‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 255 sur 314 · Tome XXX. — Novembre · texte numérisé non relu

Tome XXX. — Novembre

On compte encore aujourd'hui en Roumanie (c'est le nom sous lequel on désigne officiellement les deux principautés de Valachie et de Moldavie depuis leur union , à la fin de 1861) trois cent seize monastères, tant d'hommes que de femmes (*), qui possèdent en biens-fonds environ

(*) 186 en Valachie et 126 en Moldavie, avec 5 788 religieux et 3177 religieuses; ce qui donne une moyenne de 28 individus par monastère.

le quart du revenu territorial. Ces monastères , dont les i enceintes fortifiées servaient de refuge , aux époques d'invasion, aux populations environnantes, et qui, en temps ordinaire, étaient chargés de pourvoir à tous leurs besoins moraux et matériels , instruisant les enfants , dotant les jeunes filles pauvres, recueillant les malades et les infirmes, aujourd'hui n'abritent plus que quelques milliers de moines, la plupart étrangers au pays (').

Les couvents moldo-valaques se distinguent en couvents dédiés (inchinate) aux lieux saints, c'est-à-dire placés à Torigine sous le patronage des communautés grecques du Saint-Sépulcre , du Mont-Sinaï , du Mont- Athos, etc., qui, par une exception vivement combattue aujourd'hui, les administrent en dehors de toute ingérence du gouvernement local et en perçoivent les revenus à leur profit, sauf une modique subvention qu'elles pavent au trésor; et en couvents indigèfies, qui ont été sécularisés et réunis au domaine public. En dehors de ces deux grandes catégories, il existe (en Valachie) une autre classe de monastères que l'on pourrait appeler privés, dont les revenus, affectés exclusivement à des œuvres pies et de bienfaisance, sont, par une clause expresse des actes de donation, administrés à perpétuité par les héritiers du sang ou du nom de la famille qui les a institués.

Le monastère d'Orezu, fondé anciennement par la famille Brancovano, et l'un des plus riches et des plus heureusement situés de la Valachie , appartient à cette dernière catégorie. i

Adossé à la montagne du même nom formée par un prolongement de la chaîne des Carpathes Transylvaines, dominant la pittoresque vallée de la Bistritza, à quatre postes (quinze lieues) deTismana, autre monastère célèbre, Orezu charme de loin la vue par ce gracieux mélange d'architecture et de paysage qu'offrent la plupart des villages et même des villes de l'Orient. A l'extrémité d'une belle avenue de sapins, un porche, surmonté d'un pavillon carré à volets verts , donne accès dans une première cour, de forme carrée, très-vaste, renfermant les communs du monastère, les écuries, les remises, les étables, une tonnellerie, une distillerie, et au-dessus de vastes greniers pour serrer le blé et le maïs. Dans la seconde cour se trouvent l'église et la porte d'entrée du monastère, dont nous emprunterons la description à un historien de la Valachie, M. Vaillant : • Le monastère est orné, comme presque tous les couvents en Valachie, d'une large galerie soutenue par des colonnes, et qui fait le tour du premier étage. Mais ici la pierre est plus prodiguée et mieux travaillée surtout qu'en aucun lieu de la Valachie. ^ Le cintre des portea* les escaliers, le balustre, les co-* lonnes de la galerie, tout est en pierre, tout est dallé, et aux deux perrons qui font pavillon d'été sont des colonnes torses de quinze pieds de haut et d'un seul bloc... Nous descendons à l'église , sur laquelle deux grands arbres qui s'élèvent devant le portail s'inclinent avec respect. La porte en est curieuse de sculptures fines et délicates ; l'intérieur n'a rien de remarquable. Nous nous contentons d'y examiner les riches broderies de velours de Venise attribuées à la princesse Brancovano , la main de sainte Marguerite, et un petit tableau de deux pouces carrés représentant le Paradis, don de Catherine II, et des miniatures de saints en assez grand nombre et fort belles. »

Les revents du monastère étaient évalués, en 1844, à 15000 ducats (180000 francs). Ils doivent être beaucoup plus considérables aujourd'hui. L'higoumène (supérieur) faisait faire une excellente chère à ses hôtes ; en

(*) Rapport de M- Ipurcauo » président du conseil des ministres de Moldavie (mars 1860).

revanche, il nourrissait fort mal ses moines, dont le nombre ne dépassait pas cinquante.

