‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 10 sur 185 · ENTRE CIEL ET TERBE · texte numérisé non relu

ENTRE CIEL ET TERBE

AM^enslon d*uDe sainte. — D*aprcs H. Mûckf.

Sa vie lerresirc vient de s'éteindre dans une dernière prière. Quatre envoyés célestes sont descendus vers elle ; ils l'ont soulevée dans leurs bras, comme une sœur endormie ; et voilà qu'ils remportent doucement vers leur patrie.

La terre est déjà loin! on n'aperçoit plus que les palmiers les plus élevés et les lignes jaunâtres du désert. Le groupe céleste nage dans l'océan éihéré, monte toujours, cl va bientôt se perdre dans rinfmi des cieux.

Quelles sont les visions de l'âme dans cette ascension merveilleuse ? Garde-t-elle les derniers souvenirs des épreuves de la terre ? Entrevoit-elle les premières joies de son nouveau séjour, ou bien flotle-t-elle enirc ces deux vies, dont l'une vient de finir, sans que l'autre soit encore commencée ? L'œil cherche en vain ù le deviner sur ces traits oii l'extase se Confond avec la placidité de la mort. Nous pouvons alternativement tout imaginer et tout croire. Mystère ravissant de l'art qui ouvre un champ sans limite à la pensée , et qui permet à tous nos rêves de se glisser sous sa forme flollanle ! Une œuvre empreinte de poésie nous charme moins par les choses qu'elle nous fait comprendre que par celles qu'elle nous fait supposer : comprendre , c'est seulement recevoir ce qui nous vient' d'ailleurs ; supposer, c'est répandre au dehors ce que nous avons en nous-mêmes l Tout ce que l'art produit a , deux aspects : l'un visible pour tout le monde , Tautre que lai crée notre imagination. C'est ainsi qu'entre les lignes de chaque poème naît un autre poème inédit qui change scion le lecteur; sous l'expression de chaque image, une autre expression aperçue seulement de celui qui regarde ; au fond de chaque mélodie , un chant inconnu que chacun de nous entend et interprète selon son âme.

En contemplant celte céleste ascension , nous aussi nous avons fait notre rêve.

Cet ange , dont le regard caresse , s'appelle la Charité ; près de lui est l'Espérance , à la robe étoilée ; plus bas , la Justice, portant l'épée, avec l'ange de la Persévérance, ToMiXVI.— Jaktiir iSiS.

revêtu de la tuniqtie des voyageurs; et, fous quatre, réunis dans un fraternel elTort , emportent une âme choisie loin des arides déserts de Tégoîsme , vers les hautes régions du dévouement et de l'amour !

UN SECRET DE MÉDECIN

KOUVET.T.t.

(Suite. — Voy. p. », i3, 17.)

Rose ne put d'abord répondre que par des larmes. Le jeune homme lui demanda doucement pourquoi elle restait ainsi dehors, et l'engagea à braver l'impression douloureuse qu'elle devait éprouver en rentrant.

— L'aflliction ressemble à nos amers breuvages, dit-Il : le mieux est de la boire d'un seul trait ; les pauses et les retards multiplient la douleur en la divisant.

— Pardon, monsieur, dit Rose à demi-voix , ce n'est point par ménagement pour mon chagrin que je reste ici ; mais si j'entrais, j'aurais peur de gêner les parents.

-:- Ils sont donc venus? demanda le jeune homme.

— Avec M. Leblanc

— L'ancien notaire condamné pour escroquerie ?

— Prenez garde, il peut vous entendre 1

Fotirnier jeta un regard dans l'intérieur, et vit le cousin Tricot et sa femme occupés à vider les armoires.

— Dieu me pardonne 1 ils prennent tout I s'écria-t-il.

— Ils en ont le droit , répliqua Rose doucement.

— C'est ce qu'il faut savoir, reprit Fournier en frandilssant vivement le seuil.

L'ex-uotaire, qui triait les papiers d*un grand portefeuille trouvé dans l'armoire du défunt, se retourna.

— Arrêtez , monsieur, s'écria le jeune homme ; ce n'est point à vous d'examiner ces titres 1 .r^ .-^ rx ■ ^

— Pourquoi cela? demanda M. Leblanc.

— Parce qu'ils peuvent intéresser la succession du mort.

— Eh bien , pardieu ! la succession , c'est-il pas à nous qu'elle revient ? s'écria Tricot.

