EN CROATIE
Lç Château dç Trakostyan. — Dessin de Çrandçire, d'après M. Amie Dourcief,
Le château de Trakoslyan est situé dans une des chaînes alpestres, pittoresques et découpées, qui séparent la Styrie de la Croatie. D'immenses sapins l'entourent et tombent de vétusté dans un grand lac au pied des montagnes. Ce paysage aujourd'hui sauvage et silencieux était jadis peuplé de nombreux sujets féodaux. Les habitants actuels ont consené leurs anciennes mœurs et leur vieux costume, qui se compose, pour les hommes, d'une grande houppelande grise ou veste serrée à la taille et quelquefois fourrée, de grandes bottes et d'un bonnet ou toque hongroise; pour les femmes, d'une grande tunique ou chemise de toile blanche tombant sur les genoux, d'un capuchon de toile pareille , et aussi de grandes bottes semblables à celles de leurs maris ; aux jours de fêtes, elles ajoutent simplement
' Toi» XXX. — Mars 1862.
une large ceinture rouge. Ce sont là les vêtements portés par les paysans dans le voisinage de la Styrie. Près d*Agram, non loin du Monténégro, les costumes sont beaucoup plus riches et plus élégants.
Le château de Trakostyan appartient au général comte Draskowitch ; il relevait de l'empereur d'Autriche quand la Croatie n'était pas un département autrichien comme de nos jours. Les restaurations faites au manoir ont été empruntées avec habileté au seizième siècle. Lorsqu'on a franchi les enceintes et le pont-levis, on pourrait s'attendre à rencontrer, dans les vastes salles, les chevaliers et les soldats, dont les armes curieuses et terribles ornent les voûtes et les murs.
id
Voy. les Tables des années précédentes.
Nouveau condensateur électrique. — Lorsque deux lames métalliques ont été employées à décomposer Teau par la pile, elles sont tellement mojji^ées par les gaz dégagés à leur surface qu'elles ont acquis une propriété nouvelle, celle de pouvoir former, avec le liquide où elles plongent, une véritable pile voltaïque, dont les actions sont de courte durée, il est vrai, mais ne manquent pas d'énergie quand l'expérience a été préparée avec des métaux convenables. M. Planté l'a fait voir dans une expérience bien remarquable.
Dans un bocal il met deux lames de plomb de plusieurs décimètres carrés; ces deux lames sont enroulées pour tenir peu de place, mais séparées par une toile grossière, car il faut qu'elles ne se touchent pas. Ainsi disposées, elles sont introduites dans un bocal contenant de l'eau acidulée. Huit à dix systèmes étant formés comme il vient d'être dit, on met en communication une lame de chaque bocal avec une lame du bocal suivant. Les deux lames des deux bocaux extrêmes sont libres; on les réunit à une pile de petites dimensions, qui, en fonctionnant, décompose l'eau de chacun des vases. Au bout de quelque temps, on enlève la pile , et les lames qui ont servi à décomposer l'eau forment une pile capable de donner une étincelle très-forte, incomparablement supérieure à celle qu'on aurait obtenue avec la petite pile excitatrice. Cette forte étincelle représente une partie de l'électricité fournie par la décomposition de l'eau, celle qui s'est dépensée à modifier les lames et qui tout à coup reparaît quand elles reviennent à leur état primitif.
Densité de la glace. — L'eau, en se congelant, augmente de volume. M. Dufour a recherché quelle était exactement la dilatation qui s'opérait dans ce phénomène.
Dans ce but, il a recherché le poids de la glace comparé au poids d'un même volume d'eau; en un mot, la densité de la glace. Le nombre 0,9175, qu'il a obtenu, est presque exactement celui de C. Brunner (0,9180) ; cela correspond à une augmentation de volume égale à Yioo ou très - sensiblement à */,4 qui aurait lieu au moment de la congélation. Ainsi il litres d'eau, en se congelant, donnent 12 litres de glace. Malheur au vase qui serait alors plein; il devient trop petit et se brise.