.Les Brancovano, qui avaient fondé et doté Orczu, s'étant éteints au commencement de ce siècle , le titre et les biens de cette ancienne maison , qui se rattachait par

; les femmes aux familles princières de Cantacuzéne et de Bassaraba, dont elle avait pris les noms, ont passé par

j testament à la famille Bibesco, dont l'origine est beaucoup plus récente. Le prince Bibesco -Brancovano, fils aine de î'ex-hospodar, administre en cette qualité , avec le concours d'une épitropie (curatelle), Orezu et les autres monastères dits de Brancovano, ainsi que les nombreux établissements qui en dépendent.

LES CHEBCHEURS DE CRISTAL

SECOilD RÉCIT.

Suite. — Yoy. p. 326, 334, 338.

Jacques Balmat s'était laissé prendre un jour h une tendresse irréfléchie. Ayant des relations fréquentes avec le boulanger de Servez , il avait remarqué sa tille et conc4i pour elle un attachement qui avait abouti au mariage. Mais il regretta bientôt ce moment de faiblesse. Gabrielle était d'une humeur à la fois triste et querelleuse * ou elle se plaigoait et gémissait, ou elle cherchait dispute a son camarade, dont elle blâmait généralement les actions, les habitudes et les discours. L'audacieux montagnard supportait avec peine ces altercations et ces^jérémiades continuelles. Laissant là sa femme, il allait trouver Coutet, se reposer et se consoler avec lui de ses luttes domestiques. Mais cette ressource contre les ennuis du ménage devint à son tour une cause de perturbation. Gabrielle conçut une vive jalousie de l'amitié qui unissait les deux guides et semblait dominer l'attachement de Balmat pour ellenniéroe. Comme toutes les femmes, ^lle ne pouvait supporter l'idée que son mari eût une préférence dont elle n'était pas l'objet. Aussi avait-elle essayé de détruire leur mutuelle affection, de mettre un terme à leurs visites, à leurs entretiens, à leurs confidences : elle s'était bien vite aperçue qu'ils n'avaient pas de secrets l'un pour l'autre. Mais tous ses efforts échouèrent contre leur sentiment fraternel, basé sur l'harmonie intime de leur nature morale. Tout ce qu'elle y gagna fut de scandaliser son mari , d'accroître ses regrets et sa froideur. Us se seraient peut-être quittés à l'amiable, ou séparés judiciairement, si une fièvre typhoïde n'avait tout à coup emporté Gabrielle. Depuis lors, Balmat vivait seul, au hameau des Pèlerins, dans son chalet d'humble apparence. Un rez-de-chaussée en maçonnerie et un premier étage ou grenier en planches, couvert de bardeaux, composaient ce monument rustique. Les trois chambres qui en occupaient le bas suffisaient au propriétaire : l'une lui servait de pièce d'habitation, l'autre de cuisine, et la troisième d'atelier. Une avenue de sapins, qui existe encore, menait de sa cabane vers le mont Blanc. L'armurier avait en guise de domestique un apprenti nommé Blaisot , dont le rire béte, la grande bouche aux dents irréguliéres, le Iront bas et le nez camus n'annonçaient pas un esprit distingué. Mais Balmat se contentait de cet auxiliaire , qui obéissait toujours sans mot dire , contrairement & la défunte , qui obéissait avec peine et murmurait toujours quelque observation désagréable.

