‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 106 sur 314 · Sceau de Condinie. — Cerf · texte numérisé non relu

Sceau de Condinie. — Cerf

21 . Sceau de Sibérie. — Flèche renversée en barre, (La barre est la moitié de l'^cu qui va du haut de la partie gauche au bas de la partie droite ; l'autre moitié s'appelle la bande.)

22. Sceau de l'archevêque de Riga. — Dans une bordure, composée de trois angles et de trois demi-cercles, l'écu coupé, offrant, au premier, le blason de l'archevêché (croix et crosse en sautoir), et au second, la fleur de lis, blason du chapitre de la cathédrale. »

23. Sceau du maître de la terre de Livonie. — L'écu aux fasces, avec heaume couronné, cimier et lambrequins. Ce sont les armes de Guillaume de Furstenberg , maître de l'ordre des chevaliers de Livonie. •

24. Sceau de la ville de Revel. — Homme casqué, armé d'un badelaire et d*un bouclier rond, et debout sur des créneaux.

Une partie des provinces dont nous décrivons les arn^oiries fut annexée à l'empire des tsajrs sops le long régne

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d'Ivan IV Vassilievilcli (filsdeVassili), surnommé le Terrible (1534-1584). Ainsi Ivan conquit sur lesTartares le royaume de Kazari en 1552, et le royaume d'Astrakhan en 1554. Un marchand moscovite découvrait en même temps la Sibérie; il la colonisait avec le secours de ses deux frères après la conquête qu'en fit pour son compte un Kosak du Don nommé Ycrmak. L'histoire de ces trois frères, qui sont la souche de la famille Strogonov, est des plus curieuses.

« Us faisaient le commerce avec un fonds commun. Ils s'appelaient Incov. Grigori et Simon, et étaient fils d'Onyka. Ils arrivèrent à posséder 300000 roubles en nu-

méraire, sans compter les terres, le bétail et les marchandises. Ce succès résultait en partie de ce qu'ils vivaient loin des regards de la cour, à Vikhida, qui est à plus d'un millier de milles de Moscou. Ceux qui les ont connus rapportent qu'ils employaient toute Tannée dix mille hommes à faire du sel et à opérer des transports par terre et par eau , à scier du bois et à exécuter d'autres travaux. Ils possédaient en outre cinq mille serfs, qui habitaient et cultivaient leurs terres.

» lis avaient à eux des médegns, des chirurgiens, des apothicaires, des artisans en tout genre, allemands ou autres. On dit qu'ils payaient à l'empereur 23 000 roubles

Sceau d'Ivan le Terrible. — Avers.

de droits par an, outre ce que leur coûtaient les garnisons qu'ils entretenaient sur les frontières de Sibérie. Le tsar se contenta d'user de leur bourse jusqu'au jour où ils furent parvenus à prendre pied en Sibérie, et à rendre cette région habitable en brûlant et coupant les bois depuis Yikhida jusqu'à Perm, sur une étendue de 1 000 verstes environ. Celte œuvre accomplie, il leur prit de force toutes ces terres.

» Cela ne lui suffit pas. Il n'est pas de la politique des Isars d^permettre à des particuliers, surtout à des moujiks, de s'élever si haut. Aussi Ivan se mit-il à les dcnouiller peu à peu, leur prenant 20000 roubles d'un coup, et parfois davantage. Il en résulta que leurs fils ne sont plus maintenant embarrassés de leur fortune (1588). Ils ne possèdent qu'une faible partie du bien de leurs pères ; le reste a passé dans les coffres du tsar. » (*)

(*) Traduit de Fletcber, ainbassadear d'Elisabeth d'Angleterre à Moscou.

Avec toutes ses conquêtes, Ivan le Terrible est bien le monstre le plus complet qu'on rencontre dans l'histoire di l'Europe. Les Néron et les Caligula ne sont à côté de lui que des enfants qui débutent dans le crime. On voudrait pouvoir douter de ses forfaits trop bien attestés. Nul ne montra jamais plus grande indifférence pour le sang hurmain, pour la justice. Ce n'est pas un homme, c'est une béte féroce qui a l'intelligence d'un homme et la met au service de ses instincts de destruction. Impossible de dire tant de crimes commis sur des individus isolés, tant de populations égorgées en masse. Un seul exemple sulTira.

