‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 11 sur 185 · DES NOMS DE GAVLE ET DE FRANCE · texte numérisé non relu

DES NOMS DE GAVLE ET DE FRANCE

Ce serait forcer les choses que do penser que la l'Vancc , sous l'ancienne monarchie, ail M exactement divisée en deux races, la race des l'rancs formant la noblesse, et celle des Gaulois formant le peuple : tant de siècles n'avaient pu s'écouler depuis la conqnéle san-i que lu race conquérante se

fill fondue plus ou moins dans la race conquise. Il y avait avant l'arrivée des Francs, des seigneurs gaulois qui ne perdirent nullement leurs privilèges sous l'empire des nouveaux venus, tandis que d'autre part il s'en faut que tous les Francs soient devenus ou restés deâ seigneurs. Cependant, en somme, à considérer les choses, non dans la zone moyenne, mais dans les extrêmes , une telle division n'était pas tout à fait sans fondement. Les rois et les plus hautes familles féodales liraient origine de la Germanie , au lieu que le bas peuple des campagnes ne pouvait se rapporter à une autre souche que la gauloise , qui se perpétuait visiblement en lui. Gomme l'on juge plus ordinairement par les extrêmes, attendu que Ton en tire toujours' des conclusions plus précises et mieux formulées , il était donc tout naturel que l'idée de la dualité prévalût.

Klen ne pouvait être plus propre qu'une telle idée à sceller l'opposition des deux classes. Il semblait que ce filt une de ces divisions éternelles qui sont fondées, non sur des événemens ou des conventions, mais sur la nature même. Si la classe supérieure devait en tirer des motifs d'orgueil et de méprisa l'égard de la classe inférieure, celle-ci devait, de son côté , en tirer une invincible tendance à ressaisir la primitive indépendance de ses pères. Autant le premier de ces deux sentiments avait ajouté à la roideur de la noblesse sous l'ancien régime, autant le second devait aider l'essor du peuple dans la révolution. En se délivrant des derniers restes de la féodalité, il ne se délivrait pas seulement d'une institution odieuse, il se délivrait d'une race d'étrangers insolents et oppresseurs. Ce point de vue, pourvu qu'on ne l'exagère pas , n'est pas sans valeur dans riiistoire de la révolution. Peu importe même qu'il fût rigoureusement fondé; il suffisait qu'il fût d'accord d'une manière générale avec les faits, et surtout qu'il fût accrédité. C'est sur quoi il ne peut exister aucun doute, tant on y compte de témoignages. Celui de Sieyes, dans sa fameuse brochure du Tien état, serait assez. Rien n'est plus net : si les droits de l'aristocratie sont fondés sur la conquête, que le peuple conquis, devenu aujourd'hui plus fort que ses maîtres, défasse cette conquête et revienne à l'ordre primitif de ses ancêtres, tout sera dit.

« Que si les aristocrates, dit Sieyes, entreprennent de retenir le peuple dans l'oppression , il osera demander à quel titre. Si l'on répond à titre de conquête, il faut en convenir, ce sera vouloir remonter un peu haut. Mais le Tiers ne doit pas craindre de remonter dans les temps passés ; il se reportera à Tannée qui a précédé la conquête; et puisqu'il est aujourd'hui assez fort pour ne pas se laisser conquérir, sa résistance sans doute sera plus efficace. Pourquoi ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d'être issues de la race des conquérants et d'avoir succédé à des droits de conquête? La nation, alors épurée, pourra se consoler, je pense, d'être réduite à ne se plus croire composée que de descendants des Gaulois et des llomains. En vérité, si l'on tient tant à vouloir distinguer naissance et naissance , ne pourrait-on pas révéler à nos pauvres concitoyens que colle qu'on tire des Gaulois et des Romains vaut au moins autant que celle qui viendrait des Sicambres , des Welches, et autres sauvages sortis des bois et des marais de Tancicnne Germartie ? Oui , dira-l-on ; mais la conquête a dérangé tous les rapports, et la noblesse de naissance a passé du côté des conquérants. Eli bien I il faut la faire repasser de l'autre côté; le Tiers redeviondra noble en devenant conquérant à sou tour. »

Voilà le langage du commencement de la révolution, grand, noble, maître de soi : voici, sur le même sujet, celui du milieu de la tournieule ; les prémisses ont été posées, on en déduit les conséquences. C'est une cnquèlc, signée Ducalle, pour obtenir de la Convention nationale la resliluliou du nom de Gaule au lieu de celui de i'Yiince : l'original se trouve dans les archives de riiôtol de ville.

« Gitoyens administrateurs , jusques à quand soulTrlrczvouii que nous portions Tinfâme nom de Français? Tout ce que la démence a de faiblesse , tout ce que Tabsurdité a de côntj^irc à la raison, tout ce que la turpitude a de bassesse, ne me semble pas comparable à notre manie de nous honorer de ce nom. Quoi I une troupe de brigands vient nous ravir tous nos biens, nous soumet à ses lois, nous réduit ù la servitude , et pendant quatorze siècles ne s'attache qu'à nous priver de toutes les ressources nécessaires à la vie et à nous accabler d'outrages ; et lorsque nous brisons enfin nos fers'et qu'ils dédaignent la qualité de frères , nous avons encore l'extravagante bassesse de vouloir nous appeler comme eux ! Sommes-nous donc descendus de leur sang impur? A Dieu ne plaise , citoyens; nous sommes du sang pur des Gaulois. Chose plus qu'étonnante I Paris est une pépinière de savants, Paris a fait la révolution , et pas un seul de ses savants n'a encore daigné nous instruire de notre origine, quelque intérêt que nous ayons à la connaître !... C'est chez vous, citoyens administrateurs, que je viens chercher cet appui. SoulTrirezvous que les Parisiens n'aient fait If révolution que pour faire honneur de leur courage à nos plus grands , à nos seuls ennemis de quatorze siècles, aux bourreaux de nos ancêtres et à nos oppresseurs? Non sans doute ; vous les instruirez qu'ils ne sont point de cette race abominable qui ne s'est jamais distinguée que par ses crimes , surtout contre nous , et vous concourrez avec moi à obtenir de la Convention nationale qu'elle nous rende le nom de Gaulois. »

La nation , bien que débarrassée du joug de ceux qui lui avaient fait prendre le nom de France ^ n'est cependant pas revenue au nom de Gaule. C'est un nom qu'elle n'avait , en quelque sorte , jamais porté. L'antiquité avait connu divers États formés par des peuples qu'elle nommait lesTraulois ; elle avait connu une région physique occupée par ces États, et elle lui avait donné le nom de Gaule ; mais elle n'avait jamais connu sur ce territoire une nation compacte, se sentant une et indivisible , car ce n'est que sous le régime des Francs et par l'action de leur monarchie que ce résultat s'est définitivement accompli Si nous nous considérons dans notre race, nous sommes Gaulois et nous pouvons justement nous en faire honneur ; si nous nous considérons dans notre condition politique, nous sommes Français ; car bien que nous n'ayons rien de ce sang germanique , c'est sous son influence que de divisés que nous étions à l'origine nous nous sommes coagulés en une seule masse qui est lA France. Que ce soit donc là le nom de notre drapeatl* puiscjtlë c'est là notre salut et notre fiMTce.