Depuis que le conducteur avait perdu sa femme, les deux amis profitaient de leur liberté pour se voir assidûment. Les étrangers, d'ordinaire, les employaient ensemble, de sorte qu'ils faisaient les mêmes expéditions, et quand , par hasard, les voyageurs les laissaient chômer.

ils ne se couchaient guère sans que l'un eût visité Tautre. Quoique , ce jour-là , l'excès de la fatigue les retînt chez eux , ils savaient , à n'en pas douter, qu'ils se verraient avant le soir. Le plus impatient ou le moins harassé franchirait la distance. Après avoir passé en revue tous les incidents de la veille, Balmat songeait aux désagréments de sa profession, lorsqu'il entendit quelqu'un ouvrir la porte extérieure de sa cabane, et entrer dans le vestibule qui garan^ tissait la pièce principale contre le froid, la neige et la bise, pendant l'àpre hiver des Alpes. Il reconnut aussitôt le pas de Marie Coutet. Si famiUères que fussent leurs relations, par une délicatesse naturelle , qui se i^vélait dans toute leur conduite et qui avait seule rendu possible leur longue intimité, le visiteur frappa doucement à la seconde porte, celle qui fermait la chambre d'habitation.

— Entre donc ! lui cria le maître du logis.

Comme il disait ces mots, le mégissier entrait, le sourire sur la bouche, malgré la tristesse générale qu'exprimait sa figure : il venait d'apercevoir son ami. C'était un homme de grande taille et d'une corpulence qui répondait à sa haute stature. Sa grosse tête, ses épais cheveux châtain clair, naturellement frisés comme sa barbe touffue, inspiraient aussi l'idée de la puissance. Un large front, de beaux yeux bien dessinés, un nez aux lignes presque dfèites et quelque peu rabattu , des lèvres énergiques, une forte mâchoire, complétaient ce vigoureux ensemble. Marie avait les formes et les dimensions d'un athlète : il eût excité l'enthousiasmé aux jeux Olympiques. Tous les individus qui poursuivent le chamois dans les Alpes , guident les voyageurs , cherchent les racines de gentiane ou les cristaux, offrent, du reste, une constitution remarquable et se distinguent par des traits vivement caractérisés. L'ami de Jacques portait une grande veste, la culotte courte, non serrée au genou, et les gros bas de laine, si commodes pour parcourir les montagnes. Il tenait à la main son tricorne , attendu qu'il faisait une vingtaine de degrés, température que l'on regarde comme extrêmement chaude dans la vallée de Chamouny. Le visage de Balmat s'éclahrcit dès qu'il l'aperçut.

— Décidément je suis un paresseux, et tu me fais honte, lui dit-il ; mais, que veux-tu? je suis las et je suis triste.

— Ma foi , je ne suis pas trop gai. La femme de Pierre Létangest venue me parler de son mari, de ses enfants, de la misère qui la menace, et elle a tant pleuré que je ne savais comment faire pour calmer son désespoir.

— Oui, après les accidents viennent les larmes, les gémissements et les cris. Que faire'? Comment secourir les familles? Nous ne sommes pas riches, ni les communes non plus. Que le ciel confonde un métier si pénible 1 Mais assieds-toi donc, Marie; prends le fauteuil.

— J'ai si chaud que je ne sais comment me tenir.

— Assieds-toi; tu seras mieux assis. Blaisot va nous servir. J'ai encore de ce vin de Martigny que tu aimes tant. Allons, prends place.

Et Bahnat, se levant, tira la table au milieu de la chambre, puis quitta la pièce et avertit son factotum, qui martelait un morceau de fer dans l'atelier. Celui-ci ne tarda point à paraître, tenant d'un air gauche, mais avec précaution, une bouteille devin blanc et deux verres. Lorsque les amis eurent fait honneur au généreux liquide :

— Voilà qui vous réconforte, dit Jacques Balmat, et je t'assure que j'en avais besoin; Je suis dégoûté de notre profession. Elle rapporte, elle a ses bons côtés sans doute; mais que de déboires, que de tracasseries, que de malheurs! Il vaudrait mieux, vois-tu, ne rien faire du tout.

