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LES TRANCHÉES ET LES REMBLAIS

Le tracé d'un chemin de fer est soumis à de nombreuses conditions :

Il doit relier entre eux les principaux centres de population.

Il ne peut admettre de brusques changements de direc-

(*) Voy. l. XXVIÏ. 1859. p. 201.

{*) Les haïducks sont les klcphtes des pays slaves.

tion, mais seulement des courbes adoucies (courbes à grands rayons).

La pente doit toujours être aussi faible que possible. Enfm, il faut réduire autant qu'on peut les frais de I construction.

I Ne soyons donc pas surpris de voir, pai' exemple, les

j lignes de fer se tenir à dislance de nos vieilles cités bâties

I sur des montagnes et leur préférer des vallées situées quel-

; quefois à plusieurs kilomètres des villes. Il n'y a que pa-

I tience à prendre : peu à peu, à moins d'embranchements,

1 la ville quittera la montagne et viendra grouper ses mai-

, sons autour de la gare du chemin de fer.

I Les lignes de fer évitent autant que possible les col-

! Unes et surtout les montagnes; mais on est souvent forcé

I de franchir les premières au moyen de tranchées et les

I secondes au moyen de souterrains ou tunnels.

j La voie traverse les vallées sur des remblais (levées,

chaussées faites avec des terres rapportées) (*), à moins

! que la profondeur de la vallée n'exige la construction d'un

I viaduc. On préfère toujours les remblais, comme plus

économiques, toutes les fois que leurs dimensions ne s'ac-

; croissent pas au delà de certaines limites.

I Les terres extraites en creusant les tranchées servent à

construire les remblais. L'idéal d'un tracé de chemin de

fer serait celui qui donnerait un déblai égal au remblai,

c'est-à-dire que toutes les terres provenant des tranchées

seraient exactement employées à la construction des rem-

I biais. On dit alors que les terrassements se font par com-

' pensation exacte.

I Mais il est rare que l'on puisse procéder ainsi. Quand

on a trop de déblais, on opère des dépôts sur des terrains

voisins de la ligne et achetés par la compagnie. Ces dépôts

forment des monticules artificiels qu'on remet quelquefois

en culture ou du moins qu'on plante en essences forestières.

Au contraire , si Ton manque de déblais propres à con-

I stituer un remblai, on pratique des chambres d'emprunt

j dans les terrains voisins, achetés par la compagnie. Ces

chambres sont bientôt converties en marais, comme on le

voit sur la ligne de Lyon , à quelque distance de Paris.

Il n'est pas impossible que ces marais artificiels soient un jour rendus à la culture. En effet, leur profondeur diminue un peu chaque année par les débris végétaux et les terres que les pluies y entraînent constamment. De plus, le chemin de fer qui les a creusés servira plus tard à les combler, lorsque les terres voisines auront pris assez de ' valeur pour qu'on puisse trouver quelque avantage à exé- , cuter ce travail.

Pour les tranchées de peu d'importance, on procède, le

I plus souvent, comme pour les travaux de mémo ordre sur

j les routes ordinaires. On attaque la tranchée sur un grand

nombre de points, et le transport des déblais s'opère uni-

! quement à la brouette et au tombereau.

{ Mais ces moyens deviennent tout à fait insuffisants quand

il s'agit de terminer en peu de temps d'énormes tranchées

qui représentent plusieurs centaines de mille mètres cubes

de déblais.

On a réussi à organiser, de la manière la plus ingénieuse, d'immenses chantiers de terrassements dans lesquels les déblais sont chargés sur des wagons qui roulent sur une voie provisoire. Ces wagons sont traînés par des chevaux, ou bien par des machines locomotives, lorsque la distance à laquelle on doit porter les déblais dépasse six ou sept cents mètres. Au-dessous de cette limite, il est plus économique d'employer des chevaux.

Pour creuser une tranchée, on commence par ouvrir

(*) Le mot remblai sert aussi à exprimer Topération m^îme qui consiste à établir, au moyen de terres rapportées, un sol fectice plus élevé que le sol naturel.

une petite tranchée provisoire, très-étroite, suffisante seulement pour donner passage aux wagons de terrassement; c'est ce que Ton nomnie un goulet ou une cunelie. Les parois ne sont pas inclinées comme celles de la tranchée

définitive; elles sont verticales, ce qui n'olTre pas d'inconvénient, car les terres se soutiennent assez bien dans cette position pendant la durée des travaux.