AËD-EL-KAt)En.

CW la volonté des siens qui tiil a donné argent ,

armes, chevaux 4 soldats, comme elle lui donna le pouvoir absolu bien avant cette paix (de la Tafna). Français, je désire sa chute, puisque la lulte s'est renouvelée; ma conduite ml- ^ lilaire répond de ma parole. Mais AM-el-Kader est Thommc de l'histoire ; elle ne saura plus l'oublier : elle redlitt son nom ; elle le peindra sans canons, sans arsenaux, sans trésor, usant pendant de longues années des armées immenses , braves, bien munies, incessamment renouvelées ; et lorsque ce nom lui rappellera les chtîfs qui tentent aujourd'hui la gloire en s'acharnant à sa perle , peut-être inscrira-t-elle en regard ce jugement de Napoléon : a Si la gloire de César n'était fondée que sur la guerre des Gaules, elle serait problématique. Que peut la bravoure privée de ta science militaire contre une armée de ligne disciplinée et constituée tomme l'armée romaine? » Elle absoudra Abd-el-Kader de ses exécutions rigoureuses : les peuples combattant pour leur liberté n'ont-ils pas toujours voué leurs déserteurs à la mort? — Pauvre enfant du désert! n'ayant pour richesse que ton Koran, ton chapelet et ton cheval, pour armes que ton génie et ta parole, lu toml)eras peut-(^lre comme le haut palmier

sous l'effort du simounn ; mais les générations futures exalteront ton nom ! malheur au cœur qui ne saurait bénir les martyrs de la liberté î Oh ! que Byron n'esl-il encore de ce monde î sa harpe vigoureuse eût vibré par les échos de ton nom, et tu pourrais mourir consolé comme les héros de Fingal ; car tu eusses entendu ta gloire éternisée dans les chants du barde. Tombe , si la Providence l'u prescrit dans son impénétrable sagesse , mais ne désespère point du souvenir éternel ; la Providence ne défend point de te plaindre. Le général Duvivier , Quatorze ob$ervation$ sur l'Algérie,

La nature semble , en la naissance de l'or, avoir aucunement présagé la misère de ceux qui le devroient aimer ; car elle a fait qu'es terres où il croît il ne vient ni herbes , ni plantes , ni autre chose qui vaille , comme nous annonçant qu'os esprits où le désir de ce métal naîtra, il ne demeurera aucune scintille d'honneur ni de vertu.

Charron , De la sagesse.

L'OiE DU CANADA ET L'OIE D'EGYPTE.

Nous avons figuré, p. 2/i, deux oiseaux qui, placés par la nature dans des contrées et sous des cUmats très-divers, sont destinés à se rencontrer très-prochainement sur nos bassins de luxe, et un peu plus tard, dans nos basses cours : l'Oie du Canada ou Oie à collier, et l'Oie d'Egypte ou Bernache armée.

Ce sont, comme on le voit, deux espèces empruntées à un genre qttl a fourni à l'homme , de temps immémorial , l'un de ses oiseaux alimentaires les plus précieux par la facilité avec laquelle il» se nourrissent et se multiplient , par l'excellence de leur chair, et l'utilité de plusieurs de leurs produits: par exemple , letir duvet , qui est l'édrcdôn du pauvre , et leurs plumes dtall'es , dont l'art , qu'il retoiire à l'emploi du fer, de l'or, dd verre , imite si difficilement la souplesse. On ignore entièrement l'époque de la domestication de l'Oie commune ; il est seulement permb d'affirmer que cette domestication est très-ancienne , sans l'être autant que celle de la Poule et du Pigeon. Nous ajouterons (|ue l'Oie est du trèspetit nombre des anlmaui dottiesfiques que Ton doit regarder comme originaires de l'Europe : l'espèce sauvage dont elle provient est en effet européenne, et ses passages, au printemps et à l'automne , ont fixé l'attedtlod des personnes les plus étrangères à la science.

Il y a plusieurs siècles déjà qu'une autre espèce d'Oie est venue se placer en Europe près de l'Oie commune : c'est l'Oie de ChinCf plus connue en France sous le nom fort impropre d'Oie de Guinée. Cet oiseau est originaire d'Asie, et nullement de la cote occidentale d'Afrique : atissi s'est-il répandu d'aboi-d i à Tétai domestique 4 dans diverses parlies de l'empire russe , puis en Pologne et dans le nord de l'Allemagne , plus tard dans l'Europe cenh-ale et méridionale. C'est un oiseau remarquable par son bec surrtionté à la base d'un gros tubercule, mais à plumage gris-blanchâtre, assez analogue à celui de l'Oie commune.

La nature a été mohis avare de ses faveurs envers les deux espèces que nous avons fait représenter, cl celles-ci, en attendant qu'elles se multiplient assez pour que leur chair puisse être livrée à la consommation, figurent à lion droit parmi nos oiseaux d'ornement L'Oie du Canada n'a, ù la vérité, d'autres couleurs que le blanc , le noir et le gris , mais très-harmonieusement combinées entre elles, et sur d'autres points heureusement relevées par le contraste. Elle est d'ailleurs de plus grande taille et a le cou plus long que l'Oie commune, et ce n'est pas sans quelques motifs que pins d'un auteur la classe parmi les Cygnes, L'Oie d'Egypte , au contraire , aj presque |ps proportions de l'Ole commune : mais elle eaft[^

pariîc des vives couleurs qui peignent le plumage de presque tous les habitants des contrées chaudes : le blanc, le noir, le fauve, le roux vif, sont distribués par grandes masses sur les diverses régions de son corps, et ses ailes sont en p>artie d'un vert bronze changeant en violet. Ses pattes sont d'un rouge assez vif; son bec rose avec le bout noir. On ne s'étonnera pas qu\m oiseau aussi richement orné ait fixé Paltontion cl^s anciens : c'est le Chenalopex ou Oie-Jlenard des Grecs; et il était reniblème de Tamour paternel chez les Égyptiens , qui l'ont souvent représenté sur leurs monuments , et qui lui avalent consacré l'une des villes de la Thébaïde.