— Quant à cela, c'est bien sûr; mais le moyen? Si nous avions des rentes , ou si nous pouvions gagner notre vie d'une autre manière, à la bonne heure! Je te certifie que

je me trouve bien plus à mon aise pendant l'hiver , quand j'apprête mes peaux de chèvre et de chamois; seulement, le travail n'est pas assez lucratif.

— Ëh bien , nous aviserons. I! faudrait n'avoir point de cœur pour endurer toujours de pareils spectacles, qui vous crispent dans le moment, et vous laissent après de tnstês souvenirs. Or, c'est justement lorsqu'on voudrait y penser le moins que ces catastrophes nous reviennent à la mémoire. Je ne puis oublier, par exemple, cette jeune femme morte, il y a deux ans, au premier col du Bonhomme. Elle faisait avec son mari un voyage d'agrément, et ils nous avaient choisis pour les conduire, Maxime de Sallanches et moi. Us voulaient examiner le mont Blanc du côté de l'Italie, où il semble exhaussé sur des contreforts, des murs et des piliers gigantesques. C'était plaisir de voir comme ils s'aimaient , car ils avaient eu beaucoup de peine à se marier, dix-huit mois auparavant, et la dame était une jolie créature. Elle avait des boucles de cheveux bruns qui encadraient à merveille sa figure , une penu d'une blancheur et des yeux!... des yeux à la fois si doux et si mutins!... Moi qui n'aime pas beaucoup les femmes, je l'admirais malgré moi. Son compagnon (il s'appelait, je crois, M. Liniers) raffolait d'elle, un peu trop même, car il suivait tous ses caprices. Nous partons donc pour le village de Contamines, où nous passons la nuit. Le lendemain, nous commençons à gravir la montée du Bonhomme, et nous voyons bientôt sous nos pieds Notre-Dame de la Gorge, cet amas de chaumières que traverse un torrent. Tu ne connais pas le pays, tu n'as jamais été de ce côté, il me semble?

— Personne ne m^a demandé de l'y conduire, et, ma foi, je cours tant pour les autres que je ne me promène jamais par curiosité.

— N'importe; tu comprendras h demi-mot. Le jeune homme et sa femme montaient deux mulets vigoureux, mais le chemin devenait de plus en plus difficile. Nous atteignons sans mésaventure cependant la sauvage terrasse qu'on nomme le Plan des Daines : une dame riche y fut, dit-on, surprise par la tempête avec sa suivante, si bien qu'elles y périrent toutes deux et furent ensevelies sous un tertre où chacun, en passant, jette une pierre; je lançai mon tribut comme les autres, quoique cela ne me semble guère utile. Bref, nous arrivons près du grand rocher en forme de tour qu'on appelle le Bonhomme, auquel fait face une tour plus petite nommée la Bonne-Femme. La route, en cet endroit, est périlleuse, quoique assez large : elle suit les bords d'un défilé qui se creuse au-dessous de vous à perte de vue, et par delà lequel la montagne de Rousselette effile son hardi sommet. Le gouffre a au moins deux mille pieds de profondeur. Le jeune homme éprouva un sentiment de crainte et descendit de son mulet.

— Valentine, fais comme moi, dit-il à sa femme : ce col est trop dangereux. Si ta monture bronchait, tu serais perdue ; je frémis rien que d'y songer.

— Mais on prétend que les mulets ont le pied si sûr ! Le mien me paraît excellent, et je suis accablée de fatigue. Tu vois, d'ailleurs, que j'ai le dos tourné au précipice; or, si je marchais, je le verrais, et aussitôt la peur me mettrait hors de moi.

— Mais, ma chère amie, je t'assure...

— Assure-moi tout ce que tu voudras, je n'en ferai qu'à ma tête : si tu craignais les accidents, il ne fallait pas me conduire dans une si vilaine route.

— Pouvais-je connaître d*avance tous les chemins que nous aurions à parcourir?

