‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 218 sur 314 · SURNOMMÉE LA NOTRE-DAME* DE FRANCE · texte numérisé non relu

SURNOMMÉE LA NOTRE-DAME* DE FRANCE

Fin. — Voy. p. 163.

Grâce à des procédés d*iine simplicité extrême , voilà ce colosse pesant au delii de cent mille kilogrammes transporté sur le roc majestueux qui doit lui servir de base. Le rocher Corneille n'a pas moins de 132 mètres au-dessus de rhôtel de ville , et le piédestal a 7 métrés au-dessus du rocher; c'est donc à cette hauteur énorme qu'il a fallu ajuster successivement les cent pièces métalliques dont se compose la statue. Ces pièces diverses» enlevées avec tant

La Vierge colossale du Puy. — Coupe verticale montrant l'intérieur de la statue.

de dextérité, superposées immédiatement avec non moins d'adresse, furent bientôt reliées entre elles par des boulons d'une force prodigieuse.

On a établi dans la Notre-Dame du Puy une série de degrés légers et solides qui permettent de gravir sans peine jusqu'à son sommet. Ce travail, caché aux regards,

élégant et solide à la fois, exige certaines explications. Le piédestal sur lequel repose la demi-sphcre renferme un escalier en pierre, et il faut franchir ces quelques marches pour atteindre Tescalier tournant qui circule en spirale dans la cavité métallique. Cet escalier se divise en trois étages et ne compte pas moins de soixante-quatorze* dégrés; à partir du troisième étage, une échelle en métal et à barreaux plats passe par le cou de la Vierge et permet de s'élever extérieurement au-dessus de la tête au moyen d'une sorte de calotte qu*on soulève sans peine.

Si, après avoir entrepris cette ascension, nous descendons de la télé du colosse vers sa base, les lettres A, B, nous indiquent le grand plancher en fonte de fer d'où part l'échelle qui conduit au sommet; son contour s'adapte merveilleusement au contour accidenté de la statue; c'est

Coupe Jiorizontalc suivant A — B.

le plus étendu de tous. A cet étage, comme aux étages qui se succèdent , l'intérieur du colosse est éclairé par de petites fenêtres qui s'ouvrent ou se ferment à volonté. Les lettres C, D, marquent l'étage du milieu, où la lumière

Coupe horizontale suivant C — D.

pénètre par le même système qu'à l'étage supérieur. Les lettres E, F, désignent l'étage que l'on rencontre à la première station ; c'est celui qui offre le moins d'étendue. Avant d'y arriver , les regards se portent sur les solides

Coupe horizontale suivant E - F.

contre-forts en fer qui assurent la solidité de la demisphère servant de support à la statue, et n'ayant pas moins de 5 mètres de circonférence.

Nous avons fait connaître dans un premier article les dimensions principales du colosse; la mesure des détails ne cause pas moins d'étonnement. La tête de l'Enfant Jésus péset)nze cents kilogrammes. Le bras qu'il tient levé pour bénir la terre a un poids de six cents kilogrammes. La chevelure de la Viei^e, qui descend en ondoyant sur ses épaules , a une longueur de 7 métrés ; les pieds , qui posent sur la sphère, mesurent chacun 1°>,02. EnGn on évalue à 17 mètres de longueur le serpent qui embrasse la sphère de ses replis. • l

La ville du Puy, sur les hauteurs de laquelle se dresse ce curieux monument, conservait jadis soils les voûtes

)te sa cathédrale une autre statue que les pojmlations en- ; Taurait apportée d'Egypte? Nous ne saurions discuter ici

toiiraient de leur respect ; c'était une Vierge. Fallait-il la ce point d'archéologie ; ce qu'il y a de certain , c'est que

faire remonter au huitième siècle, et venait-elle du Liban? le pieux monarque visita le Puy en 1554 et qu'il s'y arrêta

Etait-ce, au contraire, un don provenant de saint Louis, qui durant trois jours.

Vue de la Vierge colossale et d*une partie de la ville du Puy. — Dessin de Freeman.

Le Puy, que Ton désigne en latin sous le nom de Podinm, était comparativement alors une sorte de cité moderne. Les chartes anciennes prouvent, en effet, que le chef-lieu du département de la Haute-Loire n'était qu'un simple btfurg. au neuvième siècle. La ruine de Revessio lui donnsMine importance civile et religieuse qu'elle n'avait pas. Le siège épiscopal de cette cité détruite fut transporté

sur la montagne même où s'est dressée la ville d'une façon si pittoresque, mais si peu régulière. Le mont Anis ou Ani-cium vit se grouper à son sommet les édifices de la cité romane; et en Tannée 975, le Puy passa sous la domina* tion des comtes d'Auvergne, qui s'étaient rendus maîtres du Velay.

11 n*y a guère de cité en France qui représente plus digne*

ment que Notre-Dame du Puy Tarchitecture romane. Rappelons en passant que si cette cathédrale entendit les. cantiques pieux du roi Robert et fut sanctifiée par les prières de saint Louis, elle garde encore la tradition d un autre acte cher aux amis de Thumanité ; ce fut dan$ son voisinage que le courageux Antoine de Sennectère, évéque du Puy, sauva nombre de religionnaires des massacres de la Saint-Barthélémy. En planant de loin sur la ville, la noble statue de Bonassieux n'évoque donc que de grands et touchants souvenirs.

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