— Qu'en savez- vous? répliqua Fournier; le père î)uret peut avoir laissé un testament.

— Un testament ! répétèrent le paysan et sa femnie, eii se regardant avec clTroi.

— Monsieur en serait-il dépositaire? demanda Leblanc d*un ton doucereux.

— Je ne dis point Cela , reprit le rtlédeclrt ; màiê le défunt m'a positivement déclaré à cet égard son Intention.

— Et monsieur devait sans doute Ctre son légataire? demanda Leblanc avec la même politesse ironique.

Le médecin rougit.

— Il n« s'agit point de Woî ^ tnonsleur, l-épliqua-t-ll avec Impatience, tnais de la nilcule do pbte Duret.

— Ah ! c'est pour Rose < Inlerroniplt PcrMne Tricot d'tine voix criarde ; le bourgeois est donc son lurent pour prendre comme ça ses Intérêts ?

— Je suis son ami, madaitlë.

Les deux Tricot l'interrompirent par un grossier éclat de rire.

— Alors monsieur a sans doute sa procuration ? objecta Leblanc.

— J'ai la résolution arrêtée de faire respecter ses droits par tous les moyens en mon poutoir, dit Fournier, qui évita de répondre directement ; bien qu'étranger à l'étude des lois, je sais « monsieur, qu'elles ordonnent , dans le cas où vous vous trotivez , certaines formalités protectrices dont nul ne petft S'affranchir. Avant d'entrer en possession de l'héritage du itiort, 11 fadt satdir s'il vous appartient.

— Et si nous le prenons provisoirement? fit observer M. Leblanc, qui continuait à parcourir lés papiers du portefeuille.

— Alors on pourra vous demander compte de la violation de la loi.

— Au moyen d'un procès , n'est-ce pas? Mais un procès coûte cher, monsieur le docteur, et votre protégée aurait, je crois , quelque peine ù payer les frais de timbre , de procédure, d'enregistrement!

— C'est-à-dire que vous abusez de sa pauvreté pour attenter à ses droits 1 s'écria Fournier indigné.

— Nous en usons seulement pour sauvegarder les nôtres, répondit tranquillement M. Leblanc.

— Eh bien, alors, c'est moi qui exige l'exécution de la loi ! reprit le jeune homme avec énergie. Le défunt a reçu de moi des soins, des remèdes, des secours de tous genres ; comme créancier de la succession , je demande que le payement de la dette soit garanti , et je réclame pour cela l'apposition des scellés.

Ici les époux Tricot, qui déjà vingt fois avaient voulu s'entremettre, poussèrent les hauts cris... M. Leblanc les apaisa d'un geste.

— Soit, dit-il, en se tournant, avec un sourire, vers le jeune homme ; monsieur le docteur est alors en mesiire de nous prouver la légitimité de sa créance? 11 peut nous présenter ses livres pour les visites , des reçus pour les secours , une preuve écrite pour les remèdes?...

— Monsieur, dit Fournier embarrassé , un médecin ne prend point de telles précautions avec ses malades ; mais vous pouvez interroger mademoiselle llose...

— C'est juste, reprit Leblanc en souriant, vous témoignez pour elle, elle témoignera pour vous; ce n'est qu'une juste réciprocité. Malheureusement les tribunaux ne se laissent point conduire par les élans de sympathie ou de reconnaissance , et jusqu'à ce que monsieur le docteur ait régulièrement établi ses droits, il voudra bien nous permettre d'exercer ceux que nous tenons de la parenté.

— Oui, s'écria Tricot , dont la colère jusqu'alors réprimée

n'avait fait que grossir ; et puisque le bourgeois aime tes proci'S, on lui fournira l'étoffe de quelques petits l

— A lui et à sa protégée ! ajouta Perri§e.

— On leur demandera , par exemple , à tous deux , où le cousin Duret a placé ses économies.

— Ce qu'il a fait de son argenterie ; car il en avait , je l'ai vue.

— Et comme ils étaient seuls à la maison quand le cousin a tourné l'œil...

— Faudra bien qu'ils rendent ce qui manque.

— Misérables ! s'écria Fournier hors de lui à ce soupçon infâme, et voulant s'élancer vers Tricot, la main levée.

Rose, qui venait d'entrer^ Se jeta à sa rencontre.

— Laisse-le, laisse-le! cria Tricot, qui s'était armé d'une pelle rencontrée là par hasard} ça fait plaisir de passer au bleu les peaux de bourgeois et d'époasseter la doublure des draps fins; fattt |)as le contrarier.

