Tome XXX. — Juillet
anciens édifices de la ville. La date de sa fondation ne va pas au delà du dix-huitiémé siècle. Ainsi que nous l'apprend M. Orozco y Barra, la façade reproduite par notre photographie est du même style que celles de San-Francisco, de la Saniisima et du Sa^rano: s'il était prouvé que ce n'est pas le même architecte qui l'a construite, on pourrait affirmer sans crainte que c'est le même goût qui a présidé à sa décoration. Construite en pierre de taille fouillée avec une habileté merveilleuse, cette élégante habitation n'a qu'une entrée ornée et qui est placée au milieu de l'édifice. De ciiaque côté de la porte s'ouvrent trois croisées, accompagnées de pilastres de la forme la plus capricieuse. Dans leur partie supérieure, ces pilastres se terminent par des cariatides bien différentes de celles adoptées généralement chez nous ; elles représentent des anges affectant le costume adopté par les artistes du siècle dernier. Ces figures soutiennent sur leur tête de grandes gouttières fort saillantes et terminées par des figures bizarres, de véritables mascarons. L'ensemble est réellement d'un bel effet, et les ornements jetés avec profusion sur les parois de l'édifice offrent une sorte de magnificence qui satisfait d'autant plus le regard qu'il est difficile de rencontrer un travail plus fin et plus déhcat et une pierre plus habilement travaillée.
L'intérieur de la maison présente d'abord un paiio qui malheureusement n'est pas en rapport avec les magnificences du dehors ; un rez-de-chaussée démesurément bas court tout autour de l'habitation, et l'on voit tout de suite que cette construction intérieure n'a pas été élevée dans un autre but que de préserver de l'humidité l'étage supérieur, le seul habitable, à proprement parler. Ces appartements sont éclairés par les grandes fenêtres qu'on rcnfarque extérieurement ; ceux du bas reçoivent leur jour par des espèces de soupiraux qu'on voit au-dessous. Un beau jardin égayé cette étrange habitation ; mais ce qui la rend encore plus agréable est un vaste espace planté de beaux arbres, au milieu duquel on rencontre un étang.
Les souvenirs les plus anciens se rattachant à cet élégant édiiice ne remontent pas au delà de Tannée 1562; ce n'était alors que ce que l'on appelle au Mexique une huerta, un verger; mais, en 1752, la partie inférieure, telle qu'elle existe aujourd'hui , fut édifiée par les ordres de D. José Viverro Hurtado de Mendoza, comte del Valle de Orizaba. A l'époque où il mourut, en 1771, ce personnage avait déjà dépensé bien au delà de 500 000 francs rien que pour faire exécuter la façade et une portion des murs intérieurs. L'édifice fut alors abandonné , et servit durant de longues années ( on aura quelque peine à le croire) d'étable à porcs. A cette époque, les alentours de ce petit palais étaient devenus littéralement un objet de dé-> goût. Vendue au plus offrant, en 1822, l'habitation entière a été terminée par les divers propriétaires qui l'ont possédée, sans qu'ils se conformassent, malheureusement, à u\) plan uniforme. Le docteur Moreno y Jove en finit les constructions, et elle appartient aujourd'hui à D. José Garcia Fiel, dont le goût l'a embellie intérieurement. Non loin de là, et dans la même rue, se trouve la fontaine de la TIaspana : c'est un petit monument dont les sculptures sont fort imparfaites, mais dont l'ensemble produit un assez bon effet; il remonte au régne de Phi^ lippe V et fut terminé en 1737 (•).
LES CHERCHEURS DE CRISTAL
PREMIER RÉCIT
Fin. — Voy. p. 178, 185, 198, 213, 222, 220.
La main du montiignard tremblait , quand il ouvrit la porte. Sa femme et ses enfants étaient là, pâles, mornes, affaiblis, mais viv.ints.
— Plus de tristesse ! s'ccria-t-il. Nos maux sont finis. Le ciel a eu pitié de moi , le ciel a comblé tous mes vœux. Nous sommes riches; vous ne connaîtrez plus ni la souffrance, ni les privations, ni l'inquiétude. Personne ne vous reprochera désormais notre misère et ma folie. Nous allons être heureux !
En disant ces mots, Ottmann tirait de ses poches les dix florins et les morceaux de cristal , qu'il rangeait sur la huche pour les montrer dans tout leur éclat.
