HOBBEMA
Le paysagiste Hobbema, dont les ouvrages les plus importants sont payés de nos jours, dans les ventes publiques, jusqu'à 80000 et 100000 francs (et l'on en a vu dépasser ce chiffre), fut, pendant longtemps, si profondément oublié que les marchands effaçaient sur ses tableaux sa signature et y substituaient le nom de Jacob Ruysdaël ou celui de Salomon son frère, ou même le nom moins illustre de Decker, qui fut leur contemporain et leur imitateur. Pas un de ses ouvrages ne se trouve mentionné dans la publication de Gérard Hoët, qui ne comprend pas moins de 220 catalogues des principales ventes faites en Hollande, de 1684 à 1738. On rencontre son nom pour la première fois dans une vente faite à la Haye, en 1 735, où un paysage, signalé comme « capital », fut payé 40. florins ; un autre paysage fut vendu 71 florins à Amsterdam, en 1739; c'était encore une œuvre importante , paysage magistral , selon le catalogue, et que le peintre Lingelbach avait orné défigures, ou, comme on disait, « étoffé ». D'autres tableaux ne dépassaient pas alors les prix de 12 ou 13 florins. Peu à peu les chiffres s'élevèrent; et, à la fin du siècle, le talent de l'artiste paraît avoir été estimé par ses compatriotes à un prix assez haut, quoique fort éloigné encore de ceux auxquels les grandes collections de tous les pays se disputent aujourd'hui ses œuvres.
Hobbema n'avait pas été cependant, de^n vivant, un peintre obscur, puisque des artistes, qui jouissaient d'une grande faveur en Hollande au milieu du dix -septième siècle, tels que Berghera. Lingelbach, Adrien Vanden- Velde, Wouvermans, ne dédaignèrent pas de peindre dans ses paysages des personnages et des animaux. Le rapprochement de ces noms permet de déterminer h peu près le temps où il vécut et le pays qu'il habita; car on en est réduit aux conjectures sur tout ce qui le concerne. Son origine hollandaise a même été mise en question. Cependant on a remarqué que la forme de son nom, Meindert ou Minderhout ïlobbema, est frisonne, et que d'ailleurs il a toujours pemt des sites de la Hollande, particulièrement de Gronjngue et de Frise. C'est dans cette dernière pro-
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vince que Ton a retrouvé la plupart de ses tableaux. Selon les Hollandais Van-Eynde et Van-Willingen, il serait né dans celle de Gueldre, au village de Middelharnuis, et il aurait appris son art à Harlem , auprès de Salomon Ruysdaël. Hobbema, en effet, a représenté rentrée du village de Middelharnuis dans un tableau qui fait partie de la galerie de feu Robert Peel ; mais on n'a reconnu dans aucune de ses peintures les environs de Harlem, que les deux Ruysdaêl ont si souvent reproduits. Rien ne prouve donc la vérité de ce que les écrivains que nous avons cités ont affirmé au sujet de sa naissance et de son éducation.
Ce qui peut éclaircir cette dernière question intéresse surtout dans la vie des artistes. On voudrait connaître quel fut le maître d'Hobbema et quels élèves il a formés. Tous ceux qui ont étudié ses paysages les ont comparés à ceux
de Jacob Ruysdaêl. On en cite quelques-uns où les deux peintres ont copié les mêmes modèles : ces ressemblances matérielles ne sont pas les seuls points par où ils se rapprochent ; leurs ouvrages présentent encore beaucoup d'analogie dans la manière de composer etde peindre. On en a conclu qu'ils se sont connus et qu'ils ont même dû être liés d'amitié. « A les voir, dit l'auteur de Y Histoire des peintres de toutes les écoles, {feindre les mêmes sites, s'imiter l'un l'autre, se prêter leurs tableaux pour être calqués et reproduits, on peut croire que Jacques Ruysdaêl et Minderhout Hobbema furent amis, qu'ils voyagèrent ensemble, qu'ensemble ils battirent la plaine, les buissons et les bois, et qu'ils échangèrent plus d'une fois de*bons offices, des conseils, de graves et dignes louanges, sans qu'on puisse dire précisément si Hobbema fut le disciple de Jacques
Pajsa^j par Hobbema (*). — Bessia d*Ulysse Parent.
Ruysdaêl, étant du reste, suivant toute apparence, du même Age que lui. » Mais quelles que soient les similitudes qu'on aperçoive entre deux artistes, les divergences sont encore plus faciles à découvrir; et plus profond est leur sentiment de la beauté, plus leur talent pour le rendre est puissant, plus ils doivent différer dans leurs productions, lors même qu'ils représentent des objets identiques. Ruysdaêl et Hobbema ont été frères et condisciples par les études qu'ils ont faites en commun et par un égal amour de la nature ; ils l'ont imitée à peu près avec la même science ; mais ils ne la voyaient pas avec les mêmes yeux : tous deux avaient une âme, qui a passé dans leurs ouvrages. Celle d'Hobbema, qui n'y parait pas autant, parce qu'elle fut plus calme et plus sereine, n'en est pas moins présente dans ses peintures, et visible pour des yeux attentifs. Heureux de tout ce qu'il contemplait, l'artiste a mis son effort à rendre fidèlement les impressions qu'il gardait en
(*) Ce tableau fait partie de la collection de M. Pesez, à Bniielles.
lui; il s'est elTacé dans son œuvre. Il faut, pour le bien apprécier, aimer comme lui sincèrement et prorondément la nature. H parle à moins d'imaginations que Ruysdaêl, parce qu'il est moins passionné que lui, et aussi il est moins poète et ne touche pas autant ceux qui, jusque dans un paysage, veulent partager les émotions d'une âme humaine.