— Et prends garde à tol-ifiême, intrigante! ajouta Perrine en menaçant du pding la jeune fille ; si tu tombes jamais sous ma coupe« ta en auras les marques I

— Oh! tenez, au rtom de Dieu! murmura Rose, qui s'efforçait d'entraîner le tnédecin.

Celui-ci hésita un instant; mais, redevenant enfin maître de lui-même, il jeta un regard de mépris à ses insulteurs, et suivit la jeune fille hors de la masure.

Ce fut seulement à la porte du pavillon que tous deux s'arrêtèrent. Uose joignit les mains, et, levant vers Fournier ses yeux rougis par les larmes :

— Oh ! pardon , monsieur, dit-elle , de ce que vous avex enduré pour mol ; pardon et merci I Une pantre tille contrtte je suis n'a jamais chance de reconnaître les services qu'on lui rend ; mais du moins soyez sûr que je me les rappellerai aussi longtemps que je dois vivre.

— Et qu'allez- vous devenir maintenant. Rose? demanda le jeune homme attendri. . .

— Je ne sais pas encore, monsieur, répondit-elle : aujourd'hui je suis triste, je ne puis penser à rien. Je veux me donner jusqu'à demain pour reprendre courage. lia mercière me recevra bien pour cette nuit... et après... eli bien , après.,. Dieu me restera !

Fournier lui prit la main en silence; elle répondit faiblement à son étreinte , lui dit adieu d'une voix basse , et sortit.

Le cœur du jeune homme était gros d'indignation. Remonté chez lui , il se mit à parcourir sa chambre d'un pas agité, il se demandait en vain par quel moyen il pourrait secourir celte pauvre abandonnée qui venait de le quitter. Si le père Duret avait véritablement laissé un testament , nul doute que M. Leblanc et les Tricot ne l'eussent supprimé ; mais comment prouver cette suppression ? D'un autre côlé , le testament pouvait avoir échappé jusqu'alors aux recherches des intéressés ; car les paroles du mourant permettaient de croire qu'il l'avait caché. Il s'était vanté d'avoir fait la part de Rose, avait recommandé de chercher... Mais là s'étaient arrêtées ses révélations ; la mort ne lui avait point permis d'en dire davantage.

Le jeune homme, échauffe par une sorte de fièvre, se perdait en suppositions. Le .soir était venu , cl , le front appuyé sur la vitre , comme au commencement de ce récit , il avait vu les cousins du mort et leur conseiller sortir avec les papiers et les objets les plus précieux. Il promenait les yeux au hasard sur la masure abandonnée, la cour déserte et le jardin en friche , lorsqu'ils s'arrêtèrent tout à coup sur un puits en ruines placé à l'extrémité de ce dernier et adossé à un mur qu'ornaient encore les débris d'une corniche. Cette vue lui rappela subitement les derniers mots prononcés par le père Duret : Jardin,,, derrière le puits,,, chapiteau,.. Ce fut pour lui comme un trait de lumière ! Là devait être le secret du mort ! Animé d'une de ces confiances subites qui ressemblent à l'inspiration, il descendit vivenp^^t^pi^ la

cour, ouvrit , après quelques efforts , la porte du jardin , et arriva près du puits.

La mardelle à demi écroulée laissait voir, de loin en loin » de larges crevasses remplies de plâtras brisés qu'il examina d*abord et s'efforça de sonder sans rien découvrir. L'arrière du puits , sous le fragment de chapiteau qui avait autrefois soutenu la corniche , était précisément le seul endroit qui ne présentât aucun vide ; la pierre de taille , solidement calée , avait gardé tout son aplomb. Après avoir tomné deux ou trois fois autour de Porifice du puits, s'être penché pour en examiner le dedans et le dehors , Fournier eut honte de sa crédidilé. Gomment avait-il pu s'arrêter à cette idée romanesque de dépôt caché dans un vieux mur, et prendre pour une indication les derniers mots balbutiés par un mourant? Il haussa les épaules , jeta vers le puits un dernier regard de désappointement, et reprit le chemin du pavillon.

G'pendant , malgré tout , son esprit conservait un doute involontaire. Près de quitter le jardin, il se retourna, et aperçut de nouveau le puits, le mur, le chapiteau!

— C'est bien pourtant le lieu désigné par le père Duret, se dit-il. Mais près du mur il n'y a rien ; la pierre de la mardelle est h sa place...

