CHOIX DU TERRAIN, FONDATION
L*oiivrier des villes est presque toujours mal logé. 11 habite des quartiers peu aérés et des maisons insalubres; son intérieur ne présente le plus souvent aucun confortable; il est môme assez r;ire qu'il soit suffisamment propre. Mais peut-on se montrer exigeant à cet égard? L'ouvrier a son logement à loyer, ne le garde pas longtemps, et, par conséquent, ne se soucie pas d'y faire des dépenses.
Toutefois son logement, si pauvre et si restreint, est souvent mieux tenu que la maison du paysan. Celui-ci est pourtant presque toujours propriétaire de son terrain et de son toit, et peut disposer de mille petites ressources interdites h l'ouvrier des villes, obligé de tout acheter.
Dans quelques départements surtout, les paysans paraissent se complaire dans des intérieurs malsains et malpropres. Ils y sont malheureusement si habitués qu'ils ne cherchent pas à les améliorer et ne veulent pas croire qu'un logement insalubre suffit pour causer des rhumatismes et des scrofules héréditaires. Peut-être changeraient-ils d'opinion s'il leur était donné de passer quelques mois dans certains villages normands, anglais ou ilaroands.
Dans la plupart de nos campagnes, la bâtisse est d'un prix peu élevé; et cependant on s'obstine à conserver une foule de vieilles maisons enterrées dans le sol, aux murs rtiassifs, aux fenêtres rares et étroites, entourées de masures, de mares infectes et de trous à fumier. Souvent ces maisons sont pressées les unes contre les autres, de sorte que l'air et le soleil peuvent à peine y pénétrer.
Celui qui pept faire la dépense d'une maison neuve doit plutôt se choisir un terrain hors du village, à moins que les habitations n'y soient clair-semées de manière que l'air y circule aisément.
Le choix du terrain n'est indifférent que lorsqu'il s'agit d'un pays tout à fait plat et non marécageux, ce qui est assez rare.
Dans les pays de montagnes ou de collines, il ne faut jamais Mtir tout au fond d'une vallée, car les eaux de pluie viennent toujours s'y rassembler, et l'habitation serait humide. 11 est bon, même dans les pays de plaines, de se tenir à quelque distance des rivières ou des ruisseaux.
Autant que possible , on doit chercher à s'établir à micôte, sur une pente douce ou un petit plateau exposé au levant ou au midi. L'exposition au couchant est sujette à l'action des vents humides ; celle du nord est trop froide.
On peut aussi choisir le sommet d'une colline peu élevée, si le§ vents violents sont rares dans le pays.
L'emplacement de la maison étant choisi dans une situation aussi saine que possible, on creuse les fondations, qui n'ont pas besoin d'être bien profondes, car la charge qu'elles ont à supporter n'est jamais considérable, à cause de la faible hauteur des maisons villageoises.
Si l'on trouve une roche compacte à une petite profondeur, on a souvent l'avantage d'extraire les matériaux en même temps qu'on creuse les fondations et la cave, dont une maison rustique doit toujours être pourvue.
Si l'on rencontre quelques filets d'eau dans ce travail préliminaire, il est nécessaire d'établir un canal couvert au-dessous du sol de la cave et de faire écouler Teau plus loin. On peut aussi réunir cette eau dans un puits et s'en servir pour l'usage, de la maison , si elle est de bonne qualité.
Quelquefois le sol est tellement imprégné d'eau qu'il
faut renoncer à construire une cave et qu'on doit prendre des précautions spéciales pour se garantir de l'humidité. H faut alors faire des fondations en béton (mélange de mortier hydraulique et de pierres cassées menu , comme. celles qu'on met sur les routes).
Si l'on veut être complètement préservé de toute humidité , on établit au niveau du sol , à la naissance du mur, deux ou trois assises de briques ou de pierres compactes, en employant comme mortier du bitume. Mais le bitume étant inconnu dans la plupart de nos campagnes, cette excellente disposition ne pourra être adoptée que par un petit nombre de personnes.
Dans les pays où le bois est abondant , il est souvent plus économique, quand on veut fonder sur un sol humide, d'y enfoncer des pieux , sur la tête desquels on établit un cadre de charpente qui porte les murs et le plancher du rez-de-chaussée.
Quel que soit le système adopté , il est toujours nécessaire , pour la conservation des matériaux comme pour la salubrité de toute habitation qui n'est pas établie sur cave :
1* De laisser entre la surface du sol et les poutres qui supportent le plancher du rez-de-chaussée un espace d'au moins 30 centimètres, dans lequel l'air puisse circuler librement ;
2** De creuser, tout autour de la maison, un fossé couvert établi comme les fossés de drainage, dans lequel les eaux provenant de l'égouttage du sol puissent se rassembler. Et même, si la maison couvre un espace assez grand, il faut établir quelques lignes de drains sur cet emplacement avant de commencer les constructions.
Que la maison soit ou ne soit pas pourvue de caves, il faut que le sol du rez-de-chaussée soit toujours à 50 centimètres au moins au-dessus du terrain environnant, c'est-à-dire qu'on doit toujours monter deux ou trois marches pour entrer à la maison.
En effet, quand on bâtit, il ne faut pas oublier que le sol environnant se remblaye lentement, mais d'une manière continue ; c'est pourquoi la plupart des vieilles maisons sont en contre-bas du sol.
Les maisons neuves ne doivent pas être exposées sciemment aux mêmes inconvénients, car rien n'est plus malsain qu'une habitation dans laquelle les eaux de pluies s'infiltrent constamment à travers les murs et font même irruption directement par-dessus le seuil de la porte.