LA CASCADE DE TERNI
En 1662, Salvator fVosa écrivait à son ami Ricciardi : • J'ai vu à Terni la fameuse cascade du VeUino , rivière qui Bc forme dans les monlagues au-dessus de Rieli. C'est une chose épouvantable de voir un fleuve qui se précipite dans
un abîme d'un demi-mille de hauteur, et dont l'écume et la vapeur remontent de même en se nuançant de mille couleurs. .)
En 1817, lord Byron écrivait à Murray : n J'ai visité deux fois la chute de Terni qui surpasse tout I »
Salvator Rosa et Byron se connaissaient en beautés de la nature imposantes et sauvages. Ils avaient vu tous deux les paysages les plus majestueux et les plus terribles : le peintre dans les Calabrcs , le poète dans l'Ecosse et les Alpes. Ils eo avaient vu de plus sublimes encore dans leur imagination. I^ cascade de Terni cependant les frappa d'admiration : c'est en effet l'une des plus belles chutes d'eau , non de l'Itaiie
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Xa %'iilage de Papigno, près de la cascade.—* Dessin de Ijellcl.
seulement , mais de toute l'Europe*. Ï'CS cascades de Tivoli , dirigées avec art , tombant avec pe.u ae bruit et de peu de liauteur dans un charmant vallon , décelé de temples et de villas, invitent l'ûnic ù une douce réveriV; et les sens à un heureux repos : c'est Horace et Calidlc qu'elles conseillent de lire. Devant la cascade de Terni l*'iîmollon est tumultueuse* énergique, profonde. Le fleuve du Vellino se jette tout entier, et d'une hauteur de plus de i*nflle mètres, sur des rochers , au milieu d'une végétation r/chv, puissante, mais sauvage. De Pablmc où fl s'est précipité ^et qu'ail creuse éternellement * le fleuve rebondit avec un mu|,^»emeiit terrible qui agite tous les arbres suspendus aux fliUics du roc, remonte en Jets écumants , en nuages de poussi'^re , se co-
\x) Ce pasiife est tiré de l'Essai sur la liUératuril; ouvrage composé en français par Gibbon.
lorc en arcs-en-ciel flexibles qui se croisent en tout sens , rejaillit çà et là par bonds furieux sur les fragments de granit humides et tremblants , et court avec rapidité se former un cours longtemps troublé dans une vallée agraste et demi-déserte. Ce fut , dit-on , Curius Dentatus qui, en Pan de Rome 671 , détourna le Vellino pour garantir de ses débordements le territoire de Rieli , et par un canal le conduisit vers ce bord abrupte du mont de Marmora, à peu près comme on menait les condamnés à la Roche Tarpéienne. On donne indifléremmcnt à la cascade les noms de Vellino, de Marmora et de Terni. C'est onUnairement de Terni que partent les voyageurs pour aller la visiter. On peut choisir entre deux routes : l'une passe au-dessuâ du petit village de Papigno, et serpente Jusqu^aux sommets de Marmora ; en suivant l'autre, qui se perd sous les ombrages dans la vallée, on voit la Digitized by V^OOQIC
eascadc de bas en haut, et ce spectacle est assurément le plus saisissant. On aurait besoin d'être seul pour jouir de celte scène majestueuse ; mais il est impossible d*y rencontrer la solitude. La pauvre population des environs de Terni s'est fait de la cascade une source dimpôts sur les
curieux. Un hôtelier de Terni a seul le droit de conduire en cabriolet ou en char-ù-bancs les voyageurs à la cascade. Malheur au vetlurino , malheur à Thabilant qui oserait violer ce privilège signé du pape! D'autre part, c'est se faire mal considérer que vouloir franciiir à pied les quelques
Cascade de Terni ou du Vellino.-> Deism de RcUcl.
