Sorties pour aller dans la for^U
une paillasse piquée , un oreiller rempli de paille et une couverture, car jamais ils ne se déshabillent, même lorsqu'ils sont malades. Toute la douceur qu'ils reçoivent à rinnrroerie, c*est que leurs paillasses ne sont pas piquées; il arrive aussi rarement, quelque malades qu'ils soient , qu'on leur donne du linge, si ce n'est dans les maladies extraordinaires et tout à fait particulières. Du reste, ils y sont soigneusement gouvernés, et mangent des œufs et de
la viande de boucherie, car pour la volaille ils n'en usent point du tout, non plus que de fruits confits ou sucrés.
Voilà, Madame, quelle est la manière de vivre de ces solitaires, et quels sont les exercices dont ils remplissent ce vide, et ces moments que ceux du monde trouvent souvent si ennuyeux et si longs qu'ils cherchent toutes sortes de divertissements pour passer plus insensiblement une vie qui pourtant leur paraît si couiie.
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Vue de l'ancien Archevêché de Bamberg. — Dessin de Freeman, d*après une photographie.
A côté de la cathédrale de Bamberg s'élève un vaste édifice aujourd'hui abandonné et qui paraît fort délabré, mais qui répond encore, par sa décoration extérieure, aussi bien que par ses proportions, à l'idée que Ton peut se faire de l'ancienne demeure des puissants évéques de cette ville. Cet édifice est, en effet, Tancien palais épiscopal, construit en 1571 par Veit (ou ViUl), deuxième du noni, évéque depuis 1561 et qui mourut en 1577. Ce prélat, qui était originaire de Wurzbourg, fut un grand amateur des arts et les encouragea autour de lui avec une certaine magnificence. Il voulut avoir un peintre de cour TOMR XXX. — Novembre 1862.
attaché à sa personne; le premier artiste qu'il honora de cette distinction fut Jacob Ziegler. Il fit aussi frapper plusieurs médailles qu'il donna à différentes personnes comme des marques de sa faveur ou de son amitié.
Le rez-de-chaussée du palais épiscopal sert aujourd'hui de corps de garde; c'est ce qu'indiquent les poteaux bariolés de bandes alternalivement bleues et blanches, couleurs bavaroises, que l'on voit plantés devant son enln'»»'.
Les cvL^ques de Bamberg avaient aussi un chAleau situé près de la ville, sur le Petersberg.
LES CHERCHEURS DE CRISTAL
SECOND RÉCIT
Suite. — Voy. p. 326, 334, 338, 3i6, 364, 362.
Et M. Dunlop, s'étant assis au bord d'une table de granit, ôta effectivement ses souliers, comme s'il eût été prés d'un bon feu, puis les secoua pour en faire tomber le sable et les cailloux.
— Il devait être curieux à voir, dit Marie Coutet.
Je puis te le certifier, lui répondit son compagnon. Jamais naufragé qu'on tire de la mer n'offrit une apparence plus humide. L'eiui ruisselait autour de son chapeau comme dans une double rigole, et, selon ses mouvements, formait devant ou derrière lui une abondante gouttière. Quand il eut iini son opération :
— Tenez, lui dis-je, prenez mes guêtres; j'ai les pieds plus durs que vous ; quelques méchantes pierres ne me gêneront pas.
"Oh! oui! avec plaisir; si elles pouvaient sécher mes bas!
M. Dunlop, en effet, boucla les guêtres autour de ses jambes, puis nous reprimes notre course. Le terrahi que nous gravissions n'était guère plus commode que la surface d'un glacier. L'averse tombait toujours, le brouillard s'épaississait : le ciel avait décidément ouvert toutes ses échises. La forêt, avec ses mille ruisseaux, grondait comme une cataracte. Les arbres, les rochers, le sol nu, les mousses et les pacages ruisselaient également. Celui qui n'a point vu un semblable déluge ne se doute pas des torrents d'eau que les nuages peuvent épancher sur une tête humaine.
— Je ne puis plus marcher du tout! s'écria M. Dunlop au bout d'une demi-heure.
C'était effectivement un rude exercice que de se tenir en équilibre au milieu des pierres roulantes et des eaux déchaînées. Mon voyageur transpirait comme par le soleil le plus ardent.
— Je veux retourner tout de suite.
