‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 105 sur 185 · INDUSTRIE DE LA GHBNILUS · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DE LA GHBNILUS

POUR accrocheu sa chrysalide (f).

Lorsque la chenille épineuse est arrivée k Pépoque fle^ transformation, elle file un petit monticule de soie en forpseï de cône renversé, après lequel elle s'accroche par sa dfsrnièr^ paire de pattes, puis elle laisse tomber son corps verticaioi ment la tête en bas (fig.i). -t

Lorsqu'elle est dans cette position , aussi allongée qu'elli; peut l'être, on la voit bientôt se recourber depuis la tête jus* qu'à l'origine des premières jambes mcmbrancusea, de (açoii que la convexité de la courbure est du côté du dos (fig. 2), Elle reste ainsi recourbée environ une den>i-heur«, ensuitiç laisse retomber sa tête , la relève de nouveau , toujours e^

(i) E&nrtit dt àéauinir.

rendant son dos convexe de plus en plus. Elle reste dans ce rode et long travail pendant Tingt^uatre heures avant de lilre fendre la peau.

Dès qu*ll s^est fait une fente sur le dos , quelque petite qa*eUe soit, il se passe un curieux spectacle pour Tobservatenr attentif. Par cette fcnte sort une pariie du corps de la clirjsailde (fig. 3). DMnsUnt en instant une plus grande par-

Cm

ût de !a chrysalide parait à découvert et s'élève an-dessus des bonU de la fente; la chrysalide se gonfle et fait la fonction d*un coin qui fend la peau plus qu'elle ne Tétait ; la fente, devenue plus grande » laisse sortir une plus grande partie de la chrysalide qui agit comme un plus gros coin. C'est ainsi que cette fente, dont Torighie est près de la tête, est poussée socceadvement Jusque près les dernières Jambes, puis au-delà ; alors Touverture est suffisante pour que la chrysalide paisse retirer sa partie postérieure de son enveloppe de chenille.

La chrysalide parvenue là, n'a plus I fendre la peau pour achever de s'en dégager, elle la pousse en haut vers son extrémité. La nouvelle forme qu'elle a déjà acquise favorise ce mouvement ; elle est conique depuis la tète Jusque vers la qoene; elle va en diminuant de grosseur; la dépouille a donc la facilité de glisser vers le derrière. On voit alors la chrysalide s'allonger et se raccourcir alternativement, toutes les fofo qu'elle se raccourcit et qu'elle gonfle la partie de son corps qui est en dehors de la dépouille , cette partie agit contre les bords de la fente et pousse de plus en plus la dépouille en haut (flg. A), et Ty retient au moyen de crochets qui garnissent les anneaux sur le dos. Au moyen de ces instruments et des mouvements qu'elle se donne , elle (ait peu à peu, mais pourtant assez vite, remonter la peau de chenille, dont les plis se rapprodient les uns des autres contre Pcndroit où les deux dernières jambes sont accrochées (fig. 5), M recouvrant plus que la queue de la chrysalide. Mais il lui reste à la dégager, et à s'accrocher à la même place. Il semble qu'une fois dépouillée entièrement du fourreau, elle doit

tomber à terre ; mais par le moyen des anneaux qui se sont dépouillés, elle pince une portion de la peau plissée en ser* rant ses deux anneaux Pun contre l'autre , die a un appui capable de porter tout son corps, puis elle recourbe un peu sa partie postérieure et achève de tirer sa queue du fourreau, sur lequel elle l'applique ensuite. La ressource quelle a pour se soutenir, lui sert à se remonter plus haut ; die s'allonge et clic saisit entre deux anneaux supérieurs à ceux qnt la retiennent , une partie pliis élevée de la dépouille ; 1rs premiers abandonnent leur prise, k chrysalide se raccourcit et elle se trouve montée d'un cran. Les anneaux qui ont étc montés font comme les premiers et opèrent de la même manière. La ciirysalidc fuit deux ou trois pas le long de sa dé^ poulllc jusqu'à ce que le bout de la queue toudic au monticule de soie à l'endroit même où les dernières jambes de la peau de chenille sont accrochées, et s'y accroche elle-même (fig. 6.) par le moyen d'un petit espace armé de crochets, dont le bout de la queue est garni du côté du rentre (fig. 6. a).

