‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 43 sur 314 · AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

En 1858, pendant son séjour à Meched, ville sainte des Perses, M. de Khanikof, savant russe, fit la connaissance d'un professeur nommé Abdourrhaman, adjoint de l'astronome en chef du Khorassan.

« Abdourrhaman, dit M. de Khanikof, connaissait à fond les éléments d'Euclide et l'algèbre de Kbeïami, avait étudié les traductions arabes des sections coniques d'Apollonius et du livre de la sphère de Théosius , et s'était spécialement occupé de l'étude des nombreux commentaires orientaux de l'Almageste de Ptolémée. Il était aussi versé en astrologie, en métaphysique, et avait une légère teinte d'alchimie ; bref, il réunissait toutes les connaissances nécessaires pour former un astronome musulman parfait. La conversation de cet homme avait pour moi l'attrait de la nouveauté , et je voyais en lui un être impossible à rencontrer ailleurs qu'en Perse; car où trouver un autre savant dont l'éducation se fût ainsi brusquement interrompue au quinzième siècle, et qui eût encore tout le fanatisme des anciens antagonistes de Copernic?

» Comme de raison, le mouvement de la terre et l'immobilité relative du soleil figuraient au nombre des premières questions débattues dans nos rencontrées, et la difficulté qu'avait cette idée, si simple pour nous, de se loger dans une tête bien organisée du reste, mais accoutiimée dès l'enfance à concevoir l'univers différemment, me faisait comprendre l'hésitation de Copernic à publier sa déc4)uverte, et l'immense et longue incrédulité qu'avait rencontrée sa théorie en Europe.

» Jamais je n'oublierai l'impression produite sur mon docte mollah par l'exposition de la théorie de la gravitation universelle. Il avait l'esprit assez juste pour voir que cette simple et grandiose idée résolvait comme par magie toutes les difficultés inextricables de l'astronomie ancienne, et détruisait la stabilité et même l'existence des sept cieux, dont la réalité, à ses yeux, était constatée par la parole divine, promulguée dans le Coran. Ce passage subit de l'obscurité à la lumière l'avait ahuri et rendu presque ivre. Mais cela ne suffisait pas encore pour détruire ses préventions en faveur de l'immobilité de la terre. Peu habitué à se faire une idée claire des mouvements relatif et absolu «. le repos et le déplacement des corps existant sur la surface de la terre, apparemment en dehors de tout autre mouvement, l'obsédaient comme un cauchemar, et ce ne fut qu'après maintes discussions sur ce sujet, et après lui avoir fait comprendre l'explication de Flamstead sur l'aberration astronomique, les expériences faites en Allemagne sur la chute des corps dans l'intérieur d'une tour ou d'un puits, les résultats des recherches de Poisson sur les déviations des projectiles de guerre, et enfin l'expérience décisive de M. Foucault, que je parvins à vaincre les scrupules de son entendement. Trois jours avant mon départ, il vint me sup- ])lier de lui donner, en persan, l'énoncé des lois de Ké[ilcr^

et peut-être les enseignera-t-il à ses 'élèves. L'Orient avance lentement, mais il n*est pas immobile. »

OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES

Page 1