milles qui séparent la ville du Marmora. En route, déjeunes guides s'empressent autour de vous ; aucun refus ne les arrête , ils vous suivent gratis. Bientôt se présentent tour à tour un mendiant tratnant un Ane dont il veut vous faire, bon gré mal gré, une monture dans les petits sentiers ardus,
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de vue est le plus beau , et il Texploito. Généreux ou non , l'on ne peut rentrer à la ville qu'escorté de dix à vingt malheureux qui ne perdent Tespolr que lorsque vous avez franchi la porte de Thôlcl ; mais il faudrait avoir le cœur plus dur que les rochers du Marmora pour leur tenir rancune à ce dernier moment. Quelques baiocchi leur font Jeter des cris de Joie. Ap^^s tout , les leur refuser, c'était injustice : leur cascade, c'est leur monument; et s'ils ne Pentourent point d'une barrière ou ne la voiltMil pas, comme un tableau, d'un rideau vert, ce n'est point leur faute : ils le feraient si ce n'était chose impossible.
GA.NG-ROLL
irOUTILLI.
Fin. — Voy. p. ao5, «lo, ai 8, 94a,
Le brouillard qui avait Jusqu'aiort voilé les flots venait de 8« déchirer, et, aussi loin que le regard pouvait s'étendre , on n^apercevait que des vaisseaux normands dont les proues laitonnées brillaient au soleil , et sur les mâts desquels se montrait le cort)eau noir aux ailes déployées. Le peu de largeur de ia baie les avait obligés à rompre leur ordre habituel, et, au lieu de s'avancer de front, ils formaient trois flottes distinctes qui se suivaient à de courts intervalles. Celle qui marchait la première pour sonder les passes n'était composée que de hulks pontés aux deux extrémités , et dont le milieu , recouvert d'une simple voile de cuir, était destiné au butin et aux esclaves. Au second rang venaient les Clas groupés trois à trois , afin d'offrir plus de résistance dans le combat» et au mât desquels se balançaient les staf-uliars, espèce de béliers dont ils frappaient les vaisseaux ennemis. Us étaient conduits par la trane du roi de mer Torféas ; enfin la troisième flotte compreuult les Sncliars, de quarante rames» & la tête desquels se distinguait le Drakar amiral, dont les flancs garnis d'airain étaient surmontés d'une double rangée de t>oucllers dorés , destinés à garantir les mtliras. A la poupe et à la proue années d'un double éperon , se dressaient des kastals crénelés que remplissaient des soldats habiles à lancer des flèches et les vases de cendre ou de chaux pllée. Sur la vuile de cuir avaient été dessinées en or et azur les principales expéditions du fils d'iioldis.
Galoudek reconnut cette voile célèbre par tant de ruines.
— Dieu nous sauve 1 c'est iioll le Marcheur qui arrive , t'écrla-t-U.
— Non , dit Popa , car il est arrivé depuis hier, mactlem ; Il est près de vous.
— Quoi ! le roi de mer que j'ai reçu?...
— Est le fils d'iloldis lui-même; mais les Bretons de la Domnonée n'ont désormais rien à craindre de lui ; ils peuvent attendre avec confiance.
Cependant Gang-iloll avait donné des ordres & deux de ses compagnons qui étaient descendus vers la baie« IjCS navires veDaient d'aborder. On vit les Wikings s'élancer sur le rivage avec un tumulte qui n'avait rien de menaçant , et bientôt la hautear fut couverte de Normands dont les armes brillaient au soleil , el parmi lesquels se faisaient eniendre les harpes des Scaldes ; mais quand tous furent réunis sur le penchant de la colline, Gaunga, qui s'était tenu Jusqu'alors immobile et dans l'attitude de la méditation , releva la tète, il promena les yeux sur la foule qui l'entourait , leva la main , et tous firent silence.
-Que mes Kœmpes ouvrent VoreilU, dit-il d'une voix forte, car Je tiens aujourdliui dans mes mains , pour chacun d'eux, une double destinée , et je viens leur demander de choisir. Le fils d'iloldis , ils le savent , n'est point un homme sans expérience. Depuis que son soufile a pu faire retentir une eorne marine, il a eu pour patrie un bois flottant; il a vidé la coupe sur tontes les mers; mais celui qui est sage ne re-
commence point la route toujours parcourue. Quand le bœu( est abattu el dépecé , l'homme du Weslfold s'asseoit près da foyer en buvant l'hydromel. Qui nous empêche de suivre son exemple 7 La mousse marine a alourdi les flancs de nos hrakars; comme nous , ils demandent à reposer sur le rivage ; Roll a cherché assez longtemps l'endroit où il abriterait sa vieillesse ; le Marcheur veut enfin s'arrêter, et il a chuisi une patrie.