Fabrication de la glace. — M. Carré a pensé qu'en se servant de gaz qui sont facilement liquéfiables, et qui peuvent être absorbés en grande quantité par l'eau , on trouverait une source économique de froid, facile à utiliser au moyen d'appareils simples, peu coûteux, et d'une manœuvre élémentaire.
L'appareil intermittent e^t d'une simplicité remarquable. Que l'on se figure deux bouteilles à col incliné suffisamment résistantes, d'une capacité respective d'un à quatre volumes, et dont les deux cols, un peu élevés et allongés, seraient soudés par leurô extrémités; c'est là tout l'appareil. La plus grande, remplie aux trois quarts d'une solution ammoniacale concentrée , est placée sur le feu, tandis que la plus petite plonge dans^l'eau froide. On chauffe la solution jusque vers 130 ou 140 degrés, et le gaz se sépare de l'eau pour venir se liquéfier dans la seconde cornue. La séparation terminée, on met au contact de l'eau , à la température ordinaire, le récipient qui était chauffé précédemment; le gaz liquéfié y revient, et sa volatilisation détermine dans la petite cornue un froid qui peut facilement congeler l'eau dont on l'entoure. Ce froid est intense et peut descendre au-dessous de — 40 degrés. M. Balard, en faisant fonctionner l'appareil au Collège de France, a pu solidifier le mercure.
Cet instrument intermittent produit un minimum de 5 kilogrammes de glace par kilogramme de charbon brûlé dans un fourneau de cuisine. L'auteur en a construit un autre qui fonctionne d'une manière continue.
De la vision. — Pourquoi la chaleur ardente de nos foyers est -elle sans action sur la rétine? M. Janssen a résolu cette question importante pour la théorie de la vision.
Dans les animaux supérieurs, les milieux de l'œil, qui sont d'une transparence si parfaite pour la lumière, possèdent, au contraire, la propriété d'absorber, d'une manière complète, les rayons de chaleur obscure, opérant ainsi une séparation des plus nettes entre ces deux espèces de radiations. La cause de cette propriété des milieux de l'œil réside tout entière dans leur nature aqueuse ; l'eau agit exactement de même.
Une réflexion semble naturelle à l'égard de nos sources artificielles de lumière. Dans nos meilleurs appareils éclairants, l'intensité calorique des radiations obscures est décuple de celle des radiations lumineuses; ne doit-on pas les considérer comme imparfaits, puisqu'il efiste, pour les plus parfaits, une si grande disproportion entre les rayons utiles et ceux qui sont étrangers au phénomène de la vision , disproportion qui se retrouve nécessairement entre la dépense totale et celle qui serait théoriquement nécessaire?
Ascension de la sève. — La fonction des végétaux qui consiste à élever l'eau à travers leurs tissus et jusque dans leurs feuilles n'est pas encore expliquée. On est réduit à deux suppositions : ou ce mouvement est produit par le jeu d'organes spéciaux analogues au cœur et animés par la vie végétale , ou bien il est déterminé par les forces moléculaires et par la pointeur exerçant leur action dans le corps ligneux. Si la première hypothèse était fondée, il est probable que la physiologie aurait au moins entrevu ces organes; nous serons donc portés à conclure de son silence qu'ils n'existent pas. Si c'est la seconde» au contraire, qui est fondée , la question rentre dans le domaine de la physique générale ; on peut rationnellement l'étudier par l'expérience, avec l'espoir d'imiter artificiellement cette fonction des végétaux. C'est à ce point de vue que M. Jamiii aborde le problème et croit en donner une solution plausible.
M. Jamin a montré comment on peut produire un mouvement de l'eau tout à fait identique au mouvement d'ascension de la sève , en construisant un appareil dont la structure est calquée sur celle des végétaux.