Alors il ne lui reste plus qu'à faire tomber la pcan de chenille ; pour cela elle courbe la partie qui est au-dessous de la queue en portion d'S (fig. 7) , de manière que cette partie peut embrasser et saisir en quelque sorte le paquet sur lequd elle s'applique. Ensuite elle se donne une forte secousse qui lui fait faire une vingtaine de tours de pirouette sur sa queue, avec une grande vitesse, ce qui la fait tomber. Ce travail achevé , la chrysalide reste dans un grand repos durant le temps nécessaire à la formation du papillon (fig. 8)«

ÏIUDIBRAS.

Suite. — Voy. p. S;.

Butler a plus d'esprit qu'il n'en faut à son poème ; Il le prodigue, sans dédaigner toutefois d'avoir recours aux qoe«L rdles, gourmadcs , coups de bâton , culbutes et autres menus agréments de plaie et de bosse, qui ont été de tout temps les lieux communs du genre comique. Les plus grands gûiles, Homère et Shakspeare, Cervantes et Molière, ne se sont point fait faute de ces moyens faciles de provoquer le rire : oo ne saurait donc reprocher à Butler que d'en user avec peu de ménagement. Tout le long du poème, Hudibras et Ralpho sont pourchassés et bàtonnés comme des guetix. A force de les faire assommer à toute rencontre, le poète les rend trop méprisables. On se lasse de suivre dans leur malencontreuse pérégrination ces deux fanfarons sans courage, que tout premier venu mystifie et rosse à plaisir sans danger comme sans remords. •

Au troisième chant, Iludibras sort d'un chàtcaa où fl s'était réfugié pour y faire frotter d'onguent ses blessures, suivant l'usage de l'antique chevalerie; il tombe au milieu de la troupe que l'ours avait mise en fuite , et qui , revenue de sa frayeur , s'est ralliée pour tirer vengeance du libérateur de la bête. Après une lutte acharnée , Hudibras est vaincu par la fière Trulla , garrotté par elle et conduit avec son îcuyer aux ceps, où tous deux sont attachés par les pieds à la place du ménétrier.

Dans cette position ridicule, nos deux puritains commencent à se consoler en philosophant, et finissent par s'Irriter en disputant Ralpho , qui attribue sa mauvaise foriune aux ophiions et à la conduite du chevalier, parle avec amertume des presbytériens, de leurs assemblées, et de leur rage à toujours quereller ou combattre. 11 prétend prouver que les saints (communément on désignait ainsi ces sectaires) ne sont ni plus sensés ni plus charitables que les païens, ils ont autant de cniauté , et les sacrifices qu'ils font à leur Dieu ne sont pas moins sanglants que ceux des adorateurs de Moloch :

C'étaient bcics, ce sont de» hommes

Qu*oD massacre au temps où nous somineu ^^ , ^

Le sacrifice d*un mouton, Ou parfois d*un Jeune garçon, Leur parait chose abominable, InTeotion pure du diable; Mais ils ne font point de fs^n D'égorger une nation,

ku 4i«iatrièmc diaut, Tauteur délivre les deux sophistes.

II introduit à cette intention un nouveau personnage qui rappelle certaine princesse du roman de Cervantes : c^est une veuve riche et belle , que depuis longtemps le chevalier Httdibras importune de ses vœux intéressés.

Une dame à taille allongée, Qu'on appelle la Renommée,

r!!1^&lVAiir

iO|«I^Ti.|lL

Hudibras dans la maison du sorcier Sidrophel. — D'après Hogarth.

apprend à cette maligne douairière la situation piteuse de notre héros. Aussitôt , la cruelle qa^elle est , elle veut s'en donner le spectacle , elle accourt :

Aussitôt qu'Hudibras la vit,

La fièvre à Tinstant le saisit,

Tout enflammé de la disgrâce

D*étre surpris en telle place ;

Et sous son front lourd qu'il baissait,

Comme un hibou ses yeux roulait.

Cependant il tire de sa dialectique des arguments favorables à la circonstance, et entreprend d'établir qu'on doit lui tenir à singulier honneur d'avoir été battu. D'abord l'âme est libre et ne peut être atteinte d'aucune blessure matérielle. Puis les cicatrices sont la gloire des guerriers ; leurs défaites font lenr expérience; ils éprouvent les armes de leurs ennemis par les coups qu'ils en reçoivent , et s'instruisent ainsi à mieux les vaincre.