L'Oie du Canada est commune , à l'état domestique, dans plusieurs parties de l'Amérique du Nord , et figure au nombre des esp(;ces alimentaires. Elle est encore assez rare en Europe. Buflbn , qui a fait en 1783 l'histoire de cet oiseau , nous apprend qu'il s'était , à celte époque , multiplié dans' quelques parcs royaux ou princiers, au point qu'on en voyait plusieun centaines sur le grand canal de Versailles, et une grande quantité à Chantilly. Mais ces deux troupes , par lesquelles il semblait que la naturalisation de l'espèce fût à jamais assurée , furent exterminées par les |>aysans durant

les premières années de ta révolution ; et nous nous retrouvons aujourd'hui au même point où Ton en était au milieu du dix-huitième siècle.

La naturalisation de TOie d'Egypte e«t une œuvre tout récemment entreprise. Elle offrait des difDcullés beaucoup plus grandes ; car ici on n'avait pas seulement à transporter en France un oiseau ailleurs domestique , mais à enlever tout à la fois une espèce à son climat natal et à la vie sauvage. CVïst à la Ménagenc du Muséum de Paris que des expériences , continuées avec persévérance durant plusieurs années , ont réalisé un progrès que Geoffroy Saint-Ililaii-e avait prévu dès le commencement de ce siècle. On peut dire qu'il existe aujourd'hui, et c'est le caractère de la domestication OGComplie, une race française, caractérisée par dos couleurs un peu plus éclaircies, une plus grande taille, et des habitudes en rapport avec notre cUmal. Sous le ciel de sou pays natal , en raison de la douceur extrême de la température en hiver, l'Oie d'Egypte i)ond vers le renouvellement de Tannée : dans les expériences de la Ménagerie, dues ù M. Isidore Geoffroy Saint-llilaii*e et à son aid», M. Florent Prévost , les pontes ont eu lieu , jusqu'en 1845, selon les habitudes de Fespèce,

Ménagerie du Muséum. — L'Ole du Canada et l'Ole d'Egypte. — Dessin de M. Wcrncr.

vers le commencement de janvier ou môme la fin de décembre , et l'éducation des jeunes devait se faire ainsi dans la saison la plus rigoureuse ; mais les pontes se sont trouvées reportées, en i8Zi/j, au mois de février; en 18/i5, au mois de mars ; et, depuis lors, elles ont eu lieu en avril ; en sorte que, comme chez les oiseaux indigènes, l'éclosion est en rapport avec les conditions de notre climat. Il est donc à espérer que d'ici à quelques années on pourra voir les mares et les fossés de nos villages se diaprcr, grâce au Chenalopex, de couleurs uo peu plus riches et égayantes que le gris monotone de nos

Oies ordinaires, à condition toutefois que le gortl de quelques propriétaires éclairés vienne en aide aux utiles travaux de notre Muséum , et fasse pour la propagation ce qui est dès ù présent accompli pour l'acclimatation et la domestication.

BCRKALX d'ABONXEMKNT ET DE VENTE,

rue Jacob, 30, près de la rue des Pelils-Augustlns. Imprimerie lit» L. MAariKiT, rue Jacob, 3o. [^

Ux\E PROMENADE A TIVOLF.

Voy., sur le Temple de Tivoli cl la CascaJc de Ncplunc, la Table des dix prcmicrcs aiiiitMS.

Vue des Cascatelles de Tivoli et des ruines du la villa Mécènes.^ Dessin d'api èf< nalurc par M. Bellel.

. De Rome à Tivoli, la roule est une suite d*eDcliantemeuts. IJors des murs, on rencontre tout d'abord la basilique de Saint-Laurent, grande à peiné comme une église de village, mais pleine de merveilles : colonnes romaines , bas-reliefs mytiiologiques , marbres précieux, sièges byzaiilins, mosaî- ToMi XTl. — jAxrvuB 1848.

qnes, peintures, tous les arts, tous les styles, tous les siècles^ s'y confondent ou plutôt s'y marient dans une unité eiqulse que Ton serait tenté d'attribuer à un hasard heureux, et qiit est certainement l'oeuvre d'un goût supérieur aux règles

mêmes. En sortant, on a devant sol cette admir

1 a«^ut auA ««i^vïB

MAGASIN PITTOHESQUB.

romaine, dont les vastes et sévères ondulations étonnent d'ordinaire plus qu'elles ne charment les esprits hclbitués à ne chercher dans U nature que prés émail lés, herbe tendre, bocages et bergeries. Les arbres sont rares ; les teintes vigoureuses du sol réfléchissent les ardeurs du ciel ; de toutes parts, de vastes horizons, une lumière éclatante, un silence infini; nul chant humain, nul gazouillement d'oiseau, pas un cri d'insecte. De beaux lézards diaprés s'éloignent , sans beaucoup de hftte, à l'approche des hommes ; de loin en loin défilent quelques bandes d« moissonneurs ou de pèlerins, tristes de flèvre, de misère ou de piété. De côté, à gauche, on aji^rçoit successivement le lac du Tartare et le lac de la SqJfatara. Deux foison traverse TAnio (aujourd'hui le Teverdne), la seconde fois sur le pont Luc^no, et, si l*on est femimllier avec le génie du i'oussin , on laisse échapper uile ex' olamation de douce surprise : on connaissait déjà ce pont , dette eau, ces arbres, cette oasis qu'ennoblit et décore le superbe maiisolée de la fattlille Plautln.

Plus loin M ia ^lllà Adrlàna,où le plus grand artiste d'efilre les emperetlN rotnains 8'était plu I réunir tout fee (lit'H av«iU admiré dën« le» toyageii tJi) Jour hë sUffii*ël( ptâ à l'éttide dé ces rUltiës itnpéfialëâ i tettittle des stdîcienâi th^dtte KfëCi ëasernë»! habitâttoil» ftëterdotale» i (Milals, cliatuh de m thiposiltlts débri» est dH ëhië)||tlëtiieiit| ttfl« déëdtlverief Uhe pawé ttdtttëlle d'bistoirëi

Après cette liëltê dans l*atl(lt|(iltC, ott tilohlé (tUëlqUë tëtttps déêi pente» cotiteHë» d'olittersi et biëhtot t^on ë»t i titolh G^l à l'extrémité oppoi^e du tlllëge que «^ëièvéi suf ti ciMë d*^ h>c esmpii le petit édifice »i télèbë sous le Hditi de temple de là Sibylle I ë*ëflt en i ëallté Uii tëftiplë de VëstA | i gaUéttëf m voit m WOfliittiehl ëëf'^é qui tt-ëë-t^àiseMblablemni (Était cdnsact-é à la ëibyllë tlburtiilei Eh rëdescendëlil 4 oÀ côtoie l'ànciëfl ëbttile bû l'Aliiëllë atëlt crëUsé les grotiël deè SirèHe8«t dé NëptuUë 1 attJdUrd'bUl & iëc et dëmi-écroUlées t pttbi ft trdtër» ttii rlatlt JërdlU, ort approche du nouveau caAëli d*bO tombe efl mugissant la happe ëlalrëi large et ta* pidë du llëUte; c'ë»t I& grande tàscadë i elle est séparée dtt temple de Vëitfti ani est vis^-à-vls et la dotnlhë, paf une pfo^ fondeur tt^nsIdél-iDlëi l)h éhettitu utHbt-ëgé conduit ensuite 1 le Idtig de tUtlisëUiëi eulIlHes « pëf Une courbe gracieUdë comme le cdUlOUI' fl^UB gtrifei de loutre côté de le tëlléëi qu'f rNHieht les ëëUft ëhëHt^ liPémissantes de letir chute : bfl est ëtt hm dëë hëutëUrS de tif ull, et on Tëmbi-aëse tout eiitlef d'Utt rigëld I depuis la oâscëdë et le temple JUiqu'i la belle ville d*bstë) iHhëUtéëiet ieë fuities de le vlilë Mécènes. L'Uëbllë «utëttf dtt dëHtii qui précède cet ëMiclë »*ëtatt placé aU^ëiëëttS dtt ëhemtu 1 datls UH slt« enlutti^ de rldeaiii d'arbm Ittti itt^HëlëHt 4 II vue UH Cadl^ pittë tftrolt et plu» ombreUt»

