AOUT
Ce sont les planètes les plus éloignées du soleil, les pins grandes, les moins denses, les plus aplaties, qui possèdent le plusHle satellites, sorte de compensation, semble-t-il , du froid auquel elles paraissent être exposées. Uranus lui-même ne fait exception à cette remarque sous aucun rapport, car son aplatissement paraît dépasser celui de toutes les autres planètes. Que de contrastes offerts dans la comparaison de ces mondes multiples avec notre groupe binaire ! D*abord, dans ces systèmes éloignés, la différence entre les satellites et l'astre central est beaucoup plus prononcée que dans le système de la lune et de la terre : les satellites sont plus petits et les planètes sont plus grosses. La vitesse de révolution et la distance à Tastre central sont toutes deux sensiblement plus grandes. Enfin, l'ordre des densités peut être renversé, et Ton voit des satellites, tels que le deuxième de Jupiter, qui paraissent plus denses que leur planète centrale.
Parmi fous ces systèmes secondaires, le plus singulier est sans contredit celui de Saturne , rendu déjà si remarquable par la présence du mystérieux anneau qu*il entraîne dans ses mouvements. Les cas extrêmes se trouvent en quelque sorte à la fois réunis dans ce groupe d'un as-^ pect si bizarre.
Le sixième et le septième satellite de Saturne sont énormes ; dans l'ordre des volumes, ils passent avant tous
(M Le prince Albert, époux de la reine, mort en décembre 1861.
ceux de Jupiter. Au contraire, les deux premiers sont, avec ceux d'Uranus, les astres de tout la système solaire les plus difficiles à voir.
La distance du septième satellite de Saturne à la planète qui l'entraîne est décuple de la distance de la lune à la terre ; elle dépasse un tiers de million de myriaroétres. Mais si on compare ces distances aux rayons des planètes, on trouve que, relativement au rayon de l'astre gigantesque que ce satellite accompagne, cette énorme distance est à peine supérieure à celle de notre lune. Quoique le sixième satellite soit presque aussi gros que Mars, il n'est pas une fraction plus importante de l'astre central que notre lune comparée à notre terre.
Mais le premier satellite offre l'exemple, évidemment unique dans les planètes connues, d'une révolution sidérale faite en vingt-quatre heures. La distance de ce globe si prodigieusement rapide à la surface de la planète n'excède pas 150000 kilomètres. En astronomie, cette distance paraîtra sans contredit bien faible, surtout si on se rappelle l'assertion du capitaine Beechey, qui prétend avoir parcouru 135000 kilomètres en moins de trois ans.
Malheureusement nous ne pouvons engager les personnes qui suivront nos descriptions à chercher dans le ciel les satellites de Saturne ; même ceux dont l'existence est tout à fait incontestable ne sont pas toujours visibles avec les plus grands télescopes. 11 faut profiter, avec l'intelligence que peut seule donner une longue habitude, de toutes les circonstances favorables pour les saisir dans leur course rapide. C'est une grande chose que de savoir apercevoir, et tout le monde n*a pas ce talent, non-seulement parmi les amateurs, mais encore parmi les astronomes de profession.
LE DIEU LEHERENN.
Dans un village du nom d'Ardiége, assis sur les dernières rampes des Pyrénées, à peu de distance du point où la Garonne débouche de ces montagnes, se^sont rencontrées quelques pierres votives dont une étude attentive révèle l'intérêt. Elles sont dédiées au dieu Leherenn , divinité inconnue partout ailleurs. Gruter, dès le commencement du dix -septième siècle, en avait eu connaissance; sur les relations d'un de ses correspondants, il avait inséré dans son recueil deux inscriptions à Leherenn , et la nouveauté du nom jointe à sa forme barbare avait suffi pour provoquer, sans la satisfaire, la curiosité des érudits. Pendant plus de deux siècles, force avait été de s'en tenir à cette notion sommaire. Mais de nos jours, grâce au développement de la noble passion de l'archéologie , les monuments relatifs à ce personnage problématique ont fini par se trouver en assez grand nombre, toujours dans la même localité. Dans ces dernières années surtout, l'église du village, ayant dû être démolie en partie, a rendu à la lumière une quantité de pierres ensevelies dans ses murailles et qui avaient appartenu primitivement au temple du dieu ; restitution d'autant plus précieuse qu'un savant capable d'en apprécier toute la valeur se trouvait à por- *tée. C'est du travail piblié à ce sujet par M. Barry, professeur d'histoire à la Faculté de Toulouse, que nous allons extraire quelques résultats généraux propres, ce nous semble, à intéresser tout le monde.
Les inscriptions que l'on peut rapporter à Leherenn sont actuellement au nombre de vingt-cinq, et il y a lieu d'espérer que la collection ne s'arrêtera pas à fe terme. Malheureusement, ces inscriptions sont toutes d'une extrême concision : le nom du dieu , le nom du donateur, pas davantage. En voici une qui suffit pour donner une idée sommaire de toutes les autres :
LEHKRENN*