Ici il fut Interrompu par une rumeur de surprise ; les caa» ques des Wikings s'agitaient , comme les cimes des arbres au premier souffle de la tempête ; mille clameurs et mille questions se croisaient k la fols , mais toutes avaient le qnême but et demandaient le nom de cette patrie.
— Vous la connaissez , reprit Roll ; c*est une noble terre arrosée de plut de ruisseaux que votre corps n'a de veines pour lui donner la vie. L4, comme en Ishinde, le beurre et le lait découlent de chaque brin dMierbe; le blé blanc y penche sa tête couverte d*épis comme un homme trop chargé , et la mer, notre aïeule, chante aux pieds des (alaises. Tel est le royaume que le prince des Pranks nous abandonne, et où chaque Wiking aura déjiormais un domaine immuable.
I>es voix des Normands l'arrêtèrent de nouveau ; mais cette fbis, plus tumultueuses; toutes éclataient en bruyantes exclamations de remerciements ou de blâuie , de dépit ou de joie. Les uns appelaient Gaunga Holi leur roi et leur père , d'autres s'écri<iient qu'après avoir commencé mieux qu'ilarold, il finissait plus mal que lui. Le Marcheur reprit en dominant le bruit de sa voix formidable :
— Que les Wikings ne crient point tous à la fois comme les oiseaux de mer après la tempête ; Gaunga-iloll n'impose à personne sa volonté ; mais s'il en est parmi vous qui se rappellent le toit sous lequel ils sont nés , les champs où ils ont gardé les troupeaux , les foyers où les jeunes filles leur apprenaient les chants des ancêtres , à ceux-là , J'olTre des maisons de pierre , des prairies , des troupeaux , et des lémroes qui seront les mères de leurs fils. Quant aux Wikings que le génie de Griflbn (1) appelle sur les eaux vertes , ils ont les roules libres devant eux; Torféas les attend au rivage; il a relevé les ancres de sa trane et tourné sa proue vers l'Océan ; qu'ils partent à sa suite, tandis que ceux qui n^ont plus rien à cherclier sur la route des Cygnes enterreront leurs armes comme mot
Gaunga livait^ en eflet, tiré son épée dont il enfonça ht pointe dans la lande. Il y eut d'abord parmi les Wikings une aorte d'hésitation ; les regards se portaient alternativement vers les vaisseaux de Torféas , qui faisaient leurs préparatiEi de départ vers la ^er armoricaine ; mais les images d'ordre, de joie el d'abondance qu'offk-ait cette dernière Temporiaient aux yeux du plus grund nombre. Gaunga allait d'ailleurs de l'un à l'autre, enc<»urageanl « promettant , ordonnant selon le caractère ou rimportaocetle l'interlocuteur. l\)ur lui commençait déjà le rOle de seigneiir suxerain : mais ses paroles étaient facilement écoutées. La plupart de ses Kœmpes venaient planter leurs êpées près de la sienne, et, au bout d'une heure, le sommet de la colline étlncelalt tant entier sous cet le moisson d'acier.
Mark , ravi d'une pieuse joie , s'était mis à geaeei« et remerciait Dieu avec ferveur de ce changemem.
— Découvre ton front, mon fils, dit-il au nactiem; la Trinité a eu pitié des hommes ; les douleurs du père ont amolU ce cceur païen ; maintenant il croH , Il a4rae, il espère ; l'esprit de Wt\i est en lui. I»rès de chacine àt ces épées enfooeées danala bruyère, je crois voir une mère qui a reiroové son fils, un fils qui n'aura point à pleurer son père, une veuve qui gardera son mari. En enterrant la guerre, le Marcheur vifent d'enterrer les sept péchi^s capitaux.
Cependant ceux des Wikings qui s'étaient séparés de Gan§*
(i) Célèbre constructeur dt navirts dont Taiprit présidak mx eourtcs aveatureuMt dts Nonnandt.
