CONJECTURE
SUR LE PÉNITENT DE KAIS^KSBERG.
Yoy. t. XXVllI, 1860, p. 47.
« Pendant mon dernier voyage en Orient, j'ai trouvé, sur les premiers feuillets blancs d'un manuscrit que j'ai eu l'occasion de parcourir, la biographie d'un pénitent nomme Ghougas (Luc), né de parents pauvres à Agn, en Arménie. A Tâge de dix-huit ans, il quitta brusquement son pays natal et courut chercher la fortune à Constantinople. Il la trouva en effet, grâce à l'intelligence et à l'activité qu'il déploya dans le commerce, et devint très-riche. Cette soudaine opulence lui donna une sorte de vertige, et, se lançant dans une voie de dissipation et de plaisir, il commit toutes sortes de méfaits. De quelle nature étaient ces méfaits? C'est ce que le biographe passe sous silence.
> Plusieurs années s'écoulèrent ainsi , au milieu de cette vie déréglée, après lesquelles il fut effrayé de l'abîme qu'il avait creusé sous ses pas, et, repentant, il résolut d'expier ses fautes d'une manière éclatante et par un genre de pénitence inusité.
• 11 était difficile à Ghougas de mettre à exécution son projet à Constantinople; aussi disparut- il un jour aussi subitement qu'il avait disparu d'Agn trente-sept ans auparavant : autrefois, seulement, il ne pensait qu'à s'enrichir et à s'élever; maintenant, au contraire, il ne pensait qu'à purifier son âme que cette élévation même avait souillée. En vain sa famille consternée le chercha partout ; au moment où elle le croyait englouti dans le Bosphore, il arrivait dans un endroit retiré de la France, où il commençait à s'infliger la pénitence que votre gravure représente si bien.
(*) Ce procédé économique a été indiqué par M. Vicat de Grenoble, qui a dû à sa Uiéorie de la préparation et des effets de la chaux hydraulique le grand prix de la Société d'encouragement pour Tindustrie, et de plus une récompense nationale.
» Il y a tant de coïncidence dans le temps et les circonstances, que je ne doute pas qu'il soit question, dans cette légende comme dans votre histoire, de la même personne. Du reste, Ghougas ne serait pas le seul Arménien qui ait en ridée de venir en Occident expier quelque faute grave, et, parmi ceux que Ton cite, TÉglise compte quelques saints, en particulier en Belgique. » (*)