HABITUDES ET TRANSMISSIONS HÉRÉDITAIRES
L'habitude imprime aux organes une certaine aptitude qniflevient instinctive et peut alors être transmise héréditairement. Les petits des animaux éduqués sont plus propres à l'être à leur tour que les petits des animaux non domestiques. L'enfant de l'Européen apprend et conçoit plus aisément que le jeune sauvage, même confié, dès son jeune Age, à des personnes civilisées. La transmission par voie héréditaire de certaines facultés acquises, aussi bien que celle de certaines imperfections non congéniales chez les parents, est un fait actuellement établi. L'habitude peut donc donner naissance à l'instinct, et cela est ressorti depuis longtemps pour l'homme de ses observations journalières, comme le montre l'adage connu : « L'habitude est une seconde nature, n
On doit ainsi admettre que l'habitude confine à l'instinct, que l'instinct peut n'être qu'une habitude transmise par la génération. Et, en effet, les passions, les peuchants, les goûts, qui sont des motifs déterminants des actes instinctifs de l'homme , se transmettent également par voie d'hérédité.
Au moral, il n'y a de transmissibles que les défauts ou les qualités qui tiennent à la constitution psychique essentielle des parents ; mais quelques-unes de ces qualités ou de ces défauts peuvent avoir été acquis : l'habitude, autrement dit le long exercice, les a alors transformés en instincts, et c'est à ce titre qu'ils deviennent transmissibles. Entre les facultés intellectuelles ou morales transmissibles, la mémoire, le sens musical, le coura2:e, la douceur, figurent certainement au premier rang. (*)
LA TOUR D'ANSOUHAITE
(DÉPARTEMENT DE LA f.îRONDE).
Cette tour, située dans la paroisse de Moulon , canton de Brannes, a environ vingt mètres de long sur dix de large. Ses murs ont un peu plus d'un mètre d'épaisseur. Elle se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages. Le rez-de-chaussée n'a d'ouverture que la porte ogivale et de petits jours percés à une grande hauteur au-dessus du sol et ne donnant qu'une très-faible lumière. Au milieu de la chambre s'élève un pilier carré de pierre muni de consoles pour appuyer les poutres des planchers qui séparent les étages. Ce pilier était utile pour supporter la charpente et les poutres et solives des planchers, dont, sans cet appui, la portée eût été trop grande. Des corbeaux semblables et très-rapprochés, sortant des parois, servaient au même usage.
Le premier étage est éclairé par de belles fenêtres ogivales, géminées et subtrilobées, munies de bancs dans leurs embrasures. Des meurtrières plongeantes garnissent les parois de cet étage et pouvaient défendre le pied des
(*) Alfred Maury, Du sommeil et des rêves*
murs. Au second sont placés l'évier, la cheminée et tout ce qui est nécessaire à une habitation. Les fenêtres y sont semblables à celles du premier étage. Là aussi était la cage du moucharabys qui protégeait la porte du rez-dechaussée. Sur les murs est un chemin de ronde garni de mâchecoulis. Le parapet des créneaux n'existe plus. On montait dans les différents étages par des escaliers en bois placés à Fintérieur.
Plus tard , une bâtisse a été appuyée contre un des côtés de la tour et une porte de communication a été percée dans le mur.
Aucun fossé ne protège cette forteresse.
Il semblerait, d'après cette description, que le rez-dechaussée a dû servir de magasin, de chai (cellier à vin); que le premier étage et le chemin de ronde étaient destinés à la défense, et le second à Thabitation.
Ce n'est donc qu'une tour, un simple donjon, «ne
maison forte. Ce dernier mot se rencontre dans les actes de la fin du treizième siècle et du commencement du quatorzième.
Vers cette époque, les rois d'Angleterre accordaient trèssouvent, à certains personnages, soit seigneurs, soit bourgeois des diverses villes de la province, la permission de construire une maison forte dans telle ou telle paroisse : licentia cotistruendi domum fortem infra parochiam, etc. Beaucoup de ces maisons sont encore debout dans le département de la Gironde, et se composaient primitivement d'une simple tour barlongue à un ou deux étages; mais toutes ou presque toutes sont protégées par de larges et profonds fossés, qui n'enveloppent pas seulement la tour, mais avec elle un espace assez grand pour former une basse-cour et des bâtiments de dépendances. On trouve de ces tours dans les plaines et les coteaux. M. Léo Drouyn a remarqué à peu prés partout que la tour a été bâtie iso-
La Tour d*ADSOuhaite (Gironde). — Dessin de Léo Drouyn.
lément et sans aucunes dépendances : celles-ci sont toujours plus modernes, quelques-unes sont presque contemporaines de la tour. Il est probable que ces dépendances étaient .primitivement en bois.
Lorsqu'un particulier obfenait la permission de construire sur ses terres une maison forte, il s'empressait de la bâtir et d'entourer de fossés une certaine quantité de terrain prés de la tour, afin d'y construire plus tard une forteresse complète, si cela lui convenait, sans avoir besoin d'une nouvelle autorisation (').
On lit dans le Catalogue des rôles gascons, page 45, qu'en 1313 -U, Raymond de Gresignac obtint d'Edouard Il la permission de fortifier et de créneler sa maison de Moulon : Pro Reymundo de Grinsinak de manso suo de Molon firmando et de kernellando muro de petra et cake. Teste rege apud novum monasterium 29 maii,
(•) M. Léo Drouyn se propose de développer cette opinion, avec preuves à Tappui, dans sa Guyenne militaire.
Comme tous les caractères architectoniques de cette tour indiquent bien cette époque, il est permis de supposer qu'elle est l'œuvre de Raymond de Gresignac. Il y a bien, à Moulon, une autre forteresse appelée la Motte; mais elle n'a jamais eu de constructions en pierre; elle est antérieure au onzième siècle (*). La manse de Moulon doit être la tour d'Ansouhaite. En 1430-31, la garde de diverses baronnies, terres et domaines, parmi lesquels on trouve Moulon , fut confiée au duc de Gloucester. Deux ans plus tard, ces seigneuries lui furent données en toute propriété. Cette concession fut de nouveau confirmée en 1439-40. Enfin, en 1451-52, la justice haute et basse des deux paroisses de Moulon et de Nérijean fut cédée à Godefroy Shorthoise, chevalier (*). Au moment de la révolution, la tour d'Ansouhaite appartenait à un couvent de Rordeaux; maintenant, elle est habitée par des paysans.
(*y Guyenne militaire. Introduction.
(*) Catalogue des rôles gascons.