Tenez , tenez ; mais ceci n'est rien , absolument rien en comparaison de ce que j'ai trouvé. C'est une mine immense, une mine prodigieuse; nous n'en verrons pas la fin.
— Comment ! tu as réussi après tant d'efforts inutiles? s'écria Mariette, que l'étonnement avait d'abord pétrifiée. Oh ! quelle joie, quelle joie pour mon pauvre cœur !
— Allons, tous, venez tous dans mes bras, dit Joseph ; oublions nos malheurs et réjouissons-nous ensemble.
Ottmann n'avait pas achevé ces paroles que sa femme,
(M Voy. le grand ouvrage sur le Mexique, dont les vues, photographiées par M. Désiré Charnay, sont accompagnées d'un texte par M. Oroïcoy Barra,
ses deux filles et son fils se jetaient à son cou. S'étreignant les uns les autres, ils confondaient leurs bnisei*s, leurs murmures, leurs caresses et leurs pleurs. Quand les premiers transports furent apaisés : ~ Maintenant, dit le père, il faut songer à vous, mes pauvres délaissés. Vous devez avoir eu faim pendant mon absence. Allons, vite, Thierry, prends l'argent, va chercher du pain, de la viande, de la bière, une bouteille de vin même, nous fêterons notre succès et célébrerons notre délivrance î
— Je vais accompagner mon frère, dit la fille aînée; mon aide ne lui sera pas inutile.
— Et Fanchette, demanda Élise, que deviendra-t-elle? Est-ce qu'elle ne sera point heureuse aussi?
— Pourvu que le méchant homme ne l'ait point tuée ! répliqua sa sœur.
-Et moi qui n'y pensais pas! reprit Joseph. Soyez tranquilles. Demain votre frère ira vendre le cristal à Meyringen ; il passera chez Gunther et lui demandera la chèvre, dont il remboursera le prix. Elle était si maigre qu'il l'aura sans doute épargnée. Je le souhaite de toute mon âme, pour qu'elle se réjouisse avec nous et profite de notre aisance. Que serions-nous devenus sans les florins qui condamnaient à mort la pauvre bête?
La journée se passa en festoiemerits, caresses, joyeux discours et préparatifs pour le soir. Quand la nuit drapa autour des montagnes son grand manteau sombre, Joseph s'achemina vers le Lœfielhorn avec d'abondantes provisions. Matthieu n'avait pas perdu le temps depuis son départ. Il avait examiné dans tous les sens la grotte magique, et il lui. avait paru impossible de l'exploiter convenablement par le sentier dangereux qui leur avait jusque-là servi d'échelle, car c'était ainsi qu'on devait l'apppjcr. Non-seulement elle renfermait une quantité prodigieuse de cristal , mais il y avait des blocs d'une grosseur et d'une beauté inouïes. Un bon nombre pesaient évidemment plusieurs centaines de livres. On pouvait en faire des vases, des statues, mille objets d'art inappréciables. Comment les descendre au bord de l'Aar, le long d'une rampe abrupte, quand même on élargirait les gradins? Et ne serait-il pas déplorable de scier ou de briser les masses splendides, ce qui amoindrirait considérablement leur valeur? Mais quoi moyen employer pour les sortir de la caverne sans les fractionner et sans diminuer leur prix? Le secr-et nécessaire augmentait la difiiculté de l'opération. Matthieu, possesseur d'un immense trésor, se voyait incapable de l'approprier à son usage, ou, du moins, dans la triste nécessité d'en sacrifier la meilleure part. Contrarié de ce nouvel incident, il chercha tout le jour le moyen d'y remédier. Quand Joseph arriva au milieu de la nuit , après l'avoir laissé un moment reposer, il le mena dans la grotte et lui communiqua ses réflexions.
— Vois ce bloc magnifique, étincelant , lui dit-il ; croistu qu'il pèse moins de cinq cents livres?
— 11 me paraît plus lourd, et je serais étonné s'il n'approchait pas de sept ou huit cents.
— Eh bien, pourrions-nous le tirer de la mine et le descendre par le chemin où nous nous exposons sans cesse à nous rompre le cou? Avons-nous même assez de force pour soulever une telle masse? Elle exigerait au moins quatre hommes, l'emploi d'un truc et une voie facilement praticable. Quant à la diviser en morceaux, il n'y faut point songer, car ce serait lui ôter la plus grande partie de sa valeur.