En 15G9, Ivan le Terrible découvrit que les trois cités de Novgorod , de Pskov et de Tver entretenaient des intelligences avec le roi de Pologne et le grand-duc de Lithuanie. Il prit aussitôt la résolution de détruire de fond en comble ces trois villes, en commençant par la plus redout.ible, la grande Novgorod.

Novgorod, depuis des siècles le centre du commerce de

la Russie , naguère encore république démocratique , avec sa liberté orageuse et son assemblée du peuple (vetché) à laquelle accouraient tous les citoyens à Tappel de la grosse cloche de la ville, avec sa tribune aux harangues et ses orateurs populaires, était riche, active, et animée d'un grand esprit d'indépendance. Un proverbe russe de ce temps nous donne, dans son exagération, la mesure de son ancienne puissance. « Qui pourrait résister à Dieu , dit-il , et à Novgorod la Grande?» Novgorod n'attendait qu'une occasion pour secouer le joug des grands princes de Moscou et reconquérir son indépendance. Ivnn le Terrible ne lui en laissa pas le temps. 11 la détruisit avec une

barbarie sans exemple en Europe, et qui rappelle les conquérants de l'Asie, les Gengiskhan et les Tamerlan.

Ivnn commença par interdire toute communication entre Novgorod et la Moscovie. Quatorze cents de ses gardes s'établirent à distance , et ne laissèrent passer personne. Quiconque venait de Novgorod ou y allait fut massacré. On coupait les hommes par morceaux ; on brisait les voitures; on tuait les chevaux. Ni les gens de Novgorod ne purent savoir les préparatifs qui se faisaient, ni les Moscovites ne purent s'entendre avec eux et saisir l'occasion pour se révolter contre Ivan. Le tyran craignait presque autant Moscou que Novgorod : aussi garda-t-il bieii

Sceau d'Iran le Terrible. —Revers.

le secret de son plan; un seul homme en fut instruit. • Bientôt le cordon se resserra. On entra sur le territoire de Novgorod. Toutes les maisons furent brûlées, tous les hommes coupés par morceaux, tous les bestiaux égorgés. Ivan lui-môme entra en janvier dans la ville, avec trente mHIc Tartares et dix mille arquebusiers de sa garde.

Il lit construire une vaste arène , fermée par des palissades ; on y amena, chargés de liens, les principaux de la ville. Ivan et son fils aîné, à cheval dans l'enceinte , chargeaient ces malheureux et les perçaient à coups de lance. Lorsque tous deux ils furent hors d'haleine et fatigués de tuer, Ivan, se tournant vers les siens, leur dit en frémissant :

— Chargez ces traîtres ! Égorgez-les ! Coupez-les par morceaux ! N'en laissez pas un seul vivant !

Ensuite on amena plusieurs centaines d'hommes sur le Volkov glacé. On brisa la glace autour d'eux ; ils coulèrent dans l'eau , et le courant les emporta. Cependant on

pillait, on brûlait, on égorgeait dans la ville. Les cent soixante-quinze monastères de Novgorod furent mis au pillage, quelques-uns même incendiés, et les moines égorgés. Chacun prenait partout ce qu'il voulait : Ivan ne s'était réservé que l'or et l'argent. Il en trouva beaucoup dans les églises et chez les marchands. Tous les produits accumulés dans les magasins de la grande ville, la cire et le suif, le chanvre et les peaux, le sel et les vins, les étoffes de laine et de soie, on en fit des tas, et on y mit le feu. Le suif et le vin coulaient dans les ruisseaux, depiis les maisons jusqu'au Volkov, mélangés avec le sang des hommes, des femmes et des enfants massacrés. On jeta,, dit-on, tant de cadavres dans le Volkov qu'il fut un moment arrêté dans son cours.

Cette œuvre de désolation dura six semaines. La cité si riche et si puissante ne s'est pas relevée de ce coup. Maintenant Novgorod la Grande n'est plus qu'une petite ville sans importance.

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