— Ce n'est pas la peine maintenant. Voilà trois heures et demie que nous marchons. Dans une heure, au plus, nous atteindrons le sommet du col, et là nous trouverons une auberge où nous nous mettrons à l'abri, où l'on nous donnera quelque nourriture. Le bas de la vallée, d'ailleurs, ne doit plus être praticable. Les eaux qui s'y rassemblent de toutes parts l'ont changée en fleuve, puis en lac. Montons, poursuivons notre chemin ; c'est ce que nous avons de mieux à faire. Ou si vous êtes trop las, si vous voulez prendre un moment de repos, je crois que nous sommes dans le voisinage d'une hutte : on nous y recevra volontiers.
— Indeed? Si vous ne mentez pas, je vous serrerai la main.
— Si je ne mens pas... l'expression est agréable! Pour qui me prenez-vous? Et dans quel but mentirais-je? Mes prédictions, il me semble, se sont assez bien réalisées jusqu'ici.
— Oh! stupide!
— Comment stupide V
— C'est moi qui suis stupide, pas vous! J'emploie un mauvais mot ; je voulais dire si vous ne faites pas une horreur.
— Bon! en voilà d'une autre. Faire une horreur? Ah! bien... je comprends... une erreur! Non, non, je suis sûr que je ne me trompe point. Gardez un moment le silence.
Après avoir mis fm à la conversation, je détachai de ma poitrine quelques notes tyroliennes qui allèrent résonner au fond d'une crique où se trouvait la cabane , et que
l'écho promena comme une fanfare de vallons en vallons, de défilés en défdés. Bientôt des notes semblables me répondirent et me guidèrent. Plusieurs appels et plusieurs invitations nous permirent d'atte'mdre le chalet sans mésaventure. Les bergers allumèrent aussitôt un grand feu de branches de sapin, devant lequel nous ne tardâmes pas à fumer comme deux chaudières en pleine ébullitioa. Nous nous séchions de la sorte depuis une heure , lorsque la faim commença à nous aiguillonner. Mais il n'y avait dans la hutte que des pommes de terre et du lait. Pour des hommes qui venaient de prendre un bain prolongé, c'était une nourriture peu attrayante. M. Dunlop ne voulut pas même en entendre parler. Moins difficile et craignant les mécomptes, j'avalai une tasse de lait, puis nous nous élançâmes dans la pluie et le brouillard. La pluie avait diminué, mais le brouillard s'était accru , épaissi en proportion. A deux pas on ne voyait point un arbre, on n'aurait pu distinguer la silhouette d'un homme ; épaule contre épaule, nous n'apercevions plus nettement nos traits. Pour ne pas nous perdre, nous fûmes obligés de nous donner le bras.
Cette circonstance exigea de nous, de moi principalement, une extrême attention, car il fallait non-seulement se préserver des chutes, mais ne point s'égarer dans quelque détroit latéral. On ne trouve plus de sentier là-haut, ou, ce qui revient au même, il y en a un trop grand nombre. Ils se croisent, ils forment un réseau sur les prairies, en sorte qu'ils ne vous guident point, et que la connaissance des lieux règle seule votre marche. Elle me senait à grand'chose dans la brume qui nous aveuglait! N'importe! nous suivons, autant que possible, une ligne droite. Mais bientôt un nouvel incident vient nous effrayer.
Tu sais combien sont dangereux sur nos montagnes les filets d'électricité qui, sans faire le moindre bruit, coulent à travers un nuage ou à travers le brouillard. On se promène, on voyage en toute sécurité : bon ! le jet file sournoisement, vous frappe n'importe où, et adieu! vous voilà mort.
— C'est ce que je redoute le plus dans mes excursions, repartit Coutet. On n'a pas le temps de dire merci. Tu te rappelles le jeune Aubriot : il gardait ses chèvres sur une éminence, sur une espèce de promontoire , en face d'Argentière. Une nuée l'enveloppait , de sorte. qu'il n'osait foire un mouvement. Psitt ! la Ugne de feu l'attrape sur la tête, lui perce le crâne , lui troue les poumons. H est tombé sans savoir qu'il périssait. On a retrouvé son couteau, sa montre et quelque monnaie à vingt pas de lui.
— Eh bien, reprit Jacques Balmat, pendant que noustâchions de ne pas nous perdre , de ne pas nous culbuter dans une ravine, j'aperçois ujie bande lumineuse qui traverse le brouillard , et j'entends grincer une flaque d'eau comme si on y plongeait un fer rouge.
— En voilà bien d'une autre ! m'écnai-je. Si un de ces rubans nous effleure, nous sommes perdus.
