‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 210 sur 314 · LE CLOITRE DU COUVENT DE LA MERCED · texte numérisé non relu

LE CLOITRE DU COUVENT DE LA MERCED

Dès qu'après la conquête on eut commencé à renverser, dans l'antique Tenolchitlan , ces espèces de constructions cyclopéennes que tous les peuples primitifs dressent à leurs dieux et qu'ils croient indestructibles, une étrange révolution arcliitectonique s'opéra dans la capitale de Montezuma. A ces monuments d'aspect massif, empreints d'une grandeur barbare, succéda la majesté gracieuse de la renaissance espagnole, c'est-à-dire un mélange des styles usités au Nord et de la fine élégance des Arabes. Des merveilles trop peu connues en ce genre apparurent à Mexico durant la première moitié du seizième siècle, et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que, tandis qu'on voyait se modifier d'une manière sensible' cette architecture dans la mère patrie, elle se conservait avec son originalité native et devenait le plus bel ornement de l'antique capitale des Aztèques pendant plus de cent cinquante ans. Qui le croirait, si des dates précises n'en offraient la preuve irrécusable? le couvent de la Merced ne remonte qu'aux premières années du dix-septième siècle, et l'on peut affirmer qu'il ne fut complètement terminé qu'à une époque fort rapprochée de nous. Cet édifice religieux s'élève non loin de l'antique aqueduc royal, et rien à l'extérieur ne dénote les merveilles que l'œil exercé peut y découvrir dès qu'on a pénétré dans l'intérieur du monastère. Les choses dignes de remarque qu'offre dans son ensemble ce monument sont à vrai dire fort mélangées, et nous ne saurions les énumérer ici. Nous nous contenterons de décrire le cloître dont la photographie de M. Désiré Charnay offre une idée si parfaite. H faut exposer d'abord en peu de mots à quelle occasion il fut construit.

De tous les ordres religieux qui vinrent prêcher la foi chrétienne aux Indiens du Mexique, celui de la Merci fut le premier. C'était un moine de la Rédemption que ce courageux père Bartolomeu Olmedo qui accompagnait Cortez, et qui célébra la première messe qui fut dite sur le territoire mexicain. Ce fut lui également qui baptisa ce fameux chef de la république de TIaxcala qu'on appelait Mexitcazin. Toutefois, Olmedo ne fit pas un long séjour dans la capitale de Montezuma. Dès qu'il eut reçu les pieux auxiliaires qu'il attendait de Santo-Domingo et de Cuba, il quitta Mexico et s'en alla bravement catéchiser les populations belliqueuses du Guatemala. Voués sans relâche à la mission qu'ils s'étaient imposée , les religieux de la Merci n'eurent d'abord sur cette portion du continent américain aucun établissement fixe, et ce ne fut qu'en l'année 1589 qu'on leur bâtit un couvent. Déjà depuis longtemps, à cette époque, bien d'autres ordres religieux étalaient dans Mexico leurs constructions somptueuses. Les successeurs d'Olmedo se contentèrent d'abord de quelques pauvres habitations réparées aux frais de la charité publique, dans le faubourg de San-Lazaro; mais un événement inattendu vint changer tout à coup leur position. Il existait au Guatemala deux images (réputées miraculeuses) de Nuestra SeUora de la Merced, lorsque Tévêque de Perpignan, ilon Fr. Francisco de Vera, alors en inspection dans le nouveau monde , résolut d'en donner une à Mexico, confiée à un Indien (*). Cette statue traversa

(<) La disparition de l'une des Vierges faillit amener une émeute populaire, et la maison du prélat fut sur le point d'être livrée au pillage. L'Indien chargé du précieux fardeau qu'on ravissait ainsi à la vijle ()e Guatemala ne s'adjoignit aucun compagnon et n'en traversa

un désert de plus de 300 lieues, et vint, en 1596, se placer sur un des autels de la modeste église des bons religieux. Tel fut dés lors Fenthousiasme populaire que de pauvre qu'il était le couvent de la Merced devint un des plus riches de Mexico. Ses dépenses annuelles s'élevèrent tout à coup à plus de 20000 pesos, tant les dons des fidèles devinrent abondants.

Secondé par ses religieux, le vicaire général fray Francisco Ximenez songea alors à élever un monastère digne de l'image miraculeuse, et après bien des démarches, suivies d'une sorte d'insurrection populaire, la première pierre de la nouvelle église fut posée le 8 septembre 1602 par le comte de Monterey en personne. Les aumônes pu-

bliques eussent été peut-être insuffisantes pour couvrir les frais énormes de ces nouvelles constructions ; les frères se mirent à exploiter les mines abandonnées de Zacualpan, et cette source oubliée de richesses leur permit de multiplier les splendeurs qu*on admire encore aujourd'hui dans l'intérieur de leur couvent.