Ici il s'arrêta brusquement.

— Au fait , pensa- t-il , pourquoi est-elle la seule qui soit restée solidement scellée ?

Cette simple réflexion lui fit rebrousser chemin. Il examina de nouveau avec plus d'attention la pierre taillée, s'aperçut qu'elle avait été récemment consolidée par de moindres cailloux, et que Ton avait rempli de terre les interstices. 11 s'efforça de l'ébranler en arracliant ces légers points d'appui, réussit à lui faire perdre son aplomb et enfin à la déplacer. Un vide assez grand apparut alors dans la maçonnerie, cl il en relira avec de grands efforts un coffret cerclé de fer.

Après l'avoir dégagé , comme il le relirait à lui , le coffret glissa à terre et fil entendre un tintement qui en révélait suffisamment le contenu. Fournier, saisi d'une sorte de vertige, remplit de terre et de cailloux la crevasse qui avait servi de cachette , replaça le mieux possible la pierre de la mardelle, el, réunissant toutes ses forces, transporta chez lui la précieuse cas«elte.

Arrivé à sa chambre, il la déposa à terre et essaya de l'ou- Trir ; mais elle élait fermée d'une serrure solide dont 11 n'a- Tail point la clef. Après plusieurs tentatives inutiles, il s'assit, les regards fixés sur le coffret et se mil à réflécliir.

Que devait-il faire de ce trésor tombé dans ses mains par hasard ? L'idée de se l'approprier ne traversa même point sa pensée; mais â qui devait-il le remettre? La loi lui désignait les Tricot , la justice naturelle et son Inclination lui indiquaient Hose. Évidemment ce devait être ]h celle part faite poiir elle par son parrain, ainsi qu'il l'avait déclaré lui-même au moment de mourir. Sa dernière volonté clairement exprimée avait été de soustraire son hérilage à l'avidité du cousin afin d'en doter celle qui lui avait tenu lieu de fille. Le temps seul lui avait manqué pour donner à ce désir une forme authrnlique; peut-être même l'avait-il donnée : car savaiton ce qui s'était passé dans celle prise de possession prémarée du cousin? Le testament du père Duret avait pu être découvert et détruit par maître Leblanc Une lelje violation de droits , très-probable , sinon constatée , ne justifiait-elle pas toutes les représailles? Puisqu'on avait violé la justice pour dépouiller Rose , lîose ne pouvait- elle combattre avec les mêmes armes? I^ héritiers avaienl voulu substituer au partage loyal une sorte de pillage où chacun ferait main basse sur ce qu'il pourrait saisir; on avait droit d'accepter l'exemple donné par eux-mêmes et de se conduire comme ils s'étalent conduits.

Quelque convaincantes que ces raisons parussent au jeune médecin , il résolut d'attendre jusqu'au lendemain avant de se décider. 0»oi qu'il pili se dire , en effet , quelque chose muimurait en lui. 11 senlail coufusémout qu'il substiluail sa

propre justice à celle de la société , et qu'il sortait du domaine de la loi par cette dangereuse porte de la sensation et de la préférence ! Malgré lui, son bon sens lui criait que chaque homme n'avait point droit d'arranger le devoir selon ses convenances , de compenser les fautes des autres par ses propres fautes, et de faire des grandes règles imposées à tous * une sofrtc 4'ordonnance provisoire dont il pouvait à volonté effacer OM modifier les articles.

La nuit se passa ainsi dans des alternatives de décisions el de scrupule^ qui l'empêchèrent de dormir.

La fin à la prochaine livraison.

pe ^'INSTRUCTION PAR LES JOUJOUX.