Les racines des plantes se ramifient de plus en plus au tronc commun jusqu'à des radicules très- déliées, et sont recouvertes par une membrane continue et poreuse. Comme cette division en rameaux divergents n'a vraisemblablement pour effet que d'augmenter la surface absorbante et de la prolonger dans toutes les directions, on a réalisé des conditions théoriquement analogues en remplaçant le chevelu radiculaire par la paroi poreuse et lisse d'un alcarazas ou d'un vase de pile plongé dans du sable humecté.
Le corps ligneux , soit dans les racines, soit dans la tige, montre d'abord des tubes de diverses formes et de diverses largeurs auxquels on attribue la propriété de transporter les gaz ou la sève descendante; il contient, en outre, des fibres serrées qui servent à élever l'eau : ce sont les seules parties du tissu qu'il importe d'imiter, et M. Jamin les remplace soit par du plâtre, soit par un corps poreux tassé quelconque, qui, remplissant l'alcarazas, s'élèvera ensuite I en une colonne unique représentant la tige du végétal. I Enfin , le tronc des arbres se subdivisé en rameaux ter* minés par des feuilles ou par Tépiderme; le tout constitue une ^norme surface extérieure. Pour simplifier cette disposition sans en altérer les conditions essentielles, on doit
résumer cet ensemble de surfaces par celle d*un autre alcarazas rempli de la même poudre tassée.
L'appareil est muni de manomètres échelonnés dans toute la hauteur; et le sable humide dans lequel il plongt est contenu dans un vase fermé dont on peut à chaque instant mesurer la pression.
Cet appareil fonctionne absolument comme un végétal. L'eau est puisée oans le sable et peut sélever à une hauteur équivalente à plusieurs atmosphères; arrivée à la surface supérieure, elle s*évapore constamment, et à mesure qu'elle disparaît elle est remplacée par celle que le sol cède continuellement. Aussi voit-on le sable se dessécher peu à peu et presque complètement, le mouvement d'absorption et d'évaporation se ralentir et même s'annuler, mais s'activer ou se reproduire aussitôt qu'on arrose l'appareil.
Lumière électrique, — M. Serrin a imaginé un appareil nouveau pour maintenir fixes dans l'espace les charbons qui produisent la lumière électrique. Cet appareil peut être comparé à une balance extrêmement sensible.
Réfraction, — M. Leroux s'est proposé de mesurer la déviation que font subir à la lumière des vapeurs qui, comme celles du mercure, du soufre, du phosphore et de l'arsenic, ne se développent en quantités appréciables qu'à des températures trés-élevées. Dulong avait trouvé pour le rapport de réfraction de l'oxygène 4,000272; pour l'hydrogène, 4 ,000138 ; pour l'azote, 4 ,000300 ; et pour le chlore, 1,000772. On sait que pour l'air on a 4,000294. 3f. Leroux trouve pour les vapeurs à saturation sous la pression atmosphérique ordinaire :
Soufre I,00i629
Phosphore 1,001364
Arsenic 1,00HU
Mercure 1,000556
Ce sont d'importants résultats auxquels, d'après la nature de ces substances, leurs poids atomiques et leurs diverses volatilités, ou était loin de s'attendre, surtout pour le mercure. .
Polarisation de la lumière. — Les modifications que subit la lumière qui frappe les particules des corps solides flottant dans l'atmosphère ont été étudiées par M. Govi, qui a reconnu que ces poussières polarisent la lumière qui se diffuse de toutes parts après les avoir frappées.
Du frottement. — M. Bochet a fait une nouvelle étude tout expérimentale sur le frottement. Voici deux résultats qu'il a obtenus, et qui montrent combien les lois données jusqu'à ce jour et obtenues dans des conditions nettement définies se trouvent modifiées dans la pratique; il a fait ses études avec le matériel des chemins de fer.
Voici les résultats de ces expériences dans ce qu'ils ont de plus saillant :
4^ Défaut de constance du frottement dans les mêmes circonstances pratiquement appréciables et définissables;
2'' Diminution du frottement à mesure que la vitesse augmente, toutes choses égales d'ailleurs, dans tous les cas, nombreux et variés, qui ont été examinés.
La suite à une autre livraison.