C'est en prenant à gauche de la façade que l'on rencontre le vestibule qui conduit au cloître charmant dont nous donnons ici une représentation fidèle. Rien n'égale aujourd'hui l'abandon dans lequel se trouve cet édifice intérieur, modèle achevé des splendeurs monastiques d'un autre âge. Le couvent qu'il décore est cependant situé dans un des faubourgs les plus populeux de la ville, et les

CloUre du couvent de la Merced, à Mexico. — Dessin de Blanchard, d*après une photographie de M. Charnay.

religieux de la Merci n'ont pas cessé d'en être les possesseurs. Des colonnes blanches d'une parfaite élégance, que surmontent des pleins cintres d'un style usité au temps de Charles-Quint, forment quatre galeries qui entourent un patio dallé , où croissent ça et là les mauvaises herbes ; l'étage supérieur, dont les colonnettes richement ornées supportent des arcades dentelées, rappelle bien davantage le style arabe. Au centre du patio, un bassin circulaire, d'une simplicité extrême, reçoit un mince filet d'eau tiré de l'aqueduc voisin. C'est cette espèce de réservoir, auquel viennent puiser sans cérémonie trois ou quatre

pas moins sans encombre des solitudes au sein desquelles on ne se jrisque guère sans marcher en caravane. Plus tard, ce voyage extraordinaire ne contribua pas peu à rehausser dans Tesprit des populations Ja réputation de la madone miraculeuse, et elle devint un but de pèleirtnage. (Voy. Orozco y Barra.)

aguadores, qui donne seulement quelque vie à cette charmante cour intérieure.

En effet, en venant remplir journellement d'une eau limpide leurs jarres énormes et leurs chochocoles^ ces liôtê^ de passage se livrent à de bruyantes conversations bien différentes des monotones psalmodies qui résonnent sous les voûtes du temple. A l'un des angles, une roue à godets, qui rappelle par la façon dont elle se meut les treai mils de l'Angleterre, sert à remplir d'eau les réservoûrs qui se prolongent sous les dalles de l'église. De temps en temps , on voit apparaître le vêtement flottant, de laine blanche, des religieux de la Merci; mais les moines rédempteurs, si éloignés ici de leur ancienne institution, ne se promènent guère dans le patio ; ils ne traversent en général les galeries que pour se rendre aux sombres corri^ dorç sur lesquels s'ouvrent leurs cellules. Aux parois du

fond sont appendus divers tableaux représentant des scènes religieuses, et surtout les martyrs de Tordre; dans le nombre, il en est quelques-uns qui sont œuvres de maîtres et méritent d'être conservés.

LE CEREUS GIGANTEUS,

Les voyageurs qui rencontrent pour la première fois, en Amérique, cet arbre étrange, en croient à peine leurs

Le Cereuê giganteus (Cierge géant) (*). — Dessin de Freeman, d*après Paulus Rœtter.

yeux. On Ta appelé t le roi des cactus ou des cactées. » Il faut avouer qu'il a des sujets bien difformes, mais qu'il est lui -même encore plus difforme qu'eux. Il a pour lui son utilité : ses fruits sont nourrissants. On le rencontre sur-

tout dans les vallées rocheuses et sur les penchants des montagnes au Nouveau-Mexique, dans la Sonora et dans la

(!) Fam., Cactaceœ; — gen., Cerei/*; — subgen., Lepidocereut. Yoy. Cactaceœ of ihe Boundary, by G. Engelmann, of Saiot-Louis.

péninsule Californienne. Un auteur allemand, M. Mollhausen, écrit dans la Relation de son voyage du Mississipi aux côtes de Tocéan Pacifique : « Les missionnaires qui visitèrent, il y a plus d'un siècle, le Colorado et le Gila, parlent des fruits du Cereus giganteus, dont se nourrissent les indigènes, et s'extasient, comme Tont fait plus tard les chasseurs da pelleteries, sur cette plante merveilleuse, qui a des branches et peu de feuilles, acquiert une grosseur considérable, et quelquefois une hauteur de 20 mètres. » Les indigènes le nomment suwarrow, sahuaro, petahaya. Pendant ses premières années, il a la forme globuleuse et croit sous la protection de quelques arbrisseaux, notamment du Cercidium florïdamen (l'acacia « green-barked » de Frémont). Il fleurit à la hauteur de 10 ou 12 pieds; mais sa tige, sillonnée de côtes comme les cierges, peut s'élever, comme le dit Mollhausen, jusqu'à environ 60 pieds. Il n'a jamais que peu de branches, et il est surtout rare que les premières en produisent d'autres. Les fleurs couronnent la tige et les branches; les fruits, serrés les uns contre les autres, sont ovales et ont souvent aussi la forme de poires : ils sont verts, sauf à la partie supérieure qui est rouge. La chair, de couleur cramoisie, ressemble à celle de la figue fraîche, mais est loin d'avoir autant de goût. Ce fruit mûrit en juillet çt août et tombe de lui-même à terre.

— Les rides sont des sentiers par où les illusions qui s'enfuient rencontrent l'expérience qui vient.

— L'homme est plus reconnaissant du mal qu'on cesse de lui faire que du bien qu'on ne lui fait plus.

-•Les hommes apprécient nos bienfaits ce qu'ils leur valent; mais Dieu, ce qu'ils nous coûtent.

J. Petit-Senn.

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