« Je suis persuadé , a dit Dumarsais dans son livre De$ IropeSt Qu'il ^ lait plus de figures ( de rhétoriqtie ) un jour de marcM, à la halle, qu'il ne s'en fait en plusieurs jours d'asseoM)lées académiques. » Ne pourrait-on pas dire aussi qu'il se déploie chaque jour, dans |es ateliers et jusque dans l'intérieur des ménages, plus de force d'invention, plus d'esprit, dans l'agencement d'une foule d'accessoires et d'opérations de technie ou d'économie domestique , que dans beaucoup de séances de sociétés savantes? Nous avons toujours été vivement frappé , pour notre compte , de l'esprit qui a présidé à la conception et à l'exécution des jouets que nous voyons entre les mains de nos enfants : ce n'est assurément pas là que les inventeurs et les artisans dépensent le moins d'imagination , le moins d'habileté. Or, les jeux de l'enfance ont parfois sur les études de la jeunesse, sur le travail même de l'âge mûr, une influence dont on ne peut douter, el que cent exemples mettraient en lumière. Il est à remarquer aussi que certaines inventions , desquelles dérivent des appareils employés cliaque jour pour le besoUi des arts, se sont d'aboixl produites sous la forme de simples Jouets, paraissant avoir un but de divertissement plutôt que d'utilité. C'est ainsi que la force motrice de la vapeur, que nous avons vue opérer, de nos jours, une véritable révolution dans l'industrie, fut primitivement employée par les Grecs ( voy. \SU7, p. 378) à faire danser de petites balles et à faire tourner un globe creux. La poudre â canon servit d'abord, en Orient, à des feux d'artifice; el , au dire de Roger Bacon, en Europe, les enfants s'amusaient de ce mélange explosif deux cents ans environ avant que les bouches à feu fussent employées. Nous pourrions multiplier les citations de ce genre ; mais nous en avons assez dit pour que nos lecteurs nous permettent d'aborder (U) sujet eu apparence si frivole.

Ce ne sera pas, du reste, la première fois que le Magasin ouvrira ses colonnes à une description de ce genre. Sans compter les jeux ( voy. les Tables des matières, cl notamment la Table générale des dix premières années ) , nous avons déjà rattaché à des principes de géométrie et d'optique deux jouet^ fort agréables et fort appréciés des enfants. (Voy. le Jeu du parquet, 18/t3, p. 182; et le Phénakislieope, même année, p. 120.)

Les trois petits appareils dont nous allons donner la descripdon n'ont rien de compliqué dans leur mécanisme. On n'y met en jeu aucune force dont la nature soit bien difficile à découvrir, ou dont l'usage paraisse devoir s'introduire dans l'Industrie ; mais ils paraissent du nombre de ceux qui ont été conçus avec esprit , et nous appliquerions volontiers , même au plus simple des trois, le ridendo docet.

Les cabrioles du pantin. — La fig. i représcnie le jKinlin dans sa cage de verre. 11 suHlt de faire tourner lentement de droite à gauclie, dans le sens Indiqué par les flèches, el de poser d'aplomb la l>oIte qui renferme tout le mécanisme, pour voir le pantin effectuer sa rotation autour de J'axe horizontal qu'il entoure de ses deux mains. Los articulations qui réunissent ses membres donnent lieu à divers incidents. 1^ rotation s'opère tunlùt dans un sens, lautût dans un autre ; l«>s ^

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jambes vont Tune de ci, l'autre de là ; les culbutes allerncnl; tout le corps se disloque et se rassemble alternativement , avec force contorsions comiques.

Fig. I. Vue extérieure.

La fig. 2, qui représente Tintérieur de la botte vu du côté opposé à celui de la fig. 1 , donne le secret de ces mouvements, dus à une chute de sable. On connaissait depuis longtemps des jouets de cette espèce, où le sable , placé dans un réservoir supérieur, met en mouvement, parla force du choc, certaines parties mobiles d*nne scène d'intérieur, d'un paysage , etc. Ce qu'il y a d'ingénieux dans notre joujou , c'est

Fig. a. Vue intérieure.

que la cloison AB est disposée de telle sorte que la révolution complète opérée dans le sens des flèches des fig. i et 2 amène successivement le sable fin , cause du mouvement , dans la trémie T. Cette trémie est munie d'une première ouverture au-dessus de A, pour recevoir le sable; une seconde ouvcrtirrc beaucoup plus petite 0, placée à la partie inférieure de la trémie , laisse tomber le sable sur une roue à augcts , di-

rectement au-dessus de l'axe de rotation de la roue. L'axe de rotation fait corps avec la roue ; c'est un fil de fer dont les extrémités tournent dans de petits trous percés au milieu de plaques métalliques. C'est sur cet axe , prolongé de l'autre côté d'une cloison qui dérobe le mécanisme à la vue du spectateur, que sont fixés les poignets du pantin. La position symétrique de la trémie des deux côtés d'un plan vertical passant par le centre de la roue et perpendiculaire ù cette roue, fait concevoir que, suivant le côté vers lequel le sable tombe en plus grande abondance, la rotation s'opère tantôt dans un sens , tantôt dans un autre. Lorsque la trémie est presque vide, les augcts supériems de la roue sont encore poussés par le poids du sable qu'ils contiennent déjà : de là un état d'équilibre instable, qui produit les mouvements de rotation alternatifs et les contorsions comiques du personnage.

Les promenades de la 5ourw.—- Voici un jouet d'un effet vraiment curieux , et qui a certainement amusé des enfants de tout âge ; ce qui, soit dit en passant, a lieu pour beaucoup d'autres joujoux.

On voit dans la fig. 3 une souris de carton placée sur une petite plate-forme au-devant d'une maison. Celte souris, assise sur une plaque en fer ou en acier détrempé , n'est que

Fig. 3. Vue d'ensemble.

posée sur la plate-forme. Aucime rainure , aucun rouage 'n'existe là pour établir communication directe entre la souris et la main de l'opérateur. Cependant, dès que l'on fait avancer ou reculer le tiroir T dans sa coulisse , la souris s'agite , et, avec des mouvements saccadés qui rappellent à s'y méprendre ceux de l'animal vivant, elle se meut drculaircment sous l'inHuence du tiroir, entre par une des portes P dans la maisonnette placée au bout de la plate-forme, sort par l'autre porte P', et ne cesse de remuer que lorsque le tiroir luimême est en repos dans sa coulisse.

Le secret n'est pas encore compliqué dans ce cas : on se doute bien qu'il s'agit d'attraction magnétique. En effet , si nous enlevons la plate-forme qui cache l'intérieur du soubassement, nous y verrons (fig. /i et 5) un aimant M, fixé sur un disque de bois D. Ce disque est mobile autour d*un axe vertical, et fait corps avec un petit tambour ou cylindre C. L'axe commun au disque et au tambour est un simple clou fixé an fond de la botte en F. Une ficelle //*, attachée par ses bouts à des taquets qui font corps avec le fond du tiroir, est enroulée autour du tambour, comme le représente, à une plus grande échelle, la figure 6; de manière que le mouvement de va-et-vient du tiroir se transforme en un mouvement cir-

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culaire alternatif pour le disque D et pour Taimant M qu'il porte. Or on sait que Tinfluence magnétique s'exerce à distance. La souris, posée sur le plateau, suivra donc, en glissant, les pôles de Taimant qui l'attire , et tournera tantôt dans un sens , tantôt dans l'autre.

Mg. 4. Plan moiitraut le mêcaiiisiiic intérieur.

Fîg. 5. Coupi: du mccanisme suivant AB.

FJg. 6. Détail de la communication de mouvemenr.

Le saulriaut. — Ce jouet n'est pas nouveau. Montucla l'a décrit en 1778 dans ses Récréations malhémaliques , en annonçant qu'on avait apporté des Indos, quelques années auparavant, cette petite machine qu'il trouve fort ingénieusement imaginée.

Fig. 7. Coupe longitudinale de la boite.

La figure 7 représente, au quart de grandeur naturelle, une coupe verticale de la botte dans laquelle est contenu tout l'appareil. Lorsqu'on veut s'en amuser, on sort le tiroir T de sa coulisse , on y prend le personnage qui y est couché , on place ce tiroir de manière que la partie ABsoit en dehors de la paroi verticale AG, on retourne la portion mobile du couvercle EF, de maniiîre que DE soit placé à l'extérieur de la boite au lieu d'être à Tintérieur. En un mot, on dispose la

boite de telle sorte que ses différentes parties forment trois échelons successifs, comme le représente la figure 8. Plaçant alors les pieds du saulriaut entre deux repères fixés sur le degré supérieur DE, et la face tournée vers le haut, on le lûche, et on le voit immédiatement basculer, prendre diverses positions dont notre figure 8 représente quelquesunes, et ne s'arrêter qu'au moment où 11 n'a plus d'échelons à descendre.

Fig. 8. lllcvation de roté représeutniit diverses plia.scs du mouvement.

Tout le secret consiste Ici dans la structure Intérieure du corps du personnage. La figure 9 représente la coupe de ce

Fig. 9. Siructure intérieure du corps.

corps. C'est une boite en bois léger, aux deux extrémités de laquelle sont deux réceptacles fei g^ communiquant entre eux par deux canaux /"F, G^, dont les origines sont placées respectivement au-dessus et au-dessous des centres des réceptacles. G et D sont deux axes autour desquels doivent tourner les bras et les jambes. Un des réceptacles étant à peu près rempli de vif-argent (mercure liquide), on bouche l'ouverture par laquelle ce métal a été introduit, on articule les bras et les jambes autour des cheviliettes D et C, on fixe une tête en carton creux, et on achève rbabillement du mannequin.

Cela posé, concevons d'abord le personnage posé debout sur ses jambes, comme on le voit dans le haut de la figure 8. Le mercure étant descendu dans le réceptacle G, et étant placé à gauche de l'axe de rotation des jambes, tendra à se placer dans le plan vertical qui passe par cet axe. 11 y aura donc mouvement de gauche à droite dans le bas de la figure, et, par conséquent, de droite à gauche dans le haut. Le mannequin trébuche donc et se renverse en arrière ; mais ses bras restent verticaux, et quand ils sont appuyés, comme ils sont plus courts que les jambes, le mercure coule du réceptacle G dans le réceptacle D. 11 joue 15 le môme rôle que tout |i l'heure, c'est-à-dire que, se trouvant placé à gauche de l'akfeC de roution, il fait basculer la partie Dde gauche à droite, let

détermine une révolution complète , au bout de laquelle le mannequin se trouve sur le deuxième échelon , précisément dans la position où il était sur le premier.

Pour que le Jeu de Papparèil soit tout à fait satisfaisant, il y a plusieurs conditions à remplir. D'abord le poids de la partie inférieure du corps doit être peu considérable relativement & celui du mercure , sans quoi , dans la seconde position, le mercure n*agirait pas avec assez de force pour vaincre Tinertie de la masse qu'il doit soulever; ensuite, puisqu'il doit exister une certaine différence de longueur entrç les bras et les jambes , les échelons sont aussi assujettis à une certaine hauteur minimum , afin que les canaux qui font passer le mercure d'un compartiment dans un autre soient suffisamment inclinés. Si celle hauteur était précisément égale à la différence de longueur dont nous venons de parler, les canaux par lesquels se fait l'écoulement seraient horizontaux dans la troisième position du sautriaut. Pour qu'ils prennent , dans cette position , une inclinaison égale à celle qu'ils ont dans la seconde , il faut que la hauteur des échelons soit précisément double de la différence de longueur entre les jambes et les bras.

Il y a encore quelques petits détails de construction auxquels il faut prendre garde. Premièrement , il faut que les jambes rencontrent un arrêt qui ne leur permette pas de tourner davantage lorsqu'elles sont arrivées au point où la figure, après s'être renversée, repose sur elles, ce qui se fait au moyen de deux petites chevilles qui rencontrent la partie supérieure de ces jambes ; il faut ensuite que , tandis que la figure se relève sur ses jambes, les bras fassent sur leur axe une demi-révolution, pour se présenter perpendiculairement à l'horizon , et d'une manière stable , lorsque la figure est renversée en arrière. On remplit cette condition en garnissant les bras de la figure de deux petites poulies concentriques à l'axe du mouvement de ces bras, alentour desq^uelles 8'enroulent deux fils de soie qui se réunissent sous le ventre de la figure et vont s'attacher à une petite traverse qui joint la cuisse vers leur milieu , ce qui contribue à leur stabilité. On allonge ou on raccourcit ces fils jusqu'à ce que cette d£mi-révolution des bras s'accomplisse exactement et que la figure posée sur les quatre supports , la face en haut ou en bas, ne vacille point, ce qu'elle ferait si ces supports n'étaient pas liés ensemble de cette manière cl si les grands ne rencontraient pas un arrêt qui les empêche de s'incliner davantage.

Sera-t-il nécessaire maintenant d'insister sur ce que de simples joujoux peuvent présenter d'instructif au point de vue de l'enseignement élémentaire? Ne peut-on pas, à propos du premier de nos petits appareils, exposer les principes de l'écoulement des liquides, de la construction des roues hydrauliques? parler, en montrant le second, du magnétisme terrestre , de l'aiguiUe aimantée , des tentatives faites pour l'emploi de moteurs électro-magnéUques , et des transformations des mouvements dans les machines? expliquer, avec le troisième, les conditions de Téquilibre, les différences entre l'équUibre stable et l'équilibre instable , les lois de la rotation des corps autour d'axes mobiles , etc. ? Voilà, en un mot, presque un cours de physique, de mécanique théorique cl de mécanique appliquée , à propas de quelques joujoux sortis des fabriques de la ForcH-Noire. Que de choses dans une bagatelle !

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