-Mohammed \ine excellente occasion de faire aller les ciseaux; il est douteux cependant qu'il en profite. M. Narcisse Cotle donne, sur la fameuse garde noire et sur les force militaires du Maroc en général, des détails cpii ne doivent pas beaucoup inquiéter le général en chef de l'armée espagnole sur les suites de la campagne. Les fièvres seront probablement le seul ennemi dangereux qu'il aura à combattre ; non pas que le Marocain soit lâche, au contraire; mais sa manière de combattre le rend peu redoutable à des troupes habituées à la tactique européenne, et armées des moyens ofiensifis que les progrès de la science ont mis à la disposition de l'art militaire. Les Espagnols auront donc facilement raison de cette fameuse garde noire, dont les journaux se sont fort occupé dans ces derniers temps. Les BourKharis^ c'est le nom que portent les soldats de la garde noire, ont été et sont encore les janissaires de l'empire du Maroc, ce Si j'avais une troupe de rats dans un panier, disait l'empereur Moulaï-Ismaïl, et que je ne remuasse pas sans cesse ce panier, n'est-il pas évident qu'ils perceraient le panier et qu'ils s'en iraient? » Pour entretenir l'agitation dans son panier impérial, l'ingénieux Moulaï-Ismaïl se livrait à toutes sortes de fantaisies, faisant construire aujourd'hui des édifices qu'il abattait le lendemain, obligeant ses sujets à combattre contre des lions en champ clos, présidant