D'aucuns ont tant été iMittus, Qu'ils en sont enfin parvenus A connaître le bois des gaules Dont on leur frottait les épaules

Il cite même un nomme qui avait reçu tant de coups de pied.

Qu'il distinguait de façon sûre De quel cuir était la chaussure.

La dame admire la philosophie d'Hudibras. D'après ces principes, un chevalier bMonné serait sans doute un époux trèshonorable, mais elle le trouverait plus digne d'elle encore s'il avait le courage de se fustiger vigoureusement par amour pour clic.

Hudibras essaye de lui prouver que c^est là une fantaisie fort dommageable à son individu ; elle persiste, et le chevalier , alléché par l'espoir de la dot, s'engage h s'imposer la flagellaUon.

Dès que ce serment est prononcé , la dame k fait délier ainsi que Ralpho.

Mais Hudibras, dès qu'il se sent en liberté, réfléchit sérieusement à sa promesse. Il cherche dans son esprit les moyens d'en éviter les conséquences fâcheuses: il voudrait, tout en manquant à sa parole, obliger la dame à tenir la sienne. C'est une occasion pour Butler de ridiculiser tous les sophismes des indépendants et des presbytériens en matière de serment. Le chevalier, en mémoire de son illustre modèle espagnol , veut persuader h Ralpho qu'il peut et doit , en sa qualité d'écuyer, acquitter sur lui-même la dette. Ralpho n'entend pas raillerie. Hudibras furieux prétend lui imposer la correction de force ; mais Ralpho tire sa rapière : le maître et l'écuyer s'apprêtent à se frapper d'estoc et de taille, lorsqu'ils sont interrompus par un vacarme épouvantable. Une cavalcade grotesque s'avance vers eux ; on conduit sur un âne, au son des cornets à bouquin, des poêlons et des casseroles , un pauvre homme que sa femme a battu. Hudibras , cette fois encore, s'indigne, se dévoue, de par sa fol, à faire cesser cette coutume idolâtre ; il s'avance au trot et commence une harangue qui est bientôt interrompue par des huées : on lui lance des œufs et autres choses à la tète ; on aiguillonne , on poursuit sa bête et celle de Ralpho. Nouvelle avanie, nouvelle plainte, nouveaux raisonnements pour transformer une défaite en triomphe , ime honte en gloire. Au reste , nos deux hérçs sont toujours si prompts â se cons^ 1er qu'on n'a point le temps de les plaindre. [^

Aprts avoir fait disparaître dans Peau pure d'un étang

MAGASIN PITTdUKSOUE.

'voisin les traces outrageantes de sa mésa?enture, lliidibras reTienl à son grand projet, la conquête du douaire. Tout en 'chevauchant avec Ralpho, il se met Pesprit à la torture pour découvrir quelque moyen de persuader la malicieuse personne qui a captivé, non son cœur, mais s«i cupidité. Dans sa perplexité, il s'écrie : ^

pli l cj'ie ufi ptii*-je deTiner, Ou ptr nèerotnineé trouver Jui^ii*à qt»»1 pûîni la destinée Km rnn faveur f^t inclinée!

f-Ar a }v, n'ei^i.^ ^ta- hien certain |>Vvq»r }Qii hifii a^rjc sa main, J« n'ir»i« pis poiii cette dame RiMliirt^ riHiM ttoniitiii' et mon âme; Tjir invii qu'on piibnî d*un serment Bk ùvhtï ëiniÀumtiit Qtmiuï im\n* iiiint^r le lait faire, Ouiiiitc lu Tii) piEiiivé naguère, |] t-!ii ci!pt'i''4Qtii Tirwcer||in Qu'iJh jjrrlir iïr ]*■ tiirc en vain.

— Pi-èi 4**<^* 1*>S<^ ui^ foubiiii liomme, Dil Ualpli, que Sidropliel on fioiiunc, Qui du deMin vend les fvis.

