‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 272 sur 314 · BAS-RELIEFS · texte numérisé non relu

BAS-RELIEFS

Les quatre figures que nous publions, images des Heures ou des Saisons, font partie d'une suite de bas-reliefs en terre cuite de la collection Gampana, représentant les noces de Tliétis et de Pelée. Quatre autres figures complètent le sujet dans ces bas-reliefs. A l'extrémité droite, on voit le héros debout de profil , se tournant vers Thctis suivie do cortège nuptial. Il tend la main droite à la déesse; son

Les Saisons, d'après un bas-relief en lerre cuile

bras gauche est enveloppé du manteau qu'il retient autour de son corps; sa tête est nue et ses épaules sont découvertes. Thétis, entièrement enveloppée de son manteau, la tête même couverte du voile qui retombe sur ses yeux, met sa main dans celle de Pelée. Une jeune lillc, qui paraît être une suivante, penchée vers elle, la soutient par derrière, tout en se tournant vers les personnages qui s'avancent à sa suite et portent des présents destinés aux

deux époux. C'est d'abord cette enfant au visage candide, au maintien modeste, que l'on voit précédant les autres, dans notre gravure, et qui caractérise le Printemps. Dans un pli de sa robe, elle porte des fleurs épanouies. La simplicité de son vêtement, qu'un souffle à peine agite, contraste avec l'abondance et. le mouvement des plis formés par la double tunique de la belle eLrobuste jeune fille qui vient après , représentant lÉtc : Sans la main droite de

celle-ci on Toit une couronne de feuillage, et dans la gauche des fleurs et des épis. L'Automne, qui les suit, tenant une corbeille de fruits et traînant après elle un agneau, est une jeune fille non moins belle ni moins riche* ment vôtue ; elle porte la tunique longue et, par-dessus, le manteau qui laisse son épaule et son bras droits découverts et se drape autour du bras gauche avec une ampleur remarquable. La figure qui suit immédiatement celle-ci dans le bas-relief n*est pas celle de l'Hiver, que Ton voit dans notre gravure, mais celle d'Hercule, nu et portant un

bœuf sur ses épaules. L'Hiver enfin marche derrière : c'est encore une jeune fille gracieuse et belle; elle est chaussée pour la marche, et, par-dessus sa tunique, elle porte le manteau à la manière des voyageurs. Les présents qu*elle apporte ne sont ni des fleurs ni des fruits, mais les animaux que l'on chasse encore lorsque la terre est dépouillée : un sanglier, un lièvre, une couple de perdrix.

Dans plusieurs autres représentations antiques des noces de Thétis et de Pelée , on voit figurer de même les Saisons ou les Heures en compagnie d'autres divinités qui

du Musée Campana. — Dessin de Chevignard.

portent des présents; elles ont les mêmes traits et les mêmes attributs que dans le bas-relief du Musée Campana.

Ainsi l'on voit, dans un bas-relief (*), Pelée assis auprès de Thétis, qu'il vient d'épouser, et qui est encore couverte du voile nuptial. Plusieurs divinités s'approchent de ce groupe : Vulcain apporte au héros une épée et

(•) Zo?ga, Bassirilieri antichi . LU.

un bouclier, Minerve tient un casque dans ses mains ; après eux viennent les Heures ou les Saisons, qui ont tous les traits qu'on leur voit ici. Dans le môme bas-relief, on aperçoit aussi l'Amour cherchant à repousser la Discorde. La terrible déesse n'avait pas été invitée aux noces de Pelée; elle s'en vengea : c'est alors, on se le rappelle, qu'elle lança au milieu des convives la pomme fatale, destinée « a la plus belle», qui fut cause de la dispute entre

Junon, Minefve et Vénus, et par suite de renh'vement d'Hélène et de la guerre de Troie, qui partagea tous les dieux.

Les Saisons font aussi partie d'un bas-reliof antique où Ton voit un autre sujet, mais où elles sont caractérisées de la même façon (*). Elles y précèdent Gérés et sont accompagnées de Télété, déesse des mystères, qui tient des flambeaux.

Nous avons dit que ces jeunes fdles portant les dons variés des divers temps de l'année figurent les Heures ou les Saisons. En effet, sur les monuments, les Heures, reconnaissables aux mêmes attributs, se confondent avec les Saisons. La mythologie grecque en faisait les filles de Jupiter et de Thémis, c'est-à-dire , en dernière analyse , les filles du ciel brillant, du principe souverain qui ordonne les phénoihènes célestes, et de la déesse qui règle sur la terre le cours de toutes choses. Elles étaient au nombre de trois ou de quatre, selon qu'on voulait représenter toutes les époques de Tannée ou seulement les plus belles; à Athènes, selon Pausanias, deux seulement des Heures ou Saisons étaient honorées par un culte : c'étaient celle de la floraison et celle de la moisson , et , comme on le voit par l'exemple que nous avons sous les yeux , lors môme qu'ils voulaient personnifier la saison rigoureuse, les délicats artistes de la Grèce ne la montraient, comme ses sœurs , que sous des traits purs et gracieux.

Dans les monuments et dans les poésies des anciens, les Heures ou les Saisons font presque toujours cortège, avec les GrAces et les Nymphes, à quelqu'une des divinités dont dépendaient, selon les croyances des Grecs, les vicissitudes du temps, telles que Jupiter et Junon; Vénus, qu'elles parent de fleurs; Apollon, qu'elles entourent avec les Muses. La plus jeune des Heures, le Printemps, qui donne aux hommes la joie et la richesse , était particulièrement honorée : on lui dressa des statues, et tous les poètes l'ont chantée.

Les Saisons ont aussi été figurées, mais h une époque postérieure, sous des traits masculins. C'est ainsi qu'elles paraissent sur quelques sarcophages comme de petits génies accompagnant Bacchus; elles portent les fleurs et les fruits, leurs attributs ordinaires. Elles sont représentées de la même façon sur un médaillon frappé sous le règne de Tempereur Commode.

Le bas-relief plusieurs fois répété où l'on voit le sujet des noces de Pelée, dans la collection Campana, est de l'époque romaine; mais il est, avec quelques légères modifications de style , la reproduction d'œuvres grecques dont quelques-unes subsistent encore.

On remarquera dans la gravure, en haut, la ligne d'oves qui forme à la frise une sorte de couronnement, et en bas, la disposition qui permet de l'introduire et de la faire glisser dans une rainure. Cette manière de décorer les murs au moyen d'ornements de terre cuite en relief rapportés était très en usage chez les Romains. On a trouvé un grand nombre de ces terres cuites parmi les ruines d'anciennes villas, aux environs de Rome.

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