MAGASIN PITTOftESQUE.
iioN pour continuer à écumer les mers, venaient dequit- - ter leur mouillage. En tête de la petite escadre , composée seulement d'une trentaine de navires , s'avançait la trane •de Torrêas, servie par quai*anie rameurs qui frappaient les (Uits en cadence« Le roi de mer courait sur les rames en mouvement, et lançait jusqu'au haut du ro&t des javelots qu'il ressaisissait dans leur chute. Un Jeune garçon , del)out •«ur la proue, le suivait des yeux avec admiration.
— Sur mon àme ! je ne me trompe pas l s*écria Galoudek ; cVst Andgrim qui s^enfuit avec le démon du Nord.
- Il n'aura pu résister aux appels de la liberté , fit observer Mark.
— Aussi ne suis-je point surpris qu'il ait voulu nous fuir, répliqua le macticrn ; mais comment a-t-41 pu abandonner la petite pasioure T
L'étonnement du chef breton n'était point sans cause : partagé entre l'entraînement de la race, la puissance du passé, l'espoir de l'indépendance et la seule image d'Aourken, le jeune captif avait longtemps hésité ; mais Aourken était absente et les autres attirements se trouvaient là pressants , irrésistibles, il s'approcha du navire sans savoh* encore ce qu'il devait faire ; l'ordre de pousser au large fut donné , et il s'élança instinctivement sur la trane qui mettait à la voile.
Mais Aourken l'apert^ut tout à coup, Jeta un cri et courut vers le bord du promontoire. L'idée d'une séparation volontaire ne pouvait lui venir; elle crut que les Wikings emmenaient Andgrim de force, et se mit à les supplier dans la langue norse que ce dernier lui avait apprise. Le navire , qui n'avait point encore pris la biise, filait doucement le long des resdfs, et elle le suivait en courant sur la dune, séparée seulement de lui par un étroit espace. Sa voix , entrecoupée par la course, retentissait parmi le grondement des flots suppliante et éplorée; elle en appelait tour à tour aux dieux du Nord qu'Andgrim lui avait lait connatire, et à tous les saints du paradis chrétien. Elle se tordait les mains, elle faisait succéder les reproches aux prières et les menaces aux reproclies. Le jeime Normaud ne pouvait entendre , mais il lui suffisait de voir pour comprendre l'erreur d' Aourken et son désespoir, il devint pùle, sembla liésiter et se pencha involontairement sur les bords de la trane ; mais celle-ci venait d'atteindre U pointe de la falaise ; la haute voile qui reçut plus librement la rafale t'arrondit, et l'éperon commença à sillonner les flots en s'éioignant du rivage. Aourken , qui était arrivée à rexirémité de la dune, tomba à genoux en étendant ses mains jointes vers la merl Apdgrim vit le geste , et sou Ame en reçut une secousse suprême. Sautant sur la tète de brouxedu dragon qui -ornait la trane , il regarda vers le rivage et crut y voir, à c^ d' Aourken , tous les souvenirs de ces trois dernières années qui lui tendaient les bras en gémissant. L'orgtleli sauvage qui gonflait son coeur tomba subitement i ses yeux sje remplirent de larmes ; il répondit par un cri au cri de la jeune fille, et s'élançant d'un bond au milieu des vagues, il nagea vers le ]fM du promontoire , où Aourken le re^l dans ses bras.
V^!bbé ii%k grand Ya( « qui avait suivi tous les loouvements de e^ie ae^ avec un iutérél visible , se loaroa alors vers Galoudek.
— Voici le symbole de l'avenir, dit-il en montrant Aourken et Andgrim qui s'avançaient en se tenant par la main ; les pafens seront retenus et adoucis par Tamour des chrétiennes, et de deux races ennemies Dieu fera une seule race. Laissex la mer remporter avec sou écume les vicieux , les méchauts et les insensés ; dans la muisson la plus b^'lle le vent ne doil-il pas enlever quelques tourbillons de poussière et d'ivraie ? Mais le bon grain reste, et c'est lui qid germera pour l'avenir.