— Comment faire, alors?
— Je pense avoir trouvé un expédient. J'étais fort tracassé hier et je rôdais autour de la grotte, quand j'ai pperçu dans la montajfne une eorta de tranchée, de ravii^,
qui, vers l'ouest, aboutit au glacier, pendant que, vers l'est , il forme une impasse prés de la mine. En perçant la paroi de ce côté , nous pourrions nous ouvrir une issue commode et tailler dans le couloir un chemin ordinaire.
— A merveille.
— Oui , mais nous serons alors contraints de nous faire aider; on saura notre secret. Pour un dépôt comme ceux qu'on a trouvés jusqu'ici, on nous aurait laissés agir selon notre convenance. Mais ce prodigieux trésor, tout le monde en voudra une part; les gens accourront de dix lieues, de vingt lieues; ce sera un pillage. Enlevons d'abord ce que nous pourrons prendre, et nous verrons ensuite. J'ai un plan que nous tâcherons d'exécuter.
Un mois après , un montagnard vêtu de son plus beau costume, où l'on remarquait avant tout des bretelles bleues et blanches, tpii se dessinaient vivement sur un gilet cramoisi, en forme de plastron, gravissait, à Berne, le perron de l'hôtel de ville. Sa figure sérieuse annonçait ouvertement qu'il était amené par une affaire importante. Il allait paraître, en effet, devant le grand conseil de la république, pour lui oflrirun don et solliciter une faveur. Ce paysan préoccupé, mais dont les yeux révélaient une secrète joie, n'était autre que Joseph Ottmann. Il venait proposer au canton une somme de quarante mille florins pour obtenir le privilège d'exploiter seul, avec son ami Dulmenn, le gisement de cristal qu'ils avaient découvert. Il n'entra point' sans émotion dans la salle gothique où l'attendait le sénat. Mais peu à peu il se remit, exposa simplement sa requête et obtint sans peine l'autorisation demandée. Sous un bon gouvernement, l'État, n'ayant pas d'autre intérêt que celui des citoyens, ne cherche nullement à les molester, ni à les accabler d'impôts et de vexations. Au bout de quelques jours, Ottmann emporta une belle feuille de parchemin où était constaté son privilège, et un délégué de la république le suivit pour faire payer la somme acceptée en échange. Matthieu et Joseph , aidés par Thierry, avaient déjà percé la paroi de la grotte et déménagé une partie du contenu. Us s'étaient, de la .«iorte, mis en garde contre toutes les éventualités. Maintenant ils poursuivirent l'exploitation sans inquiétude, en plein jour, avec des ouvriers, des mulets et des charrettes. Ce ne fut pas un long travail. Le 40 octobre, ils avaient payé les quarante mille florins et emporté les plus beaux cristaux. Le lendemain, le tambour fit accourir sur la grande place les habitants de Guttanen. I>e crieur annonça que les deux .concessionnaires abandonnaient leur privilège; que chacun, par suite, pouvait aller recueillir dans la mine ce qu'ils y avaient laissé. Un quart d'heure après, toute la population valide, munie de pioches, de ciseaux, de maillets, de hottes, de paniers et de sacs, était en route. Le splendide butin de Joseph et de Matthieu représentait une valeur de huit vent mille francs. Ils le convertirent peu à peu en numéraire et en billets de banque. Devenus les citoyens les plus riches de la commune, ils achetèrent une grande maison, où ils vécurent ensemble. N'ayant point d'héritier, Dulmenn légua sa fortune h son compagnon et à sa famille. C'était lui qui allaifir promener les enfants, qui soignait la chèvre, car Thierry l'avait ramenée en triomphe. Quand le vieillard songeait aux morts, quand il sentait la tristesse envahir son coeur, il prenait une des petites filles sur ses genoux et tâchait de se faire illusion, de se persuader qu'il n'était pas resté seul au monde, après avoir perdu tous les siens. Il leur avait pourtant élevé un tombeau , où leurs cercueils se trouvaient réunis, où était marquée d'avance la place qu'il occuperait un jour.