IkHkv ruiïimciice alot'i k portrtjl rîdicule tVun asti'plogue dont k irai iitini iHmi William UHf ,iit qui pr^di^ait dans ses alrntnaclis It's victoires du pariei^fint. On iissiuait que Pair- Ut ^ Ayonl reçu en audieiïce William LJIIy , Lui avait dit graverneiU qull approuvait l>stFologie coinm^ ait légitime et [il vin. Ge Lilly Uahitaïi une maison & IJmsâip , dans la paroi^c de Waiton^upùii-'tliamesi et se UmW aJdcr^ dans çe^ opérations mystérieuses, par tm vftlrt nnmmé T^pioas Jones, que Mikr appells W^chum.

Q|i vers l'IieMrr q^ Hudibras cl ftalplm vii^riaicnt le consulti.T, Si(|kt»phcl éiait appliqué , devant sii porte , & une observattim a«iponpr{)jqite ; il avait (iraqué un télestcope dans U ûHmli*n d^uQ eu rf- vu kilt qui I prenait pour une comète. Mais ic ftl du cerf-v((Uun s'itnni rompu, fl la planète tombant à terre , Tastrologue épouvanté .avait baissé la lunette pour suivre ce météore de papier.

; — Waclinm, dil-il, je voi.« là-bas Quelqu'un qiti vient : c'est Ifudibras, Kl c'ei^t Raipitoqni vient derrière.

S'iiis doute à nous ils ont affaire.

' Aih'oitc(nent va t'informcr 1)0 ce qui peut les amener.

Wliaclium s*avance poliment, aide le chevalier h descendre de sa rosse , s'approche de Técuyer, et, liant conversation avec lut , parvient subtilement à découvrir l'objet de la 'visiir. H retourne aussitôt vers Sidrophel, et, en termes cabalisli(iues, lui révèle le secret Aussi Hudibras est-il bien surpris kusquc Sidrophel le salue en lui disant :

— ^ieur ciievalier, votre venue , Viài' les astres m'était connue ;

Et même sans que vous parliez.

Je sais et que vous me voulez.

. • Ou'e:»l-ce? répond i^adibras. Si vous avez véritablement deviné la pensée qui m*amène , Je vous promets de croire tout ce que vous me direz.

Sidrophel raconte ib Hudibras ses projets sur la dot. Mais i^venu de sa première surprise, le chevalier, qui par dessus toutes choses aime ia dispute, conteste la science astrologique : -Sédropliei défend la cause des sorciers. Des deux côtés, TérudliiOR coulie & déborder: toutes les autorités favorables ou ;Contralre$, tous les faits que peut fournir Thistoire se croisent comine flèdies que se lanceraient deux armées. A la fin Sidrophei voulant confondre son adversaire en lui donnant une prett?e invincible de sa puissance divinatrice , lui raconte i*événement de Bi-entford. Vous avez été battu , lui dit-il, et pendant la mêlée on votu vola votre bonne tt

voire manteau. Le fait est si certain que je puis à volonté vous montrer cette bourse et ce manteau, le^ voici 1

Au voleur l s'écrie iiudibras, et il envoie au plus vite Ralpho chercher un constable.< llalpho fuit. Hudibras lire son épée : Sidrophel et Walchum veulent en vain se défendre; de peur d'être occis , avant même d'être frappés, ils se jettent i terre et feignent d'être morts; Hudibras, épouvanté de ces effets prodigieux de sa valeur , jiaiis attendre son éctiyer , femontc sur ta pauvre bête , al tfpite le plus vite qu'il peut d^ns les ténèbres.

La finaud proc^aiM Hvrtman.

Le maître de l'univers, simple et uniforme d;nu m jnarclï<^, ' varié dans ses opérations, a distribué le globe snlort k» brsuim des êtres qui Thabitent. Mais il faut souvent de* mHks p^nu décoqvrir l'utilité dont tellù rontnle^ leilL^posHioii, icîl-' moittagoe, telle rivière, tel port^ etc., [leut être aux hommes, <iui animaux. Le grand art des coLnrnunfcaUonit^ qui nV^( qm- IVxécution du plan du souverain orchUei'ks *e deiiSopi^' Irntement; il se perd, se n^trouve; et k lïiisird î*fîniljle avoir quelquefois plus de paît à sa peFfcclîon que [c$ pai.^fondes méditation^ du politique cl du pJiilui«t>plÉC>

Anquetil-Doperrqh, rinde en rapport atfC tf^ropr.