Puis allant à Gang-lloll qu'entouraient les chefs normauds, le moine lui parla une dernière fois de ce que le Dieu dfs chréUens avait déjà fait |)our lui, de ce qu'il ferait encore. Aidé par l^pa qui lui servait d'interprète, il développa rapi-
dement les principes de la religion du Golgolha. Sa voix était douce quoique élevée, son front courouué. d'une s^^réiiilé suprême semblait rayonner. Les Wikings écoulaient la têle baissée. ^ parole ressemblait à l'air attiédi du prinlem|)H que Ton ne sent point pendant qu'on le respire, mais qui éveille au fond de notre poitrine je ne sais quelle joie confuse. Quand il s'arrêta, il y eut un long silence dans celte foule ; les ca'ur^ étaient ouverts , et les e^spriis s'efforçaient de comprendre, Enfin Gaiig-Roll regarda le saint avec une expression de respect qu'aucun de ses Kd'Uipes n'avait encore vue sur son vi? sage, et, étendant la main comme pour un sermcut :
— Nos oreilles ont entendu, homme de Dieu, dit-il, et nos âmes ont compris. D'ici à un an , je promci^ de rcvèlir la robe blanche du baptême , et voici ce que je donne à toi^ abbaye pour gage de moii engagement,
U retira le cercle d'or qu'il portait au bras gauclie , et Iç jeta aux pieds de Mark. Les principaux Wikings^ eutrahiés par son exemple , répétèrent la même promesse en donnant le même gage, et quand ils eurent adievé, les bracelets formaient un monceau qui dépassait le front du moiiie de la hauteur d'une épée franque.
Quelques heures après , les navires mirent à la voile. Us s'ébranlèrent d'abord lentement et avec une certaine confusion. Les rothras poussaient des cris joyeux, les ponts étaient couverts de Kœmpes qui vidaient leurs cornes d'hydromel » et les ordre» du pilote se croisaient dans l'air ; mais tout \ coup le Drakar royal glissa comme un inimense serpent maria entre la triple ligne de vaisseaux, et vint, en tète, prendre son rang. L'étendard de l'agneau flottait à gauche , au lieu de celui du dragon (i) , et, au haut du m&t, à lu place du corbeau symbolique qui , les ailes étendues et le t)ec entr'ouvert, semblait autrefois s'élancer sur sa proie, s'élevait maintenant le soc poudreux d'une cliarrue I
Au moment où le Drakar rasa le cap sur lequel les Bretons se trouvaient réunis, un rayon du soleil couchant Téclaira tout entier. Près de la pouiM*, un homme se tenait debout et sans armes, la main droite appuyée sur l'épaule d'une femme qui berçait dans ses bras un enfant \ C'était (lang-UoU , le démon du Westford , qid cinglait vers la Neustrie avec Will et Popa pour Jeter les fondements du duché de Normandie 1
Ceux qui veulent imposer aux peuples une domination injuste craignent les hommes éclairés comme les malfaiteurs craignent les réveri>ère5. ^«
ENTRÉE DU PORT DE TOULON ( Départemeut du Yar).
En quelques heures en passe de Marseille à Toulon. Le contraste est frappant : à Tactivité , au mouvement du pre* mier port marchand de U Méditerranée , qui sont un peu ceux d'une fourmilière, suceèdent l'aellvlté et le mouvement non moins grands, mais plus réglés et plus calmes, d'un port miUtaire autour duquel se drcsaeot kA immenses établissements d'un des grands arsensmi maritime» de l'État*
Des points de reconnaissance remarquables signalent de loin les approches de Toulon : à gauche, le promontoire Sicié avec ses roches abruptes et ses crêtes sourcilleuses; à droite, le mont Sepet, qui en est séparé par une déprewIoB profonde que remplit un isthme de sal>le , et à travers laquelle on aperçoit la ville dans l'éloignement ; enfin le sommet du Coudou.
Derrière le Sepet ^'étcnd la grande rade. On passe de la grande rade dans la petite , où est Toulon , par un détroit resserré entre deux pointes avancées qui montrent à leurs
(0 L'êleudard du dragou aunoiiçait la guerre» eelui de IV ' gueau aimonçait U paix. r^r^r^t^
extrémités , celle de droite une énorme construction dite la Grosse-Tour, celle de gauche le fort de TÊgnilIeite.