Les CasCëMlë»! àtt tiombr« de 6illtt« »ont de» rulsseaun que Ton è dëmufH^» de l'Antéue avant sa chute pour tttëttfë ëtl mdttVflittëHt dttër»es U»ine» de Tivoli 1 elles seitiblëht »e dé^ rouler cumme de» ruban» d'argent stir le» flancs tert» de II iijùUiëgtiG î limr tÎN trol» plus petite» descend du milieu m^ttie de b villa Micèflë» et d^UMë httttëur de plu» dé cent ptfHls. U Ville 1 1burtlhë tfiveraait eettë malsutt de ëimpëgttë de l'ami d'AiigUsiei !mIU» ttflë belle gëlerië qul «xistë ëncorëi et dont la fdôieémii përcéë de larges ouverture»^ La pridct^ pah ruitie eAi iiite mn»iê 6iirrée, ufttéë de colonuë» doriqtiëi et d'arches foi maht l'ëtttréë dhlh pdPtIltUë i on montre vls-^ l-vjs une humble itinisun qu'une tnditton suspecte illuëtre du notn d'iloface; H parftit hor» de doutë quë le chëmpëtre si souvent di^crii p^i k pbëtë, le fnoûui agri Mon Ha tnagnuêy était situé à une distance assez considérable de Tibur, aux environs de DigenUa, que les Italiens modernes appellent Li- •eAxià : aUJourd'liui encore quelques débris de pavé mosaïque «1: marquent, âit*on, la place. Quoi qu'il eo so|t, Horace a limé «t chanté Tivoli » et Catulle a certainement habité sa «oniUc : les grands souvenirs du siècle de César et d'Auguëte ■t on ehirme fcidienile à ce paysage, i'mt des plot

beaux de la terre. C'est là qu'on serait heureux de relire, dans un doux repo» et entouré de ceux qu'on aime, les Odes et les Épitres:

Loiitir, où donc es-tu ? Le malin, je t'implore; Le jour, Ion eiiSrme absent nie trouble et me dévore ; IM soir vlenlf tu n'es pas venu.

On ne fait que passer, ofl regarde^ on s'éloigne, on soupire; et, comme h la fin de chaque Journée de ce rapide voyage de la vie, on n'a eu que le temps d'en Iretolr Nombre du bonheur.

JAGOfi BOeriME LE tHÊOgOPHli.

Ydj., sur Saiot-MarUn« 1845, |it 3)0| ÈSn

Jacob Bœhme, le plus célèbre des théosuphe», naquit en 1575 au vieux Seidenburg, petite tille de la haute Lusace, à un demi-mille environ de Oorlit^i Ses parent» élllent de la dernière classe du peuple^ lis l'occupèrent pendant plusieurs années à garder des bestlÉUki 0ttand il fUt Un pea nlu» avancé en agei ils l'envoyèrent I l'école , où 11 Apprit à lire et k écrire , et de 1& ils le mirent ëtt apprentl»»âge chez un tnatire cordonnier I Oorlitt. 11 se Uldrla k dlx-flëUf ans , eut quatre fils, à l'un dësquet» Il enseigna son ttiéllër de Cordonnier^ et mourut à Oorlita ëU ledâi i la suite d^lBI maladie aiguii n'ayant jamal» abandonné Tëtercice de sOH humble profession^

11 publia en leid VÀurore Miêêmii, écrit très ab»cur et informe « de l'aveu même de »ës tiarti»flns , mais qui contenait déjà tous les germes d'unë Va»të doctrine développée dan» de nombreux traité» qui parurent en»utlëi Oti fUcdnte quë sur la lecture d'un de ce» écrll»i le ftaiti iiê fUof (tnei nuëiiionê êur tdme 1 lé ml dharJes i*^ témoigna sa »ttfpri»ë et »on admiration) it ëntoya un homme d« lut à Qoriiti, pour recueillir tou» II» document» ttd'on pourrait trouver sur hauteur ëi »uf »es oplnion»i bë retour de cette mission I ^ean sparrow donnai longtemps aprè» Il mort du roii une traduetion anglaise de la touilité de» nuvrë» de fiëéhmëi A la fin du »iècië dërHlër« l'Anglal» \Villiâm Law édita de nouveau plusieurs traita du méma auiëufi Le célèbre salnt-Maruui »ë lamentant« dan» ai» Offut^fM poithih meè i de voir le pëu de truil i|Uë l'homme rëtlri de tout ce ()ui lui e»t oflërt pour aoh avaneement i « oe ne août pa» mes • ouvrages^ dlt-li, qui me fent le plu» g^mlr aur cette Inaoa- M clance, ce sont ceun d'UH homme dont /ë ne aul» pa» teigne « de dénouer lesëordOU» de »es aouliers, mou eharlsslme » Bœhme. Il Oiut ^Uë l'homme soit eniitrement devenu roc » eu d^motti pour n'avoir pa» profité plus i|u'il u'a fait de ce a trèior envoiré au monde il y a cent quatre-vingts aiiâ. « b'après celai OU hë a^éiohnera pa» trob quë le philosophe inconnu ae aoll consacré 4 l'entreprise laborieuse d'ëtudier le thëoMphe de doriiti dana tes ét*rHa originauti malgré que la kmté en soit tres-dimclle ami Alfemanda eut^émes. et bled ttuë ëamt^^Marilni comme il nous Ihipprendi ait ignoré le plumier mot d'allemand jusqu'à son neuvième lu»tre accompli. Ouoi qu'il en soit , il a commencé de ftiire connaiure en htince célm dont 11 ae déclarait le disciple I en publiant

sucêëssivementi I partii> de Igol 1 1° VAii^taH §miê$êHh: r îêê ÎHii printipH êê VêêèêntÉ ttiblMi 3" (el Quaranu ftéHltOH» mf Vémt et i*" lo tnph m d$ l'hmm$. oes divëftë» tndttcUona forment I peu pré» le tiera d«» mutres de emhmëi dont il n^tf *^l V^e éena outrage» traduit» insqu'ëlora eo vient langage t le prcmlëri la SifMt^tu rerum^ imprimé i rrancfort , ett imti, »0U» lé nom du Mirolf fiftiparBl de l'étemitit et qui passe pour être aussi inintelligible dans la traduction que dans l'original ; et le second , à Ber- Uni 1792, in-ii, mutuie te Chemin j^our élU'r d ChtièU — Madame de Btaël à consacré à Jacob Bixhme un dés eha-^ pitres de son livre Ih t'AUefHàfffWt éfun écriv'aiii bea'utoiip plus i-écent 9 l'auteur de l'Jf<ffotrs de ia papduté^ Mi iièo-' poldMnl» de Ber«n,.tte^eg^^«.g^^^|t«

