MARS
Le mois de mars est toujours le bienvenu : il annonce Tépoque de la renaissance de la nature. Quoiqu'il ne se présente pas avec un souriant cortège de verdure et de fleurs , on ressent , en le voyant approcher, un vague sentiment de satisfaction instinctive, qui fait supporter avec plus de patience la tin de Thiver.
Les derniers .jours de février ont vu naître une lune nouvelle, en sorte que l'on n'atteindra pas la période où elle brille de tout son éclat avant le 15 mars. Les premiers jours du mois seront donc favorables pour les studieux observateurs qui ne craindront pas de s'exposer aux rigueurs d'une température souvent un peu basse. Mais puissent-ils ne jamais avoir à se reprocher d'autres imprudences que celles inspirées par l'amour de l'astronomie !
Les nuits seront encore longues, car le soleil restera à peu prés 12 heures entières au-dessous de l'horizon. Il y demeurerait davantage sans le phénomène de la réfraction. Les amateurs auront donc l\ leur disposition tout le temps nécessaire pour suivre les corps célestes dans leurs harmonieux mouvements. Nous pouvons hardiment souhaiter que les brumes ne viennent pas obscurcir le spectacle poétique qu'offre alors le firmament; les tendres bourgeons, dont les rudiments sont renfermés dans la graine, ne craignent pas encore le refroidissement des nuits.
Pour se faire une idée exacte de la course de la lune, il sera bon de rapporter sa position dans le ciel à quelquesunes des étoiles qu'il est le plus facile d'apprendre à reconnaître. Ensuivant, pendant plusieurs jours, cet astre vagabond et en observant attentivement la succession de ses phases, on comprendra l'attrait qu'offrait l'astronomie contemplative aux pâtres des plaines de Mésopotamie, les ancêtres des Ptolémée, des Copernic, des Kepler, des Herschel et des Arago.
Nous prendrons, comme base d'opération, trois étoiles brillantes, assez voisines pour que M. Seidel ait cru devoir les représenter par les trois nombres 34, 30 et 36. Nos trois jalons choisi» dans la portion visible du ciel seront : Régulus, ou le cœur du Lion; Pollux, une des deux étoiles faisant partie du groupe aimable des Gémeaux; enfm, Aldébaran, également connu sous le nom de l'œil du Taureau. Ces trois étoiles ont eu, l'une après l'autre, l'honneur d'être aperçues par des astronomes pendant des éclipses de soleil.
En 1834, M. Piela reconnut ù la fois Pollux et Aldébaran. Halley lit la même observation sur Aldébaran, dont les feux empourprés devinrent visibles pendant la grande éclipse de 1745. A Dantzig, en 1851, on aperçut trèsfacilement Régulus, qui, du reste, est une des premières étoiles qu'on ait observées en plein jour. L'histoire de l'Académie des sciences nous apprend que Picard put observer la hauteur du cœur du Lion, le 13 mai 1665, prés de treize minutes avant le coucher du soleil.
Rien n'est plus facile que de retrouver Régulus dans le ciel par la méthode connue des commençants sous le nom de Méthode des alignements.
Pour reconnaître, au milieu des globes lumineux qui^parsèment le ciel, ce symbole de l'honneur et de la fermeté, il suffit de prolonger de 45 degrés la ligne droite qui joint les deux principales étoiles de la Grande-Ourse, en ayant soin toutefois de prendre ce prolongement du côté opposé à la polaire. On verra alors Régulus briller dans les es-
paces célestes comme un des sommets uiférieurs d'un vaste trapèze.
Aldébaran , qui forme l'extrémité opposée de notre base d'opération, se trouve à peu près à la même distance de la Voie lactée que le petit groupe lumineux que nous avons déjà appris à reconnaître, et que les poètes ont appelé les Pléiades. La ceinture argentée de la Voie lactée jette le faisceau de ses rayons vaporeux entre l'œil du Taureau et Pollux, partageant en deux parties à peu prés égales l'espace angulaire qui sépare c^s deux étoiles si remarquables.
En somme, les trois points lumineux auxquels nous voulons essayer de rapporter les évolutions de la lune sont disposés de telle manière que la distance de Pollux aux deux extrémités est sensiblement la même. On pourrait construire une espèce de triangle sphérique isocèle dont la base serait l'arc de la sphère céleste passant par Aldébaran et par Régulus, et dont le sommet serait Pollux. « L'amour fraternel, disaient les astrologues, réunit la force du Taureau au courage du Lion. »
Dans les premiers jours du mois, on verra notre satellite naître à l'orient d'Aldébaran, qu'il laissera à une distance de 65 degrés, de Pollux, qui se trouvera à près de 100 degrés, et enfin de Régulus, qui restera encore plus éloigné. A mesure que le temps s'écoulera, on verra le disque lunaire se rapprocher d'Aldébaran , qu'il ne viendra pas nous cacher cette fois, car à partir du moment où, vers le 9, '^ distance angulaire aura décru jusqu'à 20 degrés, sa course rapide l'entraînera à l'ouest de cette étoile.
La distance de notre satellite à l'astre de Pollux restera toujours plus grande, car il ne s'en approchera que de 30 ou 35 degrés. Il parviendra à cette distance angulaire deux ou trois jours seulement après le moment où la lumière tranquille de la lune se trouvera \)\\\% directement sous l'influence des feux rougeâtres qui sortent de l'œil du Taureau, et qui sembleront lutter avec les lueurs sinistres lancées par la planète Mars chaque fois qu'elle se trouvera en son périhélie.
Enfin, la lune continuera à se rapprocher du cœur du Lion jusqu'aux environs du 15, c'est-à-dire jusqu'à la période de son plus brillant éclat. A ce moment, elle en sera séparée par une distance angulaire de 20 degrés seulement.
Pour compléter cette description, nous devons ajouter que, vers cette époque, la lune se trouvera précisétnent placée entre les trois principales planètes supérieures. Elle aura Mars bien loin à l'est, à plus de 100 degrés de distance angulaire. Saturne et Jupiter, qui occuperont l'autre côté (ouest), se trouveront beaucoup plus prés, et leur distance angulaire variera de 20 à 30 degrés.
Il est évidemment superflu, dans ce tableau rapide des mouvements principaux de la lune de mars, de nous préoccuper des planètes inférieures qui ne peuvent pas s'écarter de l'astre des jours et qui, par conséquent, ne font jamais partie du brillant cortège de la reine des nuits.