Les ouvriers attaquent les massifs de terre de chaque

Fie. i . — Vue à vol d'oiseau d'une section de travaux de chemin de fer. 1,2, attaque de tranchée. — 3 , remblais. — i , Ballastage. — 5, 6, pose définitive de la voie. — 7, poste de santé ; canUne.

côté de la cunette et chargent les déblais dans des wagons de terrassement amenés sur une voie de fer provisoire établie au fond de la cunette. On a soin de conserver à cette voie une pente assez considérable pour que la pesanteur seule entraîne les wagons chargés du côté où Ton doit verser les déblais. Les chevaux ou les locomotives remontent ensuite les wagons vides.

Pour les tranchées qui doivent avoir une grande profondeur, on creuse d'abord une cunette à la partie supérieure, et on l'emploie comme nous venons de le dire jusqu'à ce que la tranchée possède toute la largeur qu'elle doit avoir. On creuse ensuite une seconde cunette tout le long de la première, de manière que le fond se trouve à quelques mètres au-dessous. Là voie provisoire est trans-

portée dans la deuxième cunette, ainsi que les wagons de terrassement; on abat alors toutes les terres, jusqu'au niveau du fond de la deuxième cunette, et ainsi de suite, jusqu*à ce que la tranchée ait atteint la profondeur demandée. ' Pour décharger les terres destinées à former le rem-

blai, on emploie le plus souvent la méthode anglaise. Les wagons chargés sont amenés jusqu'à une certaine distance de l'extrémité du remblai ; on détache le premier et on y attelle un cheval qui l'entraîne au trot jusqu'à une vingtaine de mètres de l'extrémité. On décroche la prolonge qui servait à atteler le cheval ; celui-ci s'arrête, tandis que

FiG. 2. —Coupe d'une tranchée dans uu terrain très-mou soutenu avec des murs en pierres sèches.

FiG. 3. — Coupe d*une tranchée dans un terrain compacte surmonté de couches perméables, et assaûiie par un talus en pierres sèches

avec cuvettes.

le wagon continue à rouler sur la voie provisoire en vertu de sa vitesse acquise. Airivé au bout, il vient butter contre des traverses empilées à dessein à l'extrémité du remblai ; le choc le fait culbuter, et la terre qu'il contient se renverse.

Le wagon vide est alors mené sur une seconde voie , tandis que le cheval amène le second wagon plein, pour lequel on procède de la môme maniera, et ainsi d^ iîQite jusqu'au dernier.

Par cette méthode, on peut décharger en moyenne une centame de wagons par jour.

Une autre méthode, trois fois plus rapide, mais aussi plus dispendieuse , consiste à prolonger la tête du remblai par un pont de charpente porté sur des échafauds roulants semblables aux grandes échelles doubles, munies de roulettes, qui servent à la taille des arbres dans nos jardins publics.

Le§ )yagon§ sont déçjjarg^g l'un après l'autre et paa- '

sent ensuite sur le pont provisoire, qui doit être assez lon^ pour contenir tout le convoi.

Parmi les wagons de terrassement, les uns sont disposés de manière à verser les terres à la tête du remblai, et à former ainsi le noyau du remblai. Les autres wagons versent , au contraire , les déblais par eôté et servent à établir les faces du remblai.

Outre les wagons dont nous venons de parler et dont la

construction, soumise à de sérieuses études, a subi de nombreux perfectionnements, on emploie encore de petits wagons de terrassement ou tvagonnets, qui remplacent avantageusement les brouettés pour des travaux de quelque importance. Ces wagonnets roulent sur de petites voies provisoires construites avec des bandes de fer méplates posées sur champ.

Les travaux de terrassement paraissent fort simples au

FiG. 4. — Coupe d*uQe tranchée dans un terrain marneux desséché au moyeu de tubes de drainage, avec collecteurs.

Fie. 5. — Coupe en travers d'une tranchée dans l'argile et le sable , assainie au moyen d'une picrrée en amonU

premier aspect, et l'ingénieur qui réussit bien dans ce genre n'a que fort peu de mérite au yeux du public. Cependant ces travaux présentent quelquefois de telles difficultés que, pour les vaincre, on est obligé d'employer toutes les ressoarces de l'art moderne. Certains tracés ont même été abandonnés complètement, après de fortes dépenses, parce qu'il était impossible d'arrêter les mouvements du terrain; nous citerons surtout les tracés primitifs des tranchées d^Ablon (ligne d'Orléans), de

Voussy et de Champigneulle (ligne de Strasbourg). Dans certaines localités, le sol, qui paraît d'abord absolument fixe, s'affaisse très- sensiblement quand il est chargé de l'énorme masse d'un remblai. C'est ainsi que le remblai de la Meauce, près Provins (ligne de Mulhouse), qui a été formé de cinq cent mille mètres cubes de déblais, a pénétré d'une profondeur de cinq mètres dans le sol ; de sorte que la masse enfouie dans la terre n'est pas moindre que deux cent mille mètres cubes !

