PAR JULES D'HERBAUGES
Les mois de juin et de juillet se passèrent ainsi, et le temps vint où André Lécuyer, ayant fini les travaux pour lesquels il s'était engagé, put reprendre la route de Nantes et de Passay. Il n*ayait reçu depuis son départ aucune lettre, aucune nouyelle, mais il n'en avait conçu nulle inquiétude. Les correspondances sont peu fréquentes parmi les paysans. C'est à peine si, pendant les longues et périlleuses années du service militaire, une ou deux lettres par an s'échangent entre le fils, errant dans le vaste monde, et les parents pour qui,, au delà de leur village, tout est espace immense et sans bornes- André avait été fort triste pendant la première partie de son séjour loin du pays, mais, à mesure que le moment du retour se rapprochait, son cœur se rassérénait. Les craintes qui l'avaient troublé se dissipaient comme les brouillards de l'hiver devant les premiers soleils du printemps, et mille espérances, mille doux projets venaient charmer ses heures de travail, de solitude et de repos. Aussi le jour où posant de nouveau son petit paquet sur son épaule, serrant dans sa poche ses écus bravement gagnés et disant adieu à ses compagnons, il reprit la route de Nantes, ce fut avec une confiance et un bonheur que n'obscurcissait aucun pressentiment fâcheux. Il fit lestement le trajet, coucha à Sautron, village situé à quelques lieues de Nantes, traversa la ville sans s'arrêter autrement que pour faire un sobre repas dans le premier cabaret qu'il rencontra, et se trouva dans la soirée du 2 août, marchant d'un bon pas malgré sa fatigue,
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