DÉCEMBRE
Le 5 du mois de décembre, il y aura une éclipse totale de lune. La lune entrera dans la pénombre a 4 h. 41 m. du matin ; mais l'éclipsé ne commencera à être réellement visible que vers 5 h. 54 m.; 1 h. 10 m. après, la lune sera tout entière plengée dans l'ombre que porte la terre; elle y restera pendant une heure et demie, car elle ne commencera à en sortir que vers 8 h. 35 m.; elle mettra à regagner tout son éclat à peu prés le m<^me temps qu'elle aura mis à le perdre. A 9 h. 44 m. ce phénomène aura épuisé toutes les phases, et la lune paraîtra aussi ronde
qu'elle pept Tôtre un peu après le moment de l'opposition.
Comme la lune se couche à 6 h. 47 m. du matrn, la phase de la totalité, qui est sans contredit la plus intéressante de toutes, nous échappera. Les astronomes de Greenwich la verront presque commencer, et plus on marchera vers Touest, mieux on en observera le développement.
Jadis les astronomes calculaient la durée des éclipses en supposant que les rayons, partant du bord du soleil, restaient toujours tangents à la partie solide et opaque de notre satellite; mais ce phénomène se passe d'une manière toute différente , à cause de la présence de l'atmosphère gazeuse qui absorbe les rayons rasant la surface de la terre, et dévie de leur route ceux qui traversent les couches moins denses de l'atmosphère.
On dirait quo le diamètre réel de la terre se trouve
augmenté d'une quantité que Moedler et Béer évaluent à Vj8 d'un rayon terrestre. Mais en même temps que l'ombre se trouve dilatée par la présence de ces couches imperméables à la lumière, elle se trouve éclain'e par la réfraction des rayons de lumière qui n'ont pas traversé des couches assez denses pour être complètement absorbés. On ne peut donc presque Jamais constater la disparition complète de la lune parce qu'elle reste éclairée par ces rayons, qui . détournés de leur route naturelle , forment derrière la terre un faisceau lumineux convergeant en un point plus rapproché que l'axe de l'ombre. Les observateurs devront encore porter leur attention sur les teintes qu'offre la lumière alors réfléchie sur notre satellite, et dont les variations offrent des circonstances inexpliquées. Mcsner aperçut, dans les éclipses de lune de 1783, des parties du disque diversement éclairées qui circulaient lentement autour du
Carte de TécUpse de soleil du 21 décembre 1862.
centre de la lune; quelquefois, au contraire, les portions situées sur les bords de l'ombre ont pris une teinte bleuâtre, comme l'ont remarqué MiM. Béer et Mœdler dans l'éclipsé du 28 décembre 1833.
A la fin de l'année dernière, nous avons eu le spectacle d'une éclipse totale de soleil venant dix-huit mois après celle de 1860; mais il ne faut pas conclure de cette coïncidence fortuite que ces phénomènes soient très-fréquents. Le dix-neuvième siècle nous a offert jusqu'à présent six éclipses totales, celles de 1806, 1842, 1850, 1851, 1860 et 1861 ; il ne nous en réserve plus que trois: celle de 1870, visible aux Açores, dans l'Espagne méridionale, dans l'Algérie, en Sicile, en Turquie ; celle de 1887, visible dans le nord-est de l'Allemagne, dans la Russie méridionale, dans l'Asie centrale; celle de 1896, visible dans le Groenland, la Laponie et la Sibérie. L'éclipsé du 21 décembre 1862 ne sera que partielle ; elle commencera à 3 h. 18 m.
du matin dans le lieu dont la latitude est SO"" AT nord, et dont la longitude à Test de Paris est de 60** 56'.
La carte de ce phénomène que nous donnons permettra aux lecteurs de comparer sa marche à celle de Téclipse totale de 1861.
La fm de l'éclipsé générale aura lieu à 6 h. 46 m. du matin, c'est-à-dire 3 h. 28 m. après; cette fois, le premier contact se montrera près de la mer Caspienne, el le dernier se verra dans un lieu voisin de la Corée. La surface du disque éclipsée sera moindre que dans le mois de juin dans une assez notable proportion , car au lieu de représenter la portion du disque obscurcie par 0,924, il faudrait la représenter cette fois par 0,704; mais elle sera beaucoup plus grande que celle du mois de novembre, qui n'aura recouvert que 62 millièmes du disque solaire, et, suivant l'expression d'un savant, aura été plutôt une tentative d'édipse qu'une véritable éclipse.