Magasin piTToîiESQtJÉ.

Pour éviter cet inconvénient, on augmente la largeur (le la base du remblai de manière à diminuer la charge sur chaque point en répartissant la charge totale sur un grand nombre de pomts.

Il arrive assez souvent que le sol est formé de couches perméables de sable ou de roches en petits fragments alternant avec des couches d*argile imperméables. Les eaux de pluie, filtrant à travers les premières, viennent détremper la surface de l'argile et la rendent glissante et onctueuse comme du savon. Il est bien rare que cette surface soit horizontale; elle présente une inclinaison prononcée dans un sens ou dans Tautre, et les couches supérieures glissent avec une grande facilité sur ce plan incliné.

Telle est la cause de nombreux éboulements qui ont eu lieu dans des tranchées ou même dans des remblais construits avec des terres argileuses.

Les terres de cette espèce sont d'ailleurs sujettes à de grandes variations de volume , suivant qu'elles sont plus ou moins sèches ; ces variations suffisent quelquefois pour déterminer des éboulements, qu'on a pu combattre en recouvrant les faces des tranchées d'une épaisse couche de bonne terre fortement pilonnée. Les couches d'argile, n'ayant plus accès à l'air libre, conservent alors des dimensions à peu près constantes.

Contre les accidents dus au glissement sur les couches , argileuses, on a presque toujours employé avec succès un ! drainage bien établi , soit avec des tuyaux , soit avec des fossés remplis de cailloux bien lavés. Le drainage sert aussi à fixer des terres sablonneuses ou marneuses sujettes à être délayées par les eaux. Mais, pour certains terrains très- mous, on est obligé de recourir à des revêtements en pierres sèches pour soutenir les talus des tranchées.

Ces deux espèces de travaux sont représentées dans les figures précédentes.

Un exemple remarquable à citer est celui du remblai do Val-Fleury, près Meudon (chemin de fer de Versailles, rive gauche). Le sol est formé d'une couche sablonneuse pénétrée d'eau reposant sur un banc d'argile.

Il était tellement difficile ^'asseoir un remblai solidement sur un tel fond, qu'on y avait d'abord renoncé et qu'on avait remplacé le remblai par des estac^ides de charpente qui ont supporté la voie pendant sept ans.

Mais, au bout de ce temps, les estacades ne présentant plus une solidité suffisante, il a fallu construire un remblai, malgré toutes les difficultés. On y est parvenu en desséchant la couche sablonneuse aquifère au moyen de deux rangs de pierrées verticales espacées de dix mètres, qui descendent jusqu'au niveau de la craie absorbante, couche perméable située au-dessous de l'argile. Un grand puisard creusé dans la craie absorbe complètement les eaux des pierrées qui viennent s'y réunir.

La couche d'argile étant préser\'ée de l'action des eaux, les couches supérieures ne glissent plus h la sur- | face de cette couche et le remblai ne subit plus aucun dé- j placement.

Citons encore le remblai de Sèvres, sur la même ligne, qui éprouvait des mouvements tels qu'il a fallu le maintenir avec des plateaux de chêne enfoncés, verticalement sur chacune des faces du remblai , et réunis par des boulons de fer traversant toute la masse du remblai à deux mètres an-dessous du niveau de la voie. P'est ainsi qu'on s'oppose à l'écartement de deux murs au moyen de tirants de fer terminés par des S appliquées à la surface des murs.

On a consolidé ce remblai définitivement en établissant des pierrées d'un côté pour dessécher le terrain et fonçant de l'autre côté un rang de pieux avec palplanches pour soutenir les terres.

Quand les travaux de terrassement sont terminés, il faut encore ensabler la voie ferrée , c'est-à-dire poser le ballast, sur lequel doit être établie la voie définitive.

C'est encore la voie provisoire, avec les wagons de terrassement, qui sert au transport des sables ou pierres cassées employées pour former le ballast. Les traverses , les rails, coussinets et coins, arrivent aussi par cette même voie et sont déposés tout le long de la voie définitive.

Il est absolument nécessaire de poser la voie sur le ballast et non sur la terre, qui éprouverait constamment des tassements capables de faire dérailler les trains. La suite à une autre livraison.

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