CHANT DE LA TERRE
Vous m*apparlenez et je ne vous appartiens pas. La Terre subsiste, les étoiles demeurent et reflètent leurs clartés dans le vieil Océan. Vieilles sont ses rives, mais où sont ses vieux habiClnts? Moi qui en ai vu beaucoup, en ai-je jamais vu de semblables à elles? L'homme de loi , par un acte de substitution , s*est empressé d'assurer la possession du domaine à ces gens et à leurs héritiers sans jamais manquer.
Voilà bien la propriété toute hénssée de bois, avec son antique vallée, ses haies et son ruisseau ; mais les héritiers, où sonl-ils? évanouis comme Técume du flot! L'homme de loi, les lois et le royaume, où sont-ils eux-mêmes? disparus entièrement!
Ils se disaient mes possesseurs, ces gens qui me traitaient ainsi en maUres; chacun d'eux avait grande envie de rester, et cependant il est parti. Comment suis-je à eux s'ils ne peuvent me conserver, tandis qne, moi, je les garde?
Lorsque j'entendis ce chant de la Terre, je n'eus plus l'Ame aussi vaine. Ma cupidité se refroidit comme un mauvais désir à l'air glacial du tombeau. Emerson.