MAGASIN PlTTOllESQUE.

caiité et la complète ab^eoce de style « les écrits de Bcebme s^emparent trës-fortemeiit de Tesprit du lecteur.

Voici cominent Tauteur expose lui-même, dans une de ses préfaces, Tobjet de sa doctrine : « Je veux , daos ce livre , traiter de Dieu noire Père qui embrasse tout et qui lui-même est tout. J'exposerai comment tout est devenu çréalurel et séparé, et comment tout se mei|t et se conduit dans t'arbre universel de la vie. Vous verrez ici la véritable base de la divinité ; comment il n'y avait qu'une seule essence avant la formation du monde ; comment et d'où les saints anges ont été produits ; Quelle est l'effroyable chute 4^^ Lucifer et de ses légions; d'où sont provenus les cieux, la terre, les étoiles ef les éléments; et dans la terre , les métaux, lés pierres et toutes les créatures ; qyellç est la génération de la v^e et la corpdrisation de toutes choses ; comme aussi quel est le vrai ciel où Dieu réside avec les saints ; ce que c'est que la colère de Dieu et le feu infernal...; en bref, ce que c'est que l'Être des êtres. » (Préface de l'Aurore nmaante, v. 105 et 106.) — Je ne crains pas que le lecteur prenne à la lettre un si merveilleux programme ; mais j'ai voulu, par cette citation, montrer à quelle hauteur de mutations avait su s'élever cet homme simple, né pâtre et mort cordonnier. Il n'y a pas moins k admirer dans la hardiesse avec laquelle il aborde les questions les plus arAues de la philosophie, par exemple, la question de l'existence du mal. « C'est de lui (de Dieu) que tout est engendré, créé et provenu, et toute chose prend

sa prenaière origine cfe Dieu Dieu n'a engendré de soi

aucun démon , mais des anges dans la joie , vivant pour set déhces. Mais on voit qu'ils sont devenus démons , ennemis de Dieu. Ainsi on doit chercher la source et la cause d'où provient cette première substance du mal; et celàtïans la génération de Dieu, aussi bien que dans les créatures ; car tout cela est un dans l'orighie, et tout a été fait de Dieu...» (Ldf Trois frincipeSy c 1, v. 5.) — La clef du mystère, c'est, suivant Bœhme , que tout esprit rebelle tarit en lui-même une des sources de la génération divine; et la vie divine ainsi mutilée en lui n'est plus qu'Apreté, angoisse, ténèbres et colère. Car , « tant que la créature , dit-il , est dans l'amour de Dieu , le colérique oti l'opposition ( l'une des sources) fait l'exaltation de i^ternelle Joie ; mais si la lumière de Dieu s'éteint, il fait l'éternelle exaltation de la source augoisseuse et le feu infernal. » {Ibid. Préface, p. xvii.) — De sorte que la considération de ces sources multiples de la vie qui en Dieu existent sans séparation et de toute éternité , mais qui se séparent pour l'esprit mauvais, permet à Bœhme de s'écrier i «Dieu est partout ; le fondement de l'enfer est aussi partout, » comme dit le prophète David : Si je m'élance vers l'aurore, 1 ou bien dans l'enfer , tu es là I De plus t Où est le lieii de » mon repos? N'est-ce plas moi qui remplis tout? etc. » (Leê Trois principes^ c 17, v. 78.) — Mais il faut avouer que l'absence *de mots convenables pour exprimer des idées si éloignées des objets ordinaires du savoir humain , et surtout la nécessité de représenter à l'imagination copimc séparées, opposées et discontinués ,.ces sources qui, eu Dieu , sont toujours réanies, a. pu donner quelque apparence de lundement à l'accusation de manichéisme que répètept contre Ikchme les auteurs du très-superftclel article de la Biographie universelle.

Les jugements de Madame de Staél sur « les Philosophes religieux appelés Théosophes ( De l*AlUmagpe, iv* partie , c VII) , » sont plus équitables et plus réservés. Toutefois , lorsque cet illustre écrivain cherche à éUbUr une distinction, d*ailleurs nécessaire , entre les philosophes mystiques « qui n s'en sont tenus à l'influence de la religion sur notre cœur , » et les philosophes tliéosophes, tels que Jacob Bœhme en » Allemagne et Saint-Martin en France , qui ont cru prouver » dans la révélation du christianiune des paroles mystérieu- » ses pouvant servir à dévoiler l^s lois de la création, » le lecteur court le risque , d'après ces paroles , de confondre la doctrine de Bœiimc et de Saint-Martin avec ce qu'on appelle

vulgairement la philosophie cabaUstique. Ce serait une idée ^ fausse. Uk marche de fioehme est entièrement confirme à . celle que Saint-Martin avait préconisée dans ses premiers ', écrits, c'est-à-dire avant de connaître ceux dii théosdphe a^^ leinand. — L'homme en sa qualité damage de Dieu, çt comme pouvant obtenir, malgré sa dégradation originelle, le ^ rétablissetnent des traits de cette image, porte en lui-mftmè ^ les preuves de toutes les vérités qull Uii im|>orie de connaître. . il doit recueillir avec joie les ncvnbreuses conflrmations que ^ lui oifirentsous ce rapport l'étude des saintj^ écritures' ^t.. celle dès phénomènes naturel^; mais éoinine c'es^ lui-même ^ qui dans l'origine avait reçu la missioo Stiblim^ de manifester ^ l'Eue divin à toute la création, c'est méconnaître sa digpité^ et ses droits que de vouloir sounieUre son assentiment à d^ ^ témoignages purement externes, queloue respècubles qu'ils ^ puissent être. -— Cette vue, qui dans l^pplication péi^t avoir , ses périls, mais à laquelle on ne refusera pas quelque grandeur, donne le secret de cette fougue de philosophie qui fait promettre à Jacob Bœhme de dévoiler tous les secrets de la création, comme on l'a vu dans le programme rapporté cidessus... « Quoique nous parlions de la création du monde, » comme si nous y avions été et que nous l'eussions vue, » personne ne doH s'en étonner, et regarder cela comme t» impossible ; car l'espfit qui est en nous, qu'un homme I» hérite de l'autre, qui a été soufflé de l'éierpité dans Adam, N cet esprit a tout ^M e| ii voit tout dans \^ iqrnlère de Dieu; » et il n'y a rien poqr |ui 4'41oigné, riep d'Inscruuble ; car » l'éternelle génér4Moit C|a( est cachée dufts le centre de D l'homme ne fait rif^ i$ pouveau; elle vaeoQnatt et opère n exactement ce c|n*«Ue A fiiitde toute é\%fi^M, » [Les Trois principes, vu, tt,)