Ce récit n'est pas un conte inventé à plaisir, c*est une
histoire véritable. Les curieux visitent encore la grotte, dans laquelle ils marchent sur des parcelles de cristal comme sur un sable de diamants. Elle fut découverte en 1719. On peut voir à la Bibliothèque de Berne deux des masses étincelantes qui la décoraient. Si l'on veut de plus grands détails, on les trouvera page 163, dans la Description des glaciers de la Suisse, publiée par Altmann en 1751. Depuis un demi-siècle, les descendants de Joseph Ottmann habitent la petite ville de Meyringen.
Suite. — Voy. p. 205.
Peu de personnes ont le temps, la patience et même l'instruction nécessaires pour bien voir tous les objets exposés dans les vastes bâtiments de Kensington-Gore. Deux mois seraient loin de suffire si Ton voulait ne négliger rien ; mais à moins de posséder une somme extraordinaire de connaissances très-variées , il faut se résigner à passer devant un grand nombre de produits avec le regret de ne pouvoir en comprendre la valeur. Ce regret doit être, du reste, fort modéré : les Pic de la Mirandole n'ont jamais été très-communs : ils le sont moins que jamais de nos jours où, pour beaucoup de causes, la plupart des intelligences sont contraintes, comme on djt, à se « spécialiser ». Une exposition universelle n'est pas, d'ailleurs, un livre à lire tout entier avec la même attention soutenue de la première ligne jusqu'il la dernière : c'est bien plutôt une encyclopédie à parcourir, sauf en certains endroits où chacun, suivant ses études ou son expérience, trouve un intérêt particulier à s'arrêter et à se rendre compte d'une invention ou d'un perfectionnement notable. Effleurer l'ensemble, s'appliquer à l'observation de quelques parties, c'est généralement tout ce qu'il est permis de faire, qu'on soit agriculteur, manufacturier, fabricant, ingénieur, artiste ou artisan. Il ne faudrait pas, toutefois, approuver le visiteur qui se ferait conduire en ligne droite à la salle unique contenant ce qu'il est le plus capable d'apprécier, et qui s'y dirigerait chaque jour sans regarder jamais ni à droite ni à gauche. Le spectacle encyclopédique des richesses Je 1^ terre et des inventions du génie humain est de nature à émouvoir et à captiver toutes les âmes généreuses. C'est un grand enseignement et une occasion de nobles jouissances. Il ne serait besoin de rien de plus que de cet attrait supérieur pour expliquer et justifier l'empressement de tant de millions d'hommes de toutes les nations à franchir, cette année, le bras de mer qui sépare les lies Britanniques du continent; on peut soupçonner, il est vrai, beaucoup de voyageurs d'être animés seulement d'un sentiment de vague curiosité, l'Exposition n'étant peut-être pour eux qu'un prétexte d'interrompre la monotonie de leur vie habituelle et de se récréer dans le mouvement et le bruit : la foule appelle la foule. Mais nous doutons que même les esprits les plus frivoles reviennent d'un pareil voyage sans en avoir profité quelque peu de manière ou d'autre. Plusieurs y auront gagné, par exemple, de sentir s'apaiser leur antipathie nationale en voyant de leurs propres yeux que pour être Anglais on n'en est pas moins homme , et que tout n'est pas si détestable qu'ils étaient accoutumés à le croire dans la civilisation britannique. Il y a lii, comme ailleurs, et dans toutes les classes, d'honnêtes gens, des familles où l'oa s'aime , de beaux caractères , des âmes dévouées , et même ce qu'on pourrait appeler, si ce langage chrétien était plus toléré de tout le monde, des frères en douleurs, en épreuves et en espérances. 11 se pourrait même que plus d'un cœur sincère, regardant de prés, en arrivât i se demanderai les nations n'ont pas été trop souvent les dupes
(le la politique de leurs gouvernements, intéressés, en vue de leur popularité, à entretenir des ferments de haine et de guerre. Qui ne sent combien il a toujours été facile il ceux qui ont possédé le pouvoir, des deux côtés de la Manche, d'allumer tout à coup à leur gré les vieilles passions populaires et de précipiter les unes contre les au-
tres les flottes et les armées? Il faudra bien, cependant, qu*un jour les inimitiés de peuple «^ peuple cessent sur toute la terre. C'est du moins digne de désir. Ne retenons pas trop nos tendances si elles nous portent à cette pente. Le cosmopolitisme qui menacerait de nous abaisser à l'indifférence est encore bien loin de nous. Au milieu de Lon-
Exposition universelle de 1862. —Vase en roajolique, fabrique de Minton. — Dessin de Thérond.