LES PUVRIÈRES |SN QjSirrpLLES P4M9 |«'£RZGEBIRG, j^N S^X^

L«s nches^ui le parant des œuvres les plu^ délicates de l'industrie, ignorent soiiyent de quelles tristes demeures ces œuvres sont sortie^, daii§ combien de veilles pénibles elles ont été fabriquées, et que d'aqgoisses o^ortelie^ elles ont souvent causées à ceux qui tirent leur subsistance de ce labeur. Quelle est l'élégjinte jeune femme qui en se revêtant 4'Mne brillante fltoflFe de soie pense au sombre atelier où ces légers tissus ont été façonnés par des mains qui doivent, plusieurs fois dans le même jour, employer les plus grossiers ustensiles de ménage et reprendre la liavette, ofi ces nuances cliatoyantcs ont été préservées avec tant de peine de toute souillure ? Quelle heureuse fiancée en plaçant sur sa tête un voile de dentelle , sait ce que chacune de ces pointes effilées et de ces fines broderies a coûté de temps ï une pauvre ouvrière, et quel misérable salaire elle en a retiré 7 Déjà de curieux renseignements put été publiés sur les fabriques de France et d'Angleterre. Qu'il nous soit permis de joindre à ces douloureuses statistiques quelques notions sur un district industriel fort peu connu encore, assez florissant autrefois et qui depuis plusiein\s années est tombé dans un déplorable état de souffrance.

Nous voulons parler du district moutagueux de la Saxe « désigné sous le nom d'£rzge|)irg. La nature en refusant aux habitants de ce district les richesses agricoles* les a forcés i chercher leurs moyens d'existence dans le travail indusirieL Au sein des vallées , retentit de tout côté le bruit du rouet et du métier de tisserand ; sur un espace de plusieurs lieues, dans chaque village, dans chaque habitation, les machines sont en mouvement. Plus haut, l'exploitation des mines occupe une autre population. Mais déjà plusieurs de ces diverses industries ne font plus que végéter. î>a fabrication des jouets d'enfants et d'autres ouvrages eu i)ois , et la filature sont écrasées par la concurrence, i^a passementerie et la rubancrie languissent. Enfin lé travail des dentelles qui autrefois enrichissait ce pays n'offre plus maintenant à ceux qui ti'f livrent qu'une déplorable perspective. Cependant la population de l'Erzgebirg est presque tout entière composée d'ouvriers en dentelles et de forgerons. Un forgeron qui travaille alternativement le jour et la nuit ne gagne par s^^maine qu'un thaler ( 3 fr. 75 c. ). Il commence ce rude métier dt3 la première jeunesse ; avec l'âge viennent les infinnités qui résultent ordinairemont de son geiu-edc liAt|«yAi|«pdiié ,

kl cécité. I) quitte son cnclum<Ppour prendre la besace du mendiant, 8*en va de porte en porte demander une aumône, tant qu'il conser\e un reste de force, puis un jour il disparaît et meurt oublie^ Oà dit d*un liomiiie qui tout à coup cesse de se montrer et dont on n'a aucune nouvelle: Il s'en est allé comme un vieux forgeron. Les bûcherons ne gagnent également pas plus de 3 à U fr. par semaine, et pendant cinq À six mois de Tannée sont inoccupés.

Dans la plupart des maisons , les soins du ménage sont abandonnés aux hommes. G; ^ont eux qui font la cuisine et lavent le linge; les femmes et les enfants travaillent à la dentelle, qui exige des maius souples, propres, délicates. En restant attachée à son métier du matin au soir, une ouvrière habile gagne par jour dans les bons temps /i à ô grosclien (60 à 75 centimes). L'année dernière , cette industrie est tombée si bas que la femme la plus active ne parvenait pas à gagner par jour plus de 15 à 30 centimes, et il y en avait encore des centaines qui se plaignaient de n'avoir pas d'ouvrage.

On ne lira peut-être pas sans intérêt quelques détails sur l'organisation et les mœurs de ces communautés industrieuses. Les principaux villages sont bâtis dans la partie la plus aride de l'Erzgebirg. Celui de lireitenbrun renferme 2 000 habitants; celui de lUttergrUn 3 000 ; celui de Pûhla i 800. Les maisons construites à peu près toutes sur le même modèle n'ont qu'un rez-de-chaussée et sont couvertes en bardeaux. Par soite de la misère des dernières antiées, elles présentent aujourd'hui un triste aspect : des lambeaux de papier remplacent aux fenêtres les vitres brisées; des ouvertures dans le toit donnent un libre passa'^e à la pluie et à la neige. Le prolétariat n'est point encore ici campé dans les infects réduits qui affligent les regards du voyageur à L.ondres et à Manchester. Cependant il n'est pas rare de voir trois ou quatre familles réunies dans une chambre basse, étroite, où l'on ne trouve d'autre lit qu'une couche de paille étendue sur le sol nu , où l'hiver on chauffe le poêle avec des branches vertes qui répandent un tourbillon de fumée , noire , lourde , suffocante.

En été , tout le monde met de côté la chaussure comme nu luxe inutile; en hiver, les hommes portent de grandes 'IX)ttes qu! montent jusqu'aux genoux. Chaque famille possède une espèce de vieux manteau qui sert tour k tour à ceux qui dans les jours de froid doivent s'aventurer dehors. Le père enveloppe son enfant dans ce manteau , le porte à travers la neige 5 l'école, lui laisse un morceau de pain, ou une galette de pommes de terre et va le rechercher le soir. Dès que l'enfant est en état de travailler, îl se met à faire de la dentelle à l'exemple de sa mère , et gagne 8 à 10 centimes par jour. Les poètes cl\antent souvent les joies innocentes, et lès doux phisirs de l'enfance ; où sont tes joies de l'enfance pour ces pauvres petits êtres condamnés dès leur plus bas âge à tant d'efforts et à tant de privations 7

La plupart des ouvriers en dentelles n'ont pour toute nourriture que des pommes de terre, et n'ont pour assaisonnement que du sel. Le pain , le beurre sont pour eux tinc rare denrée, et il y a des familles qui n'ont jamais goûté de viande. Ordinairement ils louent près de leur habitation an petit coin de terre que les hommes cultivent k la sueur de leur front et dont ils ne cherchent à tirer autre chose que des pommes de terre. La mauvaise récolte de ce précieux légume a dans ces dernières années considérablement aggravé la misère générale. La mesure de pommes de terre qui valait autrefois 2 fr. 50 cent, à 3 fr. est montée jusqu'à 12 fr. Un des mets de luxe de ces malheureuses gens est une galette de pommes de terre cuite au four que Ton trempe dans une espèce de sirop fait avec du suc de betterave. 'iVois fois par Jour, ils prennent aussi du café: mais à ce mot de café, qu'on ne -se représente point l'aromatique boisson arabe. Le café de TEragebirg est un mélange de chicorée et de parcelles de betteraves grillées. La chicorée même n'entre que pour

une faible part dans celte étrange composition, car elle coûte encore trop cher.

Avec tous ces ménagements économiques , les habitanUi de l'Erzgebirg parviennent à peine à pourvoir 5 leur subsistance. Une bonne ouvrière ne gagne maintenant, comme nous l'avons dit, que quelques sous par jour, et le prix d'une seule mesure de pommes de terre absorbe le salaire de tout un mois. Souvent des familles entières en sont réduites h vivre d'une soupe de racines sans sel et sans beurre, ou d'une soupe de pelures de pommes de terre , et plus d'une mère dépose en gémissant ù côté d*elle Teufant que son seiu épuisé ne peut plus nourrir.

Qu'on ajoute au fatal résultat des mauvaises récolt(*s , di* la diminution des salaires , la funeste action des marchands ambulants qui s'en vont de village en village spéculant sur les nécessités du moment, prêtant de | élites sommes à d»\s intérêts usuraires et s'emparant d'avance de tous 1rs produits d'un travail opiniâtre.

Dans une si cruelle situation, les habitants de rErzgcbirs conservent nne douce aménité de caractère, l^i fabrication délicate de la dentelle leur a donné des habitudes extraordinaires de propreté , et la moindre récréation imprévue suffit souvent pour les consoler de leur misère. Lies femmes aiment la danse et la musique, tendant les belles soirées d'été , les jeunes filles se réunissent en cercle et d'uuc voix mélodieuse chantent des chants populaires. L'hiver, depuis la Saint-Michel jusqu'à Pûques , plusieurs familles s«* rassemblent pour travailler dans une même chambre. Chaque ouvrière apporte son métier près de la lampe en verre , et, tout en économisant par cette association les frais d'éclairage, écliappe par là aux ennuis de la solitude. Tantôt l'mie, tantôt l'autre, égayé la veillée par les récits de quelque ancienne pratique superstitieuse, ou par un conte traditionnel.

Ainsi vivent des milliers d'êtres dans un obscur isolement, au milieu de cette Allemagne à laquelle les chemins de fer ont imprimé un tel mouvement , à quelques lieues de ces grandes villes où leurs légères broderies exciteront tant de convoitise et charmeront tant de regards. Le gouvernement s'est ému dans les derniers temps de la situation de cette pauvre colonie et à voulu lui venir en aide^ mais il s'esi trompé. Une somme de 200 000 fr. a été employée à acheter des restes de vieilles dentelles qui se troutaietit dans des armoires de febricants et de marchands. Les marchands seuls ont profité de cette mesure irréfléchie. Le salaire des ouvriers est resté au même point. Unie société de patronage établie & Leipzig leur a été plus utile avec ime somme de 12 000 fr. qu'elle a su habile Nient répartir, que le gouvernement avec ses àdo 000 fr. Dieu veuille que cette eri'cur serve de leçon aut administrateurs de la Saxe et que la pauvre et honnête population de TErzgebirg trouve enfin l'efflcace secours dont elle a si grand besoin.

UAlSONS DE B01$ EN AMÊHtOtSE.

Dans l'intérieur des États-Uîiis, le bois remplace sans trop d'inconvénient la pierre et le frr. Dans les rues de beaucoup de villes, les chaussées sont formées de madriers liés transversalement, ou de billots plantés en guise de pilotis. Beaucoup de routes font l'olBce de chemins de fer à l'aide de bandes de bois fixées sur une charpente transversale. Les quais sont construits avec la même simplicité. On plante des troncs d'arbres à peine équarrls dans une eau assez profonde pour tenir à Ilot de gros bàUmenLs , on les nivelle au-dessus des plus hautes marées , et on élève à Tintérieuf on terreplein dont la plate-forme se compose d'un encaissement de madders ou de galets à la hauteur des rues voisines. Tels sont les quais de Ncw-Tork et de Boston. C'est aussi aux États-Unis que l'on trouve les ponts de bois les plus hardis.

Le bois est encore la nMtière principale dont se conslrul ,

v^oogle

seul les maisons dans Pinléricur des terres. On dislingue tiois modes de construction des maisons de bois. Le plus simple est celui des log-houses, demeure ordinaire de ces colons primilifs , qui s'établissent dans les forets. Le colon commence par abattre un certain nombre d'arbres, qu'il coupe de la longueur qui lui convient , sans les équarrir ni môme les dépouiller de leur écorcc. Les bœufs lui servent à traîner ces matériaux près de remplacement qu'il s'est choisi. Il visite ensuite les habitations les plus voisines , et Invite vingt ou trente colons à venir l'aider ù dresser sa maison. En pareille occasion nul n'est admis à s'excuser de répondre Ix l'appel. On s^asscmblc au jour convenu, et on se met à l'ouvrage sous la conduite d'un chef. Des pierres placées aux angles servent de supports aux deux poutres qui marquent les grands côtés de la maison , et dont les extrémités échancrées reçoivent les deux poutres qui dessinent les petits côtés. On passe de celte première assise ù la suivante , en encastrant toujours les poutres parallèles dans loséchancrures des deux poutres précédemment placées. Pour placer les dernières assises , on fait rouler les troncs d'arbres sur des pieux formant un plan incliné. Le toit se construit pareillement en poutres chevillées par le bas à la dernière assise de la muraille , et assemblées par le haut au moyen d'échancrurcs qui permettent de réunir leurs extrémités. On se sépare alors » après un banquet frugal , et le propriétaire se charge lui-même de clore les ouvertures qui restent h chaque pignon, de recouvrir le toit d'écorce, de remplir avec de la mousse et de la terre glaise les intervalles des poutres a l'extérieur , et de clouer des planches à l'intérieur. Il construit la cheminée à l'intérieur ou à l'extérieur, selon la grandeur de la maison, et pratique des ouvertures destinées à recevoir la porte et les fenêtres. Souvent la famille du colon s'installe dans sa nouvelle demeure avant que ces ouvertures soient convenablement garnies. Les maisons de cette espèce sont

Maison mobile aux Étati-Ums.

ordinairement propres et commodes : elles peuvent durer de ▼ingt à quarante ans, ce qui laisse à leurs propriétaires tout

le temps de se procurer une habitation plus conTenable. Le log-house est alors abandonné, et sa destruction est quelquefois hâtée par l'incendie. Le voyageur qui parcourt les anciennes colonies rencontre souvent, au milieu de quelque enclos ou d'un champ en friche , une colonne grossièrement construite en pierre, d'une vingtaine de pieds de haut. C'est la cheminée d'un log-house détruit , et dont toute autre trace a disparu. Ce sont là les ruines que l'on trouve aux États* Unis.

Le second mode de construction est celui des block-hooses, qui sont formées de madriers équarris et placés par assises. Malheureusement les madriers inférieurs se pourrissent en peu d'années, et d'ailleurs lorsqu'arrlve une sécheresse après de longues pluies, le bois se déjette en tout sens, et les murailles de la maison se déforment. Aussi les maisons de ce genre sont-elles peu communes.

Les maisons les plus élégantes s'appellent des frame-houscs. Leur frêle charpente consiste en quatre forts poteaux vertj* eaux , placés aux quatre angles , et réunis par des traverses horizontales. De nombreux montants iniei rii*-îJi.Hrr7i aboutissent à ces traverses: leurs intervalles saut remplîs par des lattes et du plâtre , ou bien par un revoii lurnt de planche.v minces, clouées à l'intérieur et à l'ext* lii uj-. Le loU est en planches, maintenues par des chevrons eii bol^ de cèdre on de pin. Ces maisons , peintes en blanc , et garnies de persiennes vertes, sont d'un aspect agréable, mais elles résistent mal à la chaleur et au froid , et malgré le plus grand soin, elles ne peuvent durer au-delà d'un demi-siècle. En revanche, elles sont de nature à pouvoir être transportées tout d'une pièce , d'un endroit à un autre. Aussi, aux États-Unis , le propriétaire qui veut construire une nouvelle maison à la place de celle qu'il habitait , est-il dispensé de faire abattre celle-ci, comme cela se pratiquerait en Europe. 11 vend son ancienne demeure à un acheteur qui la fait transporter où cela lui convient. Quelquefois ce transporta lieu pour d'autres motifs. En voici un exemple emprunté au Penny Magaziuc (t. VI). I>e propriétaire d'un moulin de quatre étages, en hauteur , et de cinquante pieds de long sur quarante de large , voulut faire amener ce bâtiment à cent mètres plus loin, aGn d'avoir une chute d'eau plus forte pendant la saison sèche. 11 fit marché pour 100 dollars (500 francs) avec un mécanicien , qui se chargea de répondre de tout dommage. Le mécanicien flt construire entre le nouvel emplacement et celui qu'occupait actuellement la maison , une voie formée de cinq bandes de bois éqnarri, pour correspondre aux dnq grosses poutres longitudinales sur lesquelles reposait le plancher du rez-de-chaussée du moulin. Ce plancher fut enlevé, afin de laisser à nu les grosses poutres, qui furent soulevées de terre tout d'une pièce au moyen de coins de bois. On plaça sous chaque poutre quatre rouleaux de bois, de huit pouces de diamètre et de chiq pieds de long; les deux extrémités de chaque rouleau étaient percées de trous , dans lesqueb on pouvait introduire un levier, comme dans les cabestans. On plaça im homme à chaque levier, ce qui faisait quarante en touL Au bout de trois heures de travail , la maison , portée sur les rotileaux, avait franchi la dbtance voulue ; on dégagea les roideaux au moyen des coins de bois qui avaient servi d'abord à les introduire sons les poutres , et le moolia se trouva assis sur ses nouveaux fondements, sans qu'un don eût bougé, sans qu'une vitre eût été cassée. Cette opératioo, exécutée sous la direction d'un simple ouvrier, montre bien à quel point les Américains possèdent l'instinct de la mécanique.

BOREAUX D'ABOUREMEIIT et de VEIfTE,

rue Jacob, 30, près de la rue des Petlts-Aaguillas.

Imprimerie de L. MAarnrrr, rue Jacob, 3<i.

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