D'après cnhl OR peilt i*liiprer qp |i imfim MoaopMque, en apneliinl Vbpmmi t I» 6aiii9mpliiiion dfMi grande problèmes 4* l'iIPlvers, n» r<i|ai|in# p9S d» lui*m<^me comme fout |#s phllosopiiies pniRçnieni hnmalnMt m cpniraire elle l'y ramànP MM» cesse, |kmr #ll9 l*hU|oir« du Tnnlvers est inséparalilan^nl ti»l# 1 Mlp d^ l^lHunni»! «i on pourrait presque tUf$ que , dan» VmUm ^1 dan# Mn(-|la» M» , c^est celle de l'Imninm jui^mém^t U^c l^^l UNiqM« «( avoué (v>t de montrer t l'homme qn*U possède on dn mPinU qu'il P«:ut conquérir la clef de |pus les mystères , #( qu'une voie facile lui est ouverte pour rentrer dans la jouissanee de tous ses droits. Aussi ne se font-ils pas faute de récriminer contre la sagesse qui se borne à raconter les misères de l'homme, sagesse qu'ils appclteut hislorique^ par opposition à Usagesse vive qui le fait dès ce monde travailler activement à sa réintégration. : -

Les théosophes ont donc avec les pliilosoplies mystiques ce irait commun de mettre en relief « riqfltiehcè dé la reU*- ' » gioii sur notre ceetir;» et de plus voici commeM je me ^ conflrmedans l'opinion que pour établir entre eux une4i8- ' tiiiction précise il faudrait recourir à d'autres caractères.

Qui pourrait Hre sans en être touché ce passage du livre ; De V Allemagne: « pendant longtemps on ne croit pas que • » Dieu puisse être aimé comme on aime ses semblables. Une J » voix qui nous ré|)ond, des regards qui se confondent avec * » fes nôtres, paraissent pleins de vie, tandis que le ciel im* » » mensc se tait: mais par degrés l'âme s'élève jusqu'à stntk '• j> son Dieu près d'elle comme un ami. i» Or cette suave pensée qui devait s'oflTrir à madame deStaél quand elle s'est occupée ' des écrivains mystiqueii, parce que c'est pour ainsi dUe toutj le fonds de leurs écrits, celte même pensée se rencontre soOs^ » toutes les formes et pour ahisl dire à chaque pas dans Ssint- - Martin et dans Bœlime; dans chacun d'eux avec le caractère • propre à leur génie. « Oà veux-tn aller charcher Dieu? dit i n Bœlimc. Dans i'abtme an-dessus des étoiles? Tu ne te i » trouveras pas là. Cherche-le dans.ton cœur, dans le eeJitre i » de l'engendremenl de ta vie , là lu le trouveras! » (£*# \ Trois principes, ly, 18.) Kl souvent il revient av^c âprcld^ contre ceux qui cherclieut Dion au-detsus des éloile^^Q-lQ

AFAGASIN IMTTOnRSQUE.

Gomme les ouvrages de Bœhme sont irès-pcu répandus, je transcrirai encore un passage qui se rapporte ù celle question de la présence de Dieu au cœur de Phomme, et qui de plus me paraît très-propre h donner une idée de la manière de Tauleur.

« La raison , qui est sortie du paradis avec Adam , demande : Où le paradis se Irouve-t-il? Est-il loin ou près? Ou bien : Où vont les Ames quand elles vont dans le Paradis 7 Est-ce dans ce monde ou hors du lieu de ce monde, au-dessus des étoiles? Où demeure donc Dieu avec les anges? cl où est la chère patrie où il n'y a point de mort? Puisqu'il n'y a ni soleil ni étoiles dans cette région , ce ne doit pas être dans ce monde ; autrement on l'aurait trouvée depuis longtemps. — Chère raison , personne ne peut prêter à un autre une clef pour ceci... chacun doit ouvrir avec sa propre clef, autrement il n'entre point, car la clef est l'esprit saint ; s'il a celle clef, il peut entrer cl sortir. — Il n'y a rien de plus

Jacob Bœlime le Tliéosophe.

près que le ciel, le paradis et l'enfer. Celui de ces royaumes vers qui tu penches et vers qui tu te tournes est celui dont tu es le plus près dans ce monde : tu es entre le paradis et l'enfer, et entre cliacun il y a une génération ; lu es dans ce monde entre ces deux portes, et tu as en toi les deux engen* dremenls. Dieu te guette à une porte et t'appelle ; le démon te guette à l'autre porte , et t'appelle aussi : quel que soit celui avec qui tu marches, tu entres avec lui. Le démon a dans sa main la puissance , la gloire , le plaisir et la joie , et la racine dans ceci est la mort et le feu. Au contraire , Dieu a dans sa main la croix , la persécution , la misère , la pauvreté, le mépris et les souiTrances, et la racine dans ceci est un feu, et dans le feu il y a une lumière ; dans la lumière, la puissance; dans la puissance, le paradis; dans le paradis, les anges, et avec les anges, les délices. Ceux qui n'ont que des yeux de taupe ne peuvent voir ceci, parce qu'ils sont du troisième principe ( de ce monde ), et ne voient que par le reflet du soleil ; mais lorsque l'esprit saint vient dans l'âme, alors il l'engendre de nouveau ; elle devient un enfant du paradis; clic obtient la clef du paradis, et elle peut en contempler rintérieur. » {Les Trois principes, ix.) Si cet ariicîe n'éiait pas déjà trop long, j'aurais pu trouver

encore , au milieu des incohérences et obscurités rebutantes de V Aurore et des Trois principes, des détails pleins de grâce sur le commerce des anges; une peinture curieuse de l'iniervenlion de l'archange Michel dans le royaume révolté de Lucifer, et surtout une touchante description de la lutte entre l'Esprit de ce monde et la Sagesse divine (ou éternelle SopniE ) dans le cœur du premier homme au moment de sa chute. Et j'ose croire qu'en rapprochant tous ces détails de la mission de Sparrow, que j'ai relatée en commençant, le lecteur serait conduit comme moi à penser que le chantre du Paradis perdu s'est peut-être inspiré des travaux du cordonnier de Gorlilz pour le choix de son sujet, et même a pu lui emprunter quelques couleurs pour ses brillants tableaux. C'est une conjecture qui n'est pas dénuée de toule vraisem- |}lance et qu'il serait très-intéressant de pouvoir vérifier.