dres, il n*est aucun Français qui, par FelTet d*un contraste où il n'est nullement nécessaire de faire entrer de la haine, n'éprouve plus fortement combien il aime la France. El surtout pendant l'Exposition, qui de nous serait en danger d'oublier la patrie? Elle est représentée là vivante et glorieuse. 11 en est de même pour chaque nationalité. C'est l'honneur de ces sortes de solennités de créer, en quelque lieu que ce soit, un terrain neutre oi\ l'on ne respire qu'une
atmosphère pacifique et bienveillante. Les ordonnateurs de l'Exposition universelle se sentaient certainement animés de cette douce influence lorsqu'ils ont eu l'heureuse idée de faire inscrire autour des coupoles et des transepts les paroles suivantes, qui toutes méritent ou le respect ou l'assentiment universel :
« Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! •
€ Dieu a regardé la terre et Ta remplie de ses biens. • fl A toi seul. Seigneur, les magnificences, et la gloire, et la victoire, et la louange; car tout ce qui est dans le
ciel et sur la terre est à toi et appartient â ton royaume, p « Toutes les nations ont à slnstruire mutuellement, à donner et à recevoir. »
Ou
« Chaque climat a besoin de ce que les autres climats produisent. • « Le progrès du genre humain , œuvre du travail com-
mun de tous les hommes, doit être Tobjet constant des poursuites de chacun de nous. En accomplissant le progrés, nous exécutons la volonté de Dieu grand et bon ! »
L'impulsion que, du haut du palais, ces maximes donnent à Tesprit l'élève au point de vue le plus juste pour apprécier les tableaux divers qui se déroulent dans cet immense espace et marquent le degré où sont parvenus le plus récemment les efforts de la science, de Fart, de Tindustrie et du travail. Elle perpétue le sentiment de noble émotion que les spectateurs de Touverture de l'Exposition ont applaudi en entendant chanter, au milieu d'un religieux silence, cette ode du poète Tennyson :
Des milliers de voix s*élèvent avec une douce puissance du milieu de celle vaste enceinte où sont assemblées les innombrables inventions de ce terrestre monde , et elles célèbrent l'invisible , l'universel Seigneur, qui permet encore cette fois aux nations de se réunir en paix dans le sanctuaire où la Science, TArt, Tlndustrie, viennent verser à nos pieds , par myriades , leurs cornes d*abondance !
père silencieux de nos rois avenir! (*) loi si regretté en cette solennité joyeuse , à celte heure dorée ! c'est trempées de larmes que montent versioi nos actions de grâces! Cette universelle union, cVsl loi qui la rè\as. Et voyez les intenninables lieues de palais! voyez ces gigantesques ailes, riches en modèles et dessins, outils, insUiH ments de moisson , de labourage, métiers et roues , artillerie , secrets de la sombre mine ; et Tor et Tacier, et le blé et le vin ; les ouvrages des cyclopes et les travaux des fées ; envois radieux des tropiques et merveilles des pôles; fêtes des yeux, trésors magnifiques de TOuest et de PEst ; TArt divin avec ses formes , ses couleurs , et tout ce que notre belle planète peut produire de ravissant, d'utile, recueilli sous chaque étoile , apporté par chaque mer ; et , de même que la vie se mélange de peines et de joies, les œuvres de la paix s'unissent aux engins de la guerre !
Le terme de la vie est-il donc si reculé , si lointain ? Eh ! qui peut dire où et quand? Jouissons donc, jouissons de notre rêve aujourd'hui !
toi , sage qui penses ! d toi , sage qui règnes ! détache la dernière chaîne du Commerce agrandi , et que ce pacificateur , déployant ses vastes ailes blanches, vole à tous les havres prospères sous Timmensc voûte des cieux , mêlant les saisons et les jours heureux , jusqu'à ce que chaque homme fasse son propre bonheur du bonheur de tous , et qu'unis dans une noble fraternité ils brisent d'un commun accord leurs flottes cuirassées , renversent leurs tours fortifiées , et , dominateurs de par les puissances de la nature, fassent une même gerbe de tous les fruits de la paix et se couronnent ensemble de toutes ses fleurs ! ' La mite à une autre livraum.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES