MEUBLE PAR FOURDINOIS
Exposition universeUe de 1862. — Meuble en ébène par Fourdinois. — Dessin de Calenacci. Tome XXX. — Décemdre 1862. 50
Parmi les produits de l'industrie française qui*ont obtenu et mérité le plus de succès à TExpo^lion universelle de 186^, il faut placer le meuble dont nous donnons ici la gravure. Ce meuble, dessiné et sculpté par M. Henri Fourdinois fils, est en ébéne. Il consiste, comme on le voit, en deux corps superposés, dont quatre colonnes posant sur une base et supportant un entablement forment les divisions naturelles.
Le panneau placé au milieu du corps inférieur est orné d'un bas-relief représentant l'Enlèvement de Proserpine, et, dans les quatre écoinçons qui l'entourent, des figures de femmes personnifient les Arts et les Sciences. Sur les panneaux d^ chaque côté, entre les deux colonnes, sont sculptées de riches et élégantes arabesques. Des rinceaux de feuillages et de fruits , reliés au centre par un mascaron , couvrent la plate-bande qui forme rentablemcnt.
L'étage supérieur est posé en retraite sur l'autre. Les colonnes plus resserrées vers les extrémités ne laissent entre elles, de chaque côté, que la place de deux niches contenant les sUituettes en ronde bosse de Mars et de Bcllone. L'arcade des niches est surmontée d'un petit fronton au-dessus duquel on voit deux figurines d'enfants séparées par une tête d^ biche. La disposition réciproque des colonnes dans les deux corps du meuble est d'un heureux *ëfTet; mais elle a le défaut, en laissant au milieu du corps supérieur un plus large espace, d'isoler et d'amoindrir la partie centrale du r4)uronnenient, qu'un intervalle assez considérable sépare des volutes sur lesquelles on voit assises les figures de l'Abondance et de la Paix. En efifet, cet écusson, entre deux supports & chapiteaux de face, et deux supports latéraux à tête de griffon et à pied de lion, forme au haut du meuble une sorte de petit édifice qui ne se rattache pas assez à l'ensemble et parait plutôt être un meuble à part. Le compartiment central est divisé en deux panneaux où l'on voit sculptées en bas-relief les figures d Apollon et de Diane. Une autre figure, sculptée dans un cartel au milieu de l'entablement , représente la Nuit. Ce bas-relief correspond, dans l'ordonnance générale du meuble, aux petites figures de femmes couchées que l'on voit au centre des ornements du soubassement. On ne peut trop louer le goût qui a présidé à toute la composition de ce meuble, le choix des ornements, l'élégance des figures, et ce fini dans l'exécution d'autant plus remarquable que moulures, bas-reliefs, figures de ronde bosse, tout est taillé en plein bois, procédé de grand art qui ajoute singulièrement à la difficulté, mais aussi a la beauté du travail. Il y a loin d'un ouvrage semblable, sculpté par la main de l'artiste même qui l'a conçu , à ces faciles chefs-d'œuvre qui sollicitent trop souvent notre admiration, incohérents mélanges de figures d'emprunt et d'ornements mal ajustés. Ajoutons que peu d'hommes aujourd'hui se forment par des études aussi sérieuses le goût et la main, et se mettent en état de lutter ainsi avec les féconds et délicats artistes de la renaissance.
Le meuble de M. Fourdinois, composé dans le style du temps de Henri II, peut être, en effet, comparé, sans trop de désavantage, aux productions de cette élégante époque. C'est alors que l'ébène, jusque-là assez rarement em-^ ployée par les sculpteurs et seulement pour de petits objets, devint le bois le plus recherché : sa dureté, le poli dont elle est susceptible et qui fait ressortir les parties mates de l'ornementation , sa couleur sombre et unie, convenaient à un art arrivé à une assez grande perfection pour tout enrichir par la beauté du travail. De ce temps date l'ébénisterie, ou, pour mieux dire, c'est alors que le métier des huchiers changea de nom, et que ceux d'entre eux qui s'appliquaient aux ouvrages les plus délicats s'appelèrent ébéoistes. Quelquefois on égayait la sévérité de
I l'ébène en y appliquant des incrustations de pierres dures ou de marbres de différentes couleurs. M. Fourdinois, suivant de semblables modèles, a placé en plusieurs endroits (dans les encadrements des panneaux, au-dessus des colonnes du corps supérieur du meuble et aux piédestaux portés par des Chimères, sur lesquels sont assis Diane et Apollon) de petits compartiments de jaspe et de lapislazuli.
L'intérieur du meuble n'est pas travaillé avec moins de délicatesse ni de goût. Les battants, en s'ouvrant, laissent voir des incrustations d'ivoire gnivé et des mascarons en argent ciselé.