Évitons avec soin les basses qui environnent la Grosse- Tour, et marchons droit devant nous ; la ville est là. Ces cales couvertes que vous voyez à droite sont celles du Mourillon, où Ton conserve les bois de construction, et qui sont isolées entre la mer et un canal appelé la rivière des Amoureux ou rÉgoutier. Sur le terrain bas qui leur fait suite s'élève toute une nouvelle ville marchande.
Nous voici devant le port marchand , dont notre gravure représente rentrée ; sur la gauche se trouve le port militaire ou la nouvelle darse, dont on ne voit rien ici.
Après être entrés nous tournons à gauche. — Voici le JIftitron, ce navire qui ramena Napoléon d'Egypte, et auquel on a donné par honneur la permission de pourrir là , dans un coin ; puis un ponton peuplé de forçais , et dont le toit noir se dessine au-dessus des murs blancs de la jetée ; enfin les grands bâtiments à vapenr qui transportent les troupes en Algérie. Tout cela est renfermé dans Tanglc sudouest du port, sur les deux côtés duquel se développent les longs bâtiments du bagne.
Le passage qui se présente ensuite est celui par lequel les vaisseaux du port militaire passent dans le port marchand ; sur la rive gauche sont les hangars à triple voûlc où Ton construit les embarcations et les canots ; à droite, des chantiers, et vis-à-vis du quai de ces chantiers, les petits bateaux à vapeur; un pont volant sert à communiquer d'une rive à l'autre.
Le port décrit ici un autre angle auquel va faire suite fe beau quai le long duquel la ville se développe sur une étendue de 500 mètres.
Dans l'angle même est la consigne où l'on vient purger sa quarantaine ; à quelque distance , le bâtiment où l'on met aux arrêts les matelots tapageurs ; puis le bateau-poste de Corse , près du grand débarcadère central , au delà duquel sont mouillés , bout à quai , les bâtiments marchands qui oiTrent sans cesse une forêt de mâts.
Longeons mahitenant le côté oriental du port pour revenir ù notre point de départ, l'entrée. Nous aurons à tourner plusieurs fois, car, pour donner plus d'emplacement au bassin , l'enceinte décrit plusieurs drconvol niions. En portant du quai les regards vers le sud-est , on aperçoit , à un millier de mètres dans celte direction , le fort Lamalgue , dont les coteaux donnent des vins renommés , et sur les terrains bas de l'espace intermédiaire plusieurs bassins et la nouvelle ville marchande , née depuis la conquête de l'Algérie.
Enfin , à l'entrée du port se dresse la machine à mater (1 SÛT, p. 289).
Le clocher que l'on remarque à droite de l'enli'ée est celui de l'église Saint-Louis , et au-dessus se dresse le mont Faron, dont les redoutables fortifications se tiennent suspendues dans les airs comme autant de tonnerres. En haut de ce sommet si aigu , si diflicile à gravir , est une dlerne immense où Ton mettrait presque une frégate à flot , et qui sert à rnpprovisionnemenl d'un fort capable de contenir
Tue du port de Toulon , prise de la petite rade.
3 000 hommes. Les pentes Uiférieures de la montagne offrent çà et là d'autres fortifications qui achèveat de rendre la ville inattaquable, et quantité de bastides ou malsons de plaisance au milieu d'une riche végétation.
Quant au port militaire , nous n'en dirons que peu de mou. On y remarque surtout les chantiers de construction, les forges , la mâture , la corderie , la voilerie , les magasins Cl l'arsenal maritime , un des plus beaux de l'Europe. Dans es chantiers sont deux^calesjouverles, dont les immenses
toitures, de 250 pieds de long sur 60 de large , sont destinées à abriter du soleil brûlant de l'été et des intempéries des saisons les vaisseaux de premier rang qu'on y construit.
BUREAUX D'ABOIlNEMEnT ET DE VENTE
rue Jacob, 30, près de la rue des Petits-AugusUns*
Imprimerie de L. Martihet, rué Jacob, 3o.