— Alors laisse-moi me gouverner comme il me plaira; je ne veux pas descendre. Pourvu que tu ne me taquines point, je suis certaine qu'il ne m'^rrivcra aucun maK

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— Ne soyez pas si confiante, Madame, lui dis-je ; mieux vaudrait grimper ceWe côte sur vos jambes. Vous pourrez souffrir un peu des pieds, gâter votre fine chaussure, mais vous ne serez pas en péril, vu que le temps est beau et que Torage ne nous surprendra point aujourd'hui.

— Dites donc, l'homme, faites attention à ma bête, me répliqua d'un ton moqueur la jeune espiègle ; lâchc^de la bien conduire.

Il n'y avait pins moyen d'argumenter avec elle. Je saisis la bride tout prés du mors, et nous poui^suivîmes notre route. Comme la dame* ne voyait point la gorge, elle ne témoignait aucune peur. Mais à peine avions-nous parcouru cent toises que son mulet s'abattit. — «Mettez pied à terre », lui criai-je. — Elle n'en eut pas le temps. L'animal ayafil fait un violent effort pour se relever, la secousse fut si rude que non-seulement l'étrangère perdit l'équilibre, mais fut lancée à- la renverse dirtis le gouffre. Elle poussa un cri d'horreur qui nous fit dresser les cheveux sur la tôte, et déjà elle avait disparu. D'autres cris succédèrent, mais plus faibles, à cause de l'éloignement, puis un silence de mort. J'étais comme pétrifié, lorsque mon compagnon m'appela de toutes ses forces. Il tenait le mari à bras-le-corps, pour Tempôcher de se précipiter dans l'abîme, et tremblait d'y rouler avec lui. Je me jetai sur le pauvre touriste, que nous parvînmes à contenir; mais ce ne fut pas sans peine. « Valentine, Valentine ! » s'écriait-il ; et il se démenait comme un épileptique ; sa figure convulsionnée faisait mal à voir.

— Allons, Monsieur, un effort sur vous-même! lui dis-je enfin. Nous ne pouvons laisser votre femme dans le précipice, il y a au fond du détroit un chemin qui commence à Notre-Dame de la Gorge ; il faut te suivre et chercher la défunte, si vous voulez qu'on l'enterre comme une chrétienne.

— Oui, oui, me répliqua-t-il avec des yeux égarés; nous retrouverons Valentine. Elle a le droit d'avoir un cercueil. Oh! mon Dieu, si j'avais pu prévoir, si j'avais pu prévoir ! Mais je ne prévois rien, je l'ai conduite à la mort, je suis son meurtrier ; ah ! je finirai mal à mon tour !

Après avoir dit ces mots, M. Liniers ne prononça plus une parole et tomba dans une prostration effrayante. Nous retournâmes sur nos pas, en le soutenant tout le long de la route. Parvenus au hameau, qui n'a qu'une mauvaise auberge, le malheureux perdit connaissance. Pendant qu'on prenait soin de lui, nous nous enfonçâmes dans la galerie avec quelques habitants. Si tu savais l'horrible spectacle qui s'offrit à nous quand nous atteignîmes l'endroit où l'opiniâtre voyageuse était tombée ! Non-seulement elle avait bondi plusieurs fois de roche en roche, non-seulement les pointes de la pierre avaient déchiré, labouré son corps, mais une chute de trois cents toises, pour le moins, avait détaché son bras droit et son pied gauche, que nous retrouvâmes avec bien de la peine. On réunit ces lambeaux dans un cercueil, et on les enterra dans le petit cimetière de la bourgade. Et le matin encore la jeune femme était si volontaire, si capricieuse ! Le mari , comme tu le penses bien, n'assistait pas au convoi; il n'aurait pu se tenir sur ses jambes. Nous finîmes par le ramener à Chamouny, oi\ il resta trois jours. Il voulut alors partir à pied pour Servez; nous le conduisîmes jusque-là, et il nous dit adieu en pleurant. Je l'avais prié de m'écrire, mais nous n'avons jamais eu de ses nouvelles.

La mite à la prochaine livraison.

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