— Perdus? C'est trop désagréable. Sauvons-nous.
— - Oui, nous sauver; où donc? Est-ce que nous pouvons prévoir en quel endroit tombera le tonnerre? Courir, ce serait l'attirer; marchons tranquillement.
— Oh! la maudite journée!
— Dame! vous n'avez pas voulu me croire.
— J'avais une opinion à moi.
— Elle était belle, votre cpinion; vous auriez bien fait d'en avoir une autre. Nous voilà dans une jolie position maintenant.
— Et les beaux«ites, je ne les vois pas du tout ; mon argent est perdu.
A l'instant où il prononçait les derniers mots, une se- ' conde traînée de feu raya la brume. Nous gardâmes le si- . lence, comme des hommes qui, intérieurement, se pré--
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parent aux plus terribles catastrophes. Nous n^étions pas sûrs, en effet, de vivre une minute. La foudre tombant surtout à notre gauche, nous inclinâmes à droite, sans préméditation et par un mouvement naturel. L'air se refroidissait, nous montions très-vite; bientôt la pluie se mêla de grésil; les sillons brûlants cessèrent d'illuminer les vapeurs. Tranquillisés à cet égard , nous fîmes une halte pour reprendre haleine.
— Oh! j'ai «ne faim extrême, me dit alors l'Écossais. — Vous allez pouvoir l'apaiser, lui repartis-je. L'hospice du col de Balme doit être par ici ; ce n'est pas un Ikospice, quoiqu'on lui ait donné ce nom, mais une simple auberge ouverte quatre mois de l'année. Quand les neiges surviennent, l'hôte décampe avec sa famille.
Menez-moi bien vite, bien vite.
— Attendez un peu; il faut d'abord que je m'oriente. Aussitôt, déployant toute la force de mes poumons, je
lis réî>onner les montagnes. Quand les nombreux échos eurent cessé de retentir, nous prêtâmes vainement l'oreille : silence complet. Je renouvelle la question , même désappointement. Tous mes appels, tous mes cris de détresse produisent aussi peu de résultat. Le doute et l'inquiétude se glissent dans mon esprit. « Ai-je perdu mon chemin? pensai-je en moi-même. Voyons, marchons à gauche, et surtout n'effrayons pas mon Écossais. »
Venez par ici, lui dis-je ; on fait probablement du tintamarre dans l'auberge ; personne ne m'aura entendu. Je vais vous conduire.
Nous nous dirigeons effectivement à gauche. La brume s'éclaircissait avec rapidité. A peine avions-nous fait cent pas que nous nous trouvions au pied d'un roc, devant une immense paroi verticale , dont la surface grenue et sillonnée se perdait au-dessus de nous dans le brouillard.
— Allons, je ne sais plus où nous sommes, dis-je sans réfléchir.
La crainte se peignit sur le visage de M. Dunlop.
— Quelle heure est-il? lui demandai-je.
H regarda sa montre.
— Une heure. J'ai bien faim.
— Ce n'est pas de cela qu'il s'agit maintenant. Pourquoi n'avez-vous pas voulu manger des pommes de terre? 11 faut trouver le chemin avant tout. Le parti le plus sage est de suivre le roc, en le maintenant à notre gauche, puisque nous avons d'abord marché dans ce sens. Rien n'est dangereux comme de retourner sur ses pas.
Nous longeâmes effectivement la haute muraille; nos pieds foulaient le roc nu ; pas d'arbres , pas de buissons, plus d'herbes vivaces ni de mousses, plus d'oiseaux ni d'insectes. Nous avions dépassé la ligne où s'arrête la végétation, que franchissent trés-peu d'animaux. Cela devenait sérieux. Par bonheur, la brume s'éclaircissait toujours ; le soleil la pénétrait de ses rayons , elle nous enveloppait comme un or fluide. Peu à peu les formes des montagnes voisines se dessinèrent ; enfin nous nous trouvâmes tout à coup hors du brouillard. Mais ce que nous aperçûmes alors ne nous donna pas lieu de nous réjouir.
Devant nous se creusait une profonde vallée, un couloir en pente, dont un glacier occupait tout le bassin. Son inclinaison rapide communiquait aux blocs diaphanes un mouvement de descente très-prononcé, qui les culbutait les uns par-dessus les autres dès qu'un obstacle tendait à ralentir leur marche. C'était une mêlée , un désordre, un tumulte effroyables. Deux lignes de rocs nus, tourmentés, encadraient ce tableau lugubre, et se terminaient vers le ciel par des pitons désolés. Au-dessus on apercevait les masses énormes^ les aiguilles de porphyre rose ou de granit brun, les coupoles, les attiques, les 'chaînes et
les talus qui composent le groupe du mont Blanc et que revêtait une neige éblouissante. Au-dessous de nous, les nuages forwiaicnt aux montagnes une ceinture vaporeuse; un soleil éclatant dorait leurs croupes arrondies, compactes, moutonnantes, et illuminait tout le paysage. Nous aurions été ravis du coup d'œil s'il s'était offert à nous dans un moment moins défavorable. M. Dunlop était en proie au dépit le plus violent : il eût mieux aimé un bifteck ou une tranche de jambon.
- Oh! la détestable journée! s'écria-t-il. Bien sûr, je mourrai de faim sur cette montagne. Mon pauvre estomac n'en peut plus.
— C'est désagréable en effet, lui dis-je, et nous ne sommes pas au bout.
Le voyageur me lança un regard furieux.
— Guide, j'ai un soupçon.
- Eh bien, que soupçonnez-vous?
— Je vous soupçonne de vouloir me tuer, pour prendre mon argent.
— Si vous avez cette idée-là , vous êtes un fier imbécile.
— Oui, vous êtes un brigand !
— Vous ne savez ce que vous dites.
— Un voleur !
— Vous battez la campagne.
— Un assassin très-méchant !
— Que le diable vous emporte! Si je n'étais pas un guide, je vous forcerais a tenir un autre langage.
— Et moi, si mes pistolets n'étaient pas mouillés, je vous brûlerais la cervelle.
— Je vous en empêcherais bien.
— Rendez-moi mon hundU, mon havre-sac; je le porterai moi-même.
— Qu'à cela ne tienne, je vais vous rassurer.
— Oui. Et vous, prenez vos guêtres.
— Nullement; gardez-les. Je ne suis pas méfiant comme vous.
— Prenez vos guêtres.
Et M. Dunlop , s'étant assis sur Une bosse du rocher, travaillait gauchement à déboucler les courroies. Je sentais la colère me monter au cerveau. Mes guêtres étaient presque toutes neuves, et l'on n'en aurait pas trouvé de plus belles dans tout le massif du mont Blanc. Lorsque le voyageur les eut détachées, il me les présenta; je les saisis brusquement et les jetai dans une crevasse énorme , qui s'ouvrait à notre droite et allait rejoindre le glacier.
Les yeux pâles de l'Écossais se dilatèrent ; il fronça le nez, me regarda d'un air d'étonnement et me dit : Oh! oh ! vous êtes mécontent.
— Parbleu, oui, Irés-mécontent! Mais je ne suis pas un voleur ; je me soucie encore moins de votre argent que de mes guêtres. Faites donc attention à vos paroles. Maintenant il faut sortir d'embarras. Si je le me trompe , le glacier qui s'allonge devant nous est celui de Trient ; nous n'avons qu'à en suivre les bords, nous trouverons plus bas le torrent du même nom , puis des cabanes éparses et enfin le village.
M. Dunlop garda le silence, mit en bandoulière la courroie de son havre-sac, et nous commençâmes à descendre. Mais ce n'était pas un petit travail. Après avoir essayé de suivre les talus de la gorge , qu'une double pente inclinait vers le bas de la montagne et vers l'amas neigeux , talus où nos pieds glissaient sur le roc , où nous avions toutes les peines du monde à nous tenir en équilibre, nous nous hasardions sur la glace même, dans les endroits les moins raboteux. Mais moi, qui connais le danger des crevasses, je ne prenais pas cette roule sans inquiétude ; je tâtonnais devant moi du bout de mon bâton ferré. Puis un soulèvement de blocs nous barrait le passage ; nous retournions
au granit, et M. Dunlop y descendait plus souvent en arriére, sur ses pieds et sur ses mains, que debout et de f^ce. Il descendait même sur le ventre, Iorsqu*il ne trouvait pas pour ses souliers un point d'cippui suffisant. Comme nous comptions suivre une route et des sentiers battus, nous n'avions pas emporté de crampons. La fatigue épuisait tellement mon amateur de beaux sites que j'en avais pitié. Mais que faire pour le secourir? Nous n'avions pas môme une goutte de vin ou d'eau-de-vie.
La suite à la prochaine livraison.