ÉLECTItE.

Ln de nos poêles les plus élégants, M. Léon llalcvy, a traduit en vers français quatre tragédies grecques, le Promélhée enchaîné d'Eschyle, TÉleclre de Sophocle, les Phéniciennes et riiippolyte d'Euripide. Dans un avant-propos l'auteur démontre l'avantage et presque la nécessité de traduire en vers les œuvres du théâtre grec, si l'on veut en faire comprendre toute la ricliesse poétique. Le vers iambique , qui répond à notre alexandiin, n'est pas seul employé dans le dialogue : les personnages, ainsi que lesdiœurs, cnueraèlent, suivant la nature des sentiments qufles animent, les diverses nuances du mètre lyrique , et de cette variété résultent dos elTetsdont la prose seule ne saurait donner une idée satisfaisante.

Un artiste doué d'une rare puissance de volonté et de travail, l'auteur du beau groupe de Caïn maudit, M. Elex, vient de traduire ù son tour les principales scènes de ces quatre tragédies, dans une suite de compositions au trait gravées à l'eau forte. Celait à un sculpteur que pouvait surtout convenir cette entreprise hardie : la tragédie grecque est toule sculpturale; Sophocle et Phidias sont frères. Comme exemple des compositions de M. Élex , nous esquissons l'une des plus simples, celle qui représente , presque au début de la tragédie de Sophocle , Electre seule «exhalant sa douleur dans un monologue d'un lyrisme élevé. » La scène se passe sur une place publique de My cènes ; on voit un autel consacré à Apollon, le palais des rois, un bois sacré , le temple de Junon. Voici quelques vers de ce monologue , empruntés à la traduction de M. Ilalévy r Electre gémit sur sa destinée , sur la lenteur de la vengeance des dieux , sur les retards de son frère :

Air pur, voile céleste étendu sur la terre,

Voûle immeusc, sniiile himicre, Mon cri de désespoir vous salue!... et ma maiu

Rnsanslante et meurtrit mon sein !

Ainsi qu^ui bûcheron de sou bras vigoureux Abat le cliéue allier qui s*élevait aux cieux,

L'exécrable Kgisthe et ma mère Ont levé sur ton front la liaclie meuiiricrc,

Et je suis la seule, ô mon père, Oui, la seule qui donne à ton nom glorieux Los pleurs et la prière l

Astres, divins ilamhleaux, rois éclatants du ciel,

l^âle clarté des nuits silencieuses, Soleil aux flammes radieuses, Tous serez les témoins de mou deuil éternel !... Ainsi qu'au fond des bois Philomcle plaintive. Je veux, dans ce palais, à ces portes d'airain. Faire éclater les cris de ma douleur captive !... Proserpine cl Pluton, Mercure souterrain,

rilles des dieux, Erinnys vengeresses, Terrible Ncmésis, et vous toutes, déesseï

koogh

Fléiu du traiirCy eiîroi de l'assassin !

Tenez, secourez-moi!.,, punissez l'adulicrc!

Vengez Agamemnon !,.. cuvoyez-moi mon frcre!...

Dans le sein d'un ami que je verse mes pleurs ! EU cire al)andonnée et seule sur la terre, Ne peut plus |>or(er ses douleurs !

Théilrc de S<tphocIe. — Electre. — > Dessin de M. Étex, extrait de son cruvre intitulée « ia Grèce tragique, essai de oom| Oiiiions au

trait , gravées à Teau-forte. »

Les compositions de. M. Ëtcx sur la tragédie d'Électrc sont au nombre de neuf. Il en a consacré six autres à Prométliéo enchaîné , douze aux Phéniciennes , douze à PHippo-

lyte. Des quatre tragédies, Prométhée nous parait celle qui se prêtait le mieux aux qualités de vigueur particulières I j Partfste : aussi l'une des plus belles planches est-elle, à noirc^ [^

MAGASIN PI-TTORfiSQlfE.

avis, celle od Vulcàin, accortpàgné de la Force, attache Prométhce au rocher. Dans les Phéniciennes, le cortège fuiïèbre de Jocasle, d'Éléocle et de Polynice, où Ton volt Antlgone, belle et éplorée .conduisant les trois corps portés par des soldais, est une esquisse inspirée, forte, savante, qui, transportée sur une vaste toile et ttiise en relief par la magie de la couleur, pourrait être un admirable tableau. Beaucoup d'hiveniion , de mouvement et de charme distinguent toutes les scènes de THippolyte. Il est remarquable de voir une main habituée à manier si énergiquement le ciseau se servir du burin avec autant de souplesse ; il est rare de rencontrer en notre temps, dans les arts plastiques, un sentiment aussi vrai de l'art grec

UN SECRET DE MÉDECIN

VOUTXLI.S.

(Fiu. — Voy. p. a, i3, 17.)

Le jour venu, Fournier continuait à délibérer avec luimême , lorsqu'on frappa timidement à sa porte ; 11 alla ouvrir, et se trouva en face de la jeune fille.

Celle-ci s'excusa, tremblante et les yeux baissés, de le déranger de si bonne heure. Fournier la fit entrer, et l'Invita à s'asseoir.

— Excusez-molj monsieur, dit-elle en restant debout près de la porte; je venais seulement pour prendre congé,

— Vous partez ? interrompit Fournier.

— Pour Paris , où l'on promet de me faire entrer en service.

— Vous?

— Il le faut bien. Ainsi, du moins, je ne serai à la charge de personne, et, à force de zèle, j'espère pouvoir contenter mes matli-esl... seulement, je n'ai point voulu partir sans remercier M. le docteur et sans lui faire une prière.

— Quelle prière?

— Les héritiers de mon parrain vous ont refusé ce qui vous était dû , et c'est un grand chagrin pour moi qui voUà ai demandé... tout ce que vous avez fait pour le malade... et si jamais je puis m'acquiller comme je le dois...

— Ah l ne parlez point de cela , interrompit vivement Fournier.

— Non , dit Rose , car ma bonne volonté est maintenant impuissante; mais... avant de partir... je voudrais... j'espère que M. le docteur ne relàsera pas le seul souvenir que je puisse lui laisser.

En balbutiant ces mots , avec un attendrissement mêlé de honte, la pauvre fille avait tiré de la poche de son tablier un petit paquet précieusement enveloppé d'un papier. Bile le déroula d'une main tremblante, et présenta au médecin un de ces petits couverts d'argent dont on fait présent aux nouveaux-nés le jour de leur baptême.

— Je les tiens de ma marraine, dit-elle doucement; je vous en prie à mains jointes, monsieur, quelque peu que ce soit, ne me refusez pas... C'est tout ce que j'ai jamais eu à moi depuis que je suis née l

Il y avait dans la voix, dans le geste, dans le présent luimême, une naïveté si touchante que le jeune homme sentit ses yeux se mouiller. 11 saisit les deux mains de Rose entre les siennes :

— « Et que dlriez-vous, s'écria-t-il, si je vous faisais tout à coup plus riche que vous ne l'avez jamais rêvé l

— Moi? répliqua la jeune fille en le regardant stupéfaite.

— Si j'avais ici pour vous un trésor î

— Un trésor î

— Regardeidl

Il l'entraîna rapidement dans sa chambre, lut montra le ^Ifrel encore posé k leire, et. raconu tout ce qui ^'élait

, J\çç8ç , ,^ui d^bord ivafi eu peiiie àcompreadrc/ne- put

'supporter une pareiAe Joie; elle tomlM à gènouk, en fondant en larmes,

Fournier s'elTorça de la calmer ; mais la transition avait été trop brusque ; la jeune fille était dans le délire ; elle contemplait la cassette, et riait et);>leuralt à la fois; mais, regardant tout à coup le Jeune homme, elle joignait les mams, et s'écria, avec un élan dans lequel son cœur seniblait avoir passé tout entier :

— Ah l vous serez donc enfin aussi heureux que vôtis le méritez l -

— Mol ? dit Fournier en reculant. - — ■ -

— Vous, vous l répéta Rose exaltée. Ah l croyez-vous que je ii*aie point remarqué tout ce qui vous manquait ici t.. . que je n'aie pas deviné vos inquiétudes?... Ma pauvreté me pesait moins que la vôtre, car moi j'y étais habituée, je l'avais acceptée ; mais vous , il faut que vous ayez votre place. Prenez tout, monsieur ; tout est à vous, tout est pour vous !

Et la pauvre fille , baignée de larmes d'amour et de joie , s'efforçait de soulever le coffret pour le remettre aux mains du médecin.

Celui-ci, d'abord étonné, puis attendil, voulut l'arrêter par des i*emerclments.

— Ah I vous ne pouvez refuser, continua-t-eile plus vivement N'est-ce pas à vous que je dois celte fortune? Je veux que tout le monde le sache, et, avant tous les autres, ceux qui ont refusé de vous rendre justice l

Fournier s'écria que c'était Inutile ; mais Rose ne l'écoota point. Elle venait de voir arriver les nouveaux héritiers, et courut pour les appeler.

Le médecin , effrayé , l'arrêta par le bras.

— Voulez-vous donc perdre ce qu'un heureux hasard vous allvré?s*écria-t-il.

— Perdre l répéta la jeune fille sans comprendre.

— N'avez-vous poml deviné que ces gens pourraient réclamer la restitution du coffret?

— Comment 1

^ Vous n'avez aucun titre à sa possession.

Rose tressaillit, et regarda Fournier en lace.

— Alors il ne m'appartient pas? dit-elle br|isqueiQea|,

— Tout atteste que votre parrain vous le destinait ; mais ta loi veut d'autres preuves.

~ La loi t âjouTairjeune fiÛe ; mais tout le monde doit lui obéir! ]

— A moins qu*on ne puisse lui opposer la d^sfon de sa propre conscience.

— Non, non, repdt vivement Rose, la c on s cion ee-peut nous empêcher de profiter de tous nos droits , mais jamais diminuer de nos devoirs ; elle doit ajouter des scrupules , et non violer des dépenses. Ah ! j'avais mal compris ; ce dépôt n*est point à moi , et tout ce bonheur n'était qu'un rêve.

En parlant ainsi , elle était devenue très-pâle ; mais sa voix ni ses regards ne trahissaient aucune hésitation. Ce cœur simple n'avait point balancé un instant, et la douleur de tant d'espérance perdue n'avait pu fausser sa droiture : seulement, le coup était trop violent ap>^ Unt d'émotions; la jeune fille chancela et s'assit. v

Quant à Fournier, une sorte de réaction venait de s'opérer en lui ; l'admiration avait succédé à l'attendrissement. Tous les paradoxes inventés depuis la veille par son esprit tombèrent devant cette droiture naïve , et son âme , gagnée , pour aUisi dire , par la contagion de la loyauté , était subitement revenue à ses nobles instincts. Sans répondre un seul mot à la jeune fille , il alla chercher les héritiers , fit appeler un notaire, et déposa entre ses mains l'opulente cassette.

Une petite clef, que les Tricot avaient trouvée attachée au cou du mort , l'ouvrit sur-ie-champ^ et laissa voir de • vieille argenterie mêlée à plusieurs milliers de pièces d'or !

Le paysan et sa femme pleurèrent .de joie. Rose et Fournier éiaient calmes l •

MAGASIN PITTOJIESOUE.'

troofa une liasse de biUets de banque. Quand tout fut Inventorie, ia somme montait^ près de trois cents mille francs! Tricot, à demi égaré , s'appi-ocha de la table en chancelant, prit le coflrél vide .et le secoua : un dernier papier caché entre le bois et la doublure tomba à terre.

— Encore quéqu'chose à ajouter au magot I dit le paysan en relevant la feuille volante et la présentant au notaire.

Celui-ci rouvrit, y Jeta fes yeux, et fit un mouvement de surprise.

— C'est un testament , dit-il.

— Un testament 1 s'écrièrent toutes les voix.

— l»ar lequel M. Duret choisit pour légataire universelle mademoiselle Rose Fleuriot , sa filleule.

Quatre cris partirent en m6me temps, cris de surprise, de ]oie et de désappointement. Tricot voulut s'élancer sur le papier; mais le notaire &e rejeta en arrière. 11 fallut user de Tiolence pour se débarrasser des deux époux frustrés, qui sortirent en accablant tous les assistants de menaces et de malédictions.

M. Leblanc , qu'ils coururent consulter, eut beaucoup de peine à leur faire comprendre que leur malheur était sans remède, et que tous les procès ne pourraient les remettre en possession de l'héritage du père Duret.

Enfin persuadé à cet égard,. Tricot passa, comtne tous les tâches, de l'Indolence à ta bassesse, et revint complimenter î\ose , en entremêlant ses félicitations de doléances et de soupirs. La Jeune fille « toujours généreuse , kl abandQDna ce dont il avait déjà pris possession avant la découverte dq coffret.

Quant à Fournier, il ne tarda point k devenir Theureux nnari de Itose, qui ne fut pas seulement pour lui «ne compagne de bonheur, mais un conseil et un appuL CompreQanrl que la société, en isolant la femme de cette rude pratique des affaires qui peut à la longue endurcir l'âme, lui a donné la garde des Instincts les plus délicats et les plus doux « la jeune épouse continua â être une sorte de conscience invisible toujours placée â la porte de son cœur pour en écarter là folbleûe